{"id":919,"date":"2025-11-02T16:42:36","date_gmt":"2025-11-02T15:42:36","guid":{"rendered":"https:\/\/avidexperience.com\/?p=919"},"modified":"2025-11-02T16:42:36","modified_gmt":"2025-11-02T15:42:36","slug":"petits-precis-de-mondialisation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/avidexperience.com\/index.php\/2025\/11\/02\/petits-precis-de-mondialisation\/","title":{"rendered":"Petits pr\u00e9cis de mondialisation"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Dans le cadre de recherches bibliographiques pour pr\u00e9parer <a href=\"https:\/\/avidexperience.com\/index.php\/2025\/09\/22\/elevage-porcin-dans-le-limousin\/\" data-type=\"post\" data-id=\"885\">une s\u00e9rie d\u2019articles sur le m\u00e9tier d\u2019\u00e9levage porcin de mon oncle Pierre<\/a>, je me suis appuy\u00e9 sur deux tomes de la s\u00e9rie de livres \u00ab&nbsp;Petit pr\u00e9cis de mondialisation&nbsp;\u00bb d\u2019Erik Orsenna qui traitent de ces sujets de fond de mani\u00e8re fort instructive \u00e0 des \u00e9chelles locales, nationales et internationales.<\/p>\n\n\n\n<p>Le tome VIII, publi\u00e9 en 2024 aux \u00e9ditions Flammarion et co-\u00e9crit avec l\u2019ancien ministre de l\u2019agriculture Julien Denormandie, aborde l\u2019ensemble des activit\u00e9s de l\u2019agriculture tandis que le tome VI, publi\u00e9 en 2022 aux \u00e9ditions Fayard, se concentre sur l\u2019\u00e9levage des cochons.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s r\u00e9flexion, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de faire un article sur les parties de ces deux livres qui m\u2019ont le plus interpell\u00e9 et instruit. Ce n\u2019est donc pas une revue compl\u00e8te de ces \u0153uvres mais une s\u00e9lection personnelle de passages que je commente en lien avec ma propre interpr\u00e9tation, mes connaissances et mon exp\u00e9rience.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc, si vous souhaitez approfondir ces sujets, je vous invite vivement \u00e0 lire en entier ces deux tomes&nbsp;! Il est temps d\u00e9sormais de vous pr\u00e9senter les auteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Erik Orsenna&nbsp;est docteur en sciences \u00e9conomiques, ancien conseiller culturel du pr\u00e9sident Fran\u00e7ois Mitterrand, prix Goncourt en 1988 pour le roman <em>L\u2019Exposition Coloniale<\/em>, membre de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, auteur de nombreux livres dont la s\u00e9rie de Petits pr\u00e9cis de mondialisation qui traite de th\u00e8mes vari\u00e9s&nbsp;sur le coton, le papier, l\u2019eau, le moustique ou l\u2019agriculture.<\/p>\n\n\n\n<p>Julien de Normandie&nbsp;est de formation ing\u00e9nieur agronome, il a travaill\u00e9 dans plusieurs minist\u00e8res (l\u2019Economie, le Logement) sous la pr\u00e9sidence d\u2019Emanuel Macron avant de devenir ministre de l\u2019Agriculture et de l\u2019Alimentation de 2020 \u00e0 2022.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cet article, j\u2019ai choisi de commencer par le tome VIII afin d\u2019aborder le th\u00e8me plus g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019agriculture avant de recentrer sur l\u2019\u00e9levage des cochons dans le tome VI.<\/p>\n\n\n\n<p>Bonne d\u00e9couverte&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Tome VIII : Nourrir sans d\u00e9vaster<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Ce qui n\u2019a pas le droit d\u2019\u00eatre produit en Europe pour respecter l\u2019environnement ne devrait pas avoir le droit d\u2019y \u00eatre import\u00e9.&nbsp;<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">On a pas de p\u00e9trole mais on a des terres agricoles<\/h3>\n\n\n\n<p>Pour commencer, les auteurs nous rappellent l\u2019importance historique qu\u2019a tenu l\u2019agriculture au pays du coq et des \u00ab&nbsp;246 vari\u00e9t\u00e9s de fromage&nbsp;\u00bb. En effet, au d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle, le secteur agricole employait la moiti\u00e9 des travailleurs fran\u00e7ais et c\u2019\u00e9tait encore un tiers apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale. D\u00e9sormais, les exploitants agricoles repr\u00e9sentent \u00e0 peine 2% des actifs&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, la France dispose d\u2019environ 28 millions d\u2019hectares de surfaces agricoles, soit quasiment la moiti\u00e9 de son territoire ! Cette superficie n\u2019a heureusement pas beaucoup diminu\u00e9 malgr\u00e9 le fait que le nombre d&rsquo;exploitation a fortement baiss\u00e9 donc, math\u00e9matiquement, la taille moyenne des exploitations a grimp\u00e9 en passant de 55 hectares en&nbsp;<a href=\"tel:2010\">2010<\/a>&nbsp;\u00e0 69 hectares en&nbsp;<a href=\"tel:2020\">2020<\/a>.<br>Il est pr\u00e9cis\u00e9 \u00e9galement dans ce tome que La France est la premi\u00e8re puissance agricole europ\u00e9enne et l&rsquo;une des plus importantes au monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, la France et l\u2019Europe ont l\u2019avantage d\u2019avoir suffisamment de surfaces agricoles pour nourrir l&rsquo;ensemble de leurs populations, soit environ 0,4 hectare par personne, alors que de nombreux pays extra europ\u00e9ens vivent sous la menace de p\u00e9nuries alimentaires dont le risque devrait s&rsquo;aggraver avec le changement climatique.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, ces terres fertiles sous un climat temp\u00e9r\u00e9 sont une v\u00e9ritable richesse pour la France et pour l\u2019Europe qui sont, pour le moment, sous-\u00e9valu\u00e9es en raison de l\u2019abondance actuelle du march\u00e9 mondial libre et facile d\u2019acc\u00e8s mais cet atout pourrait s\u2019av\u00e9rer crucial dans les temps \u00e0 venir, raison de plus pour le pr\u00e9server.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un march\u00e9 mondial d\u00e9loyal<\/h3>\n\n\n\n<p>Les auteurs pr\u00e9sentent ensuite plusieurs exemples de situations r\u00e9voltantes o\u00f9 l\u2019on constate que le facteur prix domine bien souvent tous les autres crit\u00e8res dans un syst\u00e8me international ouvert, extr\u00eamement concurrentiel et sans l\u00e9gislation commune alors qu\u2019il existe de grandes disparit\u00e9s entre les pays producteurs en termes de salaires et de r\u00e9glementations.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, nous apprenons que la France importe massivement des lentilles canadiennes plus comp\u00e9titives gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;utilisation de pesticides interdits dans l\u2019hexagone. Dans le m\u00eame registre incoh\u00e9rent et injuste, l\u2019interdiction l\u00e9gitime d\u2019un pesticide en France en raison d\u2019effets n\u00e9fastes pour la sant\u00e9 et l\u2019environnement a entra\u00een\u00e9 la division par quatre des plants de moutardes car il n\u2019y a pas d\u2019alternatives \u00e0 ce jour donc, finalement, nous importons des graines de moutarde du Canada qui sont produites en grandes quantit\u00e9s \u00e0 des prix avantageux gr\u00e2ce \u00e0 \u2026 ce pesticide !<\/p>\n\n\n\n<p>Comble de l\u2019aberration, d\u2019immenses exploitations agricoles au Br\u00e9sil utilisent des phytosanitaires (parfois r\u00e9pandus dans les champs par avion) qui sont produits en Europe alors qu\u2019ils sont interdits d\u2019utilisation dans cette m\u00eame zone mais cela n\u2019emp\u00eache pas que les aliments issus de ces cultures br\u00e9siliennes soient ensuite consomm\u00e9s en\u2026 Europe!!<\/p>\n\n\n\n<p>On marche sur la t\u00eate et il y a de quoi rendre fous les producteurs fran\u00e7ais et europ\u00e9ens qui respectent la l\u00e9gislation europ\u00e9enne et voient dans les supermarch\u00e9s des produits librement en vente et sans aucune taxe alors qu\u2019ils ne respectent pas ces r\u00e8gles.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, le sujet tr\u00e8s sensible et toujours d\u2019actualit\u00e9 des n\u00e9onicotino\u00efdes est abord\u00e9. Erik Orsenna s\u2019oppose cat\u00e9goriquement \u00e0 son utilisation en France en raison des risques notamment pour les polinisateurs tels que les abeilles. N\u00e9anmoins, Julien Denormandie justifie, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de son minist\u00e8re, sa d\u00e9cision d\u2019autoriser temporairement l\u2019utilisation limit\u00e9e et contr\u00f4l\u00e9e de ces n\u00e9onicotino\u00efdes notamment pour les cultures de betteraves tant qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019alternatives viables.<\/p>\n\n\n\n<p>Autrement, les cultures de betterave seraient ravag\u00e9es et on ne pourrait plus produire de sucre en France \u00e0 un tarif attractif tandis que des pays voisins ne se g\u00eanent pas pour utiliser ces produits, bien souvent dans des proportions plus importantes, en sachant que le consommateur fran\u00e7ais a acc\u00e8s \u00e0 ces produits sans aucunes restrictions ni taxes.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut bien entendu continuer les recherches pour trouver des alternatives sans risques pour l\u2019environnement et la sant\u00e9 mais, en attendant, l\u2019ancien ministre de l\u2019agriculture pr\u00e9conise de les utiliser avec parcimonie et sous contr\u00f4le. Ou alors, dit-il avec justesse, allons jusqu\u2019au bout du raisonnement et interdisons tout simplement le sucre produit \u00e0 l&rsquo;aide des n\u00e9onicotino\u00efdes, y compris les importations de l&rsquo;\u00e9tranger. Sommes-nous pr\u00eats \u00e0 accepter cela&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques internationaux divergents<\/h3>\n\n\n\n<p>Pour lutter contre ces injustices, il existe heureusement dans certains cas des moyens de prot\u00e9ger loyalement l\u2019agriculture europ\u00e9enne. Les auteurs citent en exemple un insecticide contre les mouches asiatiques interdit en France puis en Europe mais encore utilis\u00e9 en Turquie. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cadre de son accord d\u2019\u00e9changes avec la Turquie, l\u2019Union Europ\u00e9enne a pu appliquer une clause dite \u00ab&nbsp;miroir&nbsp;\u00bb qui conditionne l\u2019acc\u00e8s au march\u00e9 europ\u00e9en au respect de ses normes environnementales afin de bloquer ces importations.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, ce type de r\u00e9gulation a des limites car il faut un consensus parmi l&rsquo;ensemble des pays de l\u2019Union Europ\u00e9enne alors que ceux-ci ont parfois des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques divergents.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, certains pays de l\u2019UE qui ont une agriculture faible mais une industrie forte sont davantage enclins \u00e0 importer des produits alimentaires peu on\u00e9reux en \u00e9change de vendre leurs produits industriels \u00e0 haute valeur ajout\u00e9e. Ou du moins, ils ne veulent tout simplement pas impacter leurs exportations vers des pays extra europ\u00e9ens si ces derniers appliquent des mesures de repr\u00e9sailles en raison des sanctions sur leurs exportations.<br>C\u2019est en partie pour cette raison qu\u2019il n\u2019y a pas de clauses miroir dans l&rsquo;accord Mercosur alors que nous avons vu dans un exemple ci-dessus que le Br\u00e9sil n\u2019a pas du tout les m\u00eames crit\u00e8res que l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n<p>De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, les pays europ\u00e9ens avec une agriculture importante comme la France b\u00e9n\u00e9ficient de la PAC europ\u00e9enne qui permet de maintenir sous perfusions notre agriculture face \u00e0 ces concurrences d\u00e9loyales tout en garantissant des prix bas.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019apr\u00e8s les auteurs, ces aides repr\u00e9sentent entre 20 et 90% des ressources financi\u00e8res des exploitations agricoles fran\u00e7aises, ce qui est aberrant au vu de la valeur intrins\u00e8que des produits agricoles.<\/p>\n\n\n\n<p>Je conc\u00e8de en rester \u00e0 l\u2019ordre du constat dans cet article et que les solutions ne sont pas simples car toutes nos \u00e9conomies sont interconnect\u00e9es et d\u00e9pendantes les unes des autres mais il est important pour nous, consommateurs et citoyens europ\u00e9ens, d\u2019\u00eatre conscients de ces enjeux.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait imaginer de taxer les importations qui ne respectent pas nos normes tout en diminuant progressivement les aides de la PAC pour que les agriculteurs puissent vivre enfin des revenus de leur travail sans avoir \u00e0 qu\u00e9mander des aides europ\u00e9ennes humiliantes mais quels politiques pourraient se r\u00e9soudre \u00e0 augmenter le co\u00fbt des aliments pour leurs populations dans le contexte actuel de crises multiples&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre la baisse combin\u00e9e de la PAC permettrait de diminuer les imp\u00f4ts europ\u00e9ens mais je ne suis pas s\u00fbr que cela compenserait. Ce ne sont l\u00e0 que de simples pistes de r\u00e9flexions personnelles.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Regardons la poutre dans l&rsquo;\u0153il de nos voisins<\/h3>\n\n\n\n<p>Dans cette \u0153uvre, les auteurs nous emm\u00e8nent \u00e0 la d\u00e9couverte de mastodontes de l\u2019agriculture internationale tel que le Br\u00e9sil, ancien pays importateur devenu largement exportateur gr\u00e2ce \u00e0 une agriculture ultra intensive avec certaines exploitations d\u00e9passant les&nbsp;100 000&nbsp;hectares quand la moyenne en France est de 70 hectares\u2026 &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a \u00e9galement l\u2019Ukraine dont les auteurs visitent une modeste exploitation de&nbsp;20 000&nbsp;hectares permettant d\u2019obtenir d&rsquo;\u00e9normes \u00e9conomies d&rsquo;\u00e9chelle avantageuses pour faire baisser les prix sans compter le co\u00fbt de la main d\u2019\u0153uvre, bien inf\u00e9rieur \u00e0 la France. <\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, si vous trouvez que les \u00e9levages en France sont intensifs,&nbsp;alors voici quelques \u00e9l\u00e9ments de comparaison \u00e0 garder en t\u00eate sur la taille moyenne des \u00e9levages entre grands pays producteurs  :<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table aligncenter\"><table class=\"has-fixed-layout\"><tbody><tr><td class=\"has-text-align-center\" data-align=\"center\"><strong>Type d&rsquo;\u00e9levage<\/strong><\/td><td class=\"has-text-align-center\" data-align=\"center\"><strong>Moyenne des \u00e9levages fran\u00e7ais<\/strong><\/td><td class=\"has-text-align-center\" data-align=\"center\"><strong>Moyenne des \u00e9levages d&rsquo;autres pays grands producteurs<\/strong><\/td><\/tr><tr><td class=\"has-text-align-center\" data-align=\"center\">Poulets<\/td><td class=\"has-text-align-center\" data-align=\"center\">40 000<\/td><td class=\"has-text-align-center\" data-align=\"center\">2 millions au Br\u00e9sil, en Ukraine ou en Tha\u00eflande<\/td><\/tr><tr><td class=\"has-text-align-center\" data-align=\"center\">Vaches laiti\u00e8res<\/td><td class=\"has-text-align-center\" data-align=\"center\">66<\/td><td class=\"has-text-align-center\" data-align=\"center\">Jusqu&rsquo;\u00e0 40 000 aux Etats-Unis<\/td><\/tr><tr><td class=\"has-text-align-center\" data-align=\"center\">Cochons en b\u00e2timents<\/td><td class=\"has-text-align-center\" data-align=\"center\">5000 par an<\/td><td class=\"has-text-align-center\" data-align=\"center\">Certaines exploitations en Chine sont dans des immeubles de 12 \u00e9tages et produisent 13 000&nbsp;porcs par semaine<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Tome VI : Cochons, voyage au pays du vivant<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Toujours revient cette rengaine de bon sens&nbsp;: bien s\u00fbr, nous sommes pr\u00eats \u00e0 changer [\u2026] \u00ab&nbsp;Mais y a-t-il du prix derri\u00e8re&nbsp;?&nbsp;\u00bb J\u2019entends&nbsp;: les consommateurs sont-ils pr\u00eats \u00e0 payer pour les am\u00e9liorations qu\u2019ils souhaitent&nbsp;?&nbsp;H\u00e9las, la r\u00e9ponse est non. Ils pr\u00e9f\u00e8rent s\u2019abonner \u00e0 Netflix.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le march\u00e9 de la viande porcine<\/h3>\n\n\n\n<p>Erik Orsenna commence son expos\u00e9 avec une s\u00e9rie de chiffres et de faits qui permettent de se repr\u00e9senter la place du cochon dans notre alimentation. Ainsi, la consommation mondiale de viande porcine repr\u00e9sente le nombre impressionnant d\u2019un milliard de cochons charcutiers par an, c&rsquo;est la viande la plus consomm\u00e9e au monde avec celle du poulet et c\u2019est \u00e9galement le cas au niveau fran\u00e7ais.<br>Les principaux pays producteurs, et consommateurs,\u00a0sont la Chine puis l\u2019Europe et ensuite les Etats-Unis. <\/p>\n\n\n\n<p>En France, nous produisons 25 millions de porcs dans 14 000\u00a0exploitations qui sont situ\u00e9es majoritairement en Bretagne. Les pays d\u2019Europe du Nord\u00a0se sont organis\u00e9s pour r\u00e9partir entre eux les \u00e9tapes de l\u2019\u00e9levage porcin avec les maternit\u00e9s au Danemark et en Hollande puis l\u2019engraissement et l\u2019abattage en Allemagne. L\u2019Espagne, quant \u00e0 elle, est constitu\u00e9e de grands industriels qui s&rsquo;occupent de maternit\u00e9s g\u00e9antes et de l&rsquo;abattage.<\/p>\n\n\n\n<p>Le march\u00e9 international du porc est standardis\u00e9 avec des pi\u00e8ces de viande uniformes entre les pays producteurs donc elles sont facilement exportables \u00e0 travers le monde entier. C&rsquo;est un march\u00e9 soumis au risque des \u00e9pid\u00e9mies hautement contagieuses qui peuvent se propager rapidement \u00e0 travers les \u00e9changes internationaux en d\u00e9cimant les \u00e9levages.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a quatre races principales de porcs qui servent de bases pour les croisements. Le Large White anglais fournit des femelles prolifiques avec des port\u00e9es nombreuses et repr\u00e9sente 65% des croisements, le Landrace nordique comporte \u00e9galement des atouts en termes de prolificit\u00e9 tandis que le Pi\u00e9train belge est bien muscl\u00e9 avec peu de gras mais il est sensible au stress. Enfin, le Duroc am\u00e9ricain produit des porcs charcutiers avec une bonne qualit\u00e9 de viande.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, Erik Orsenna identifie des opportunit\u00e9s de diversification des \u00e9levages de porcs en produisant du biogaz et des engrais gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00e9thanisation du lisier.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le prix du bien-\u00eatre animal des cochons d&rsquo;\u00e9levage<\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur aborde ensuite le sujet sensible du bien-\u00eatre animal avec les nombreux \u00e9leveurs bretons qu\u2019ils rencontrent.<\/p>\n\n\n\n<p>Concernant le fait que la majorit\u00e9 des \u00e9levages de cochons soient dans des b\u00e2timents, un \u00e9leveur indique qu\u2019il faut au moins 10 hectares de terres pour\u00a0\u00e9lever 200\u00a0cochons en plein air sans compter les champs de cultures pour leur alimentation. A ces co\u00fbts du foncier, il faut ajouter l\u2019installation d\u2019une cl\u00f4ture afin d&#8217;emp\u00eacher les sangliers sauvages de contaminer l\u2019\u00e9levage (investissement estim\u00e9 \u00e0 environ\u00a0150 000\u00a0\u20ac) puis il faut payer de la main d&rsquo;\u0153uvre suppl\u00e9mentaire pour entretenir les terres et s\u2019occuper des cochons.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, on en revient tr\u00e8s souvent \u00e0 des questions de prix de vente comme dans l\u2019extrait cit\u00e9 au d\u00e9but de cet article.<\/p>\n\n\n\n<p>Il en est de m\u00eame pour l\u2019installation de paille dans les b\u00e2timents pour am\u00e9liorer les conditions d\u2019\u00e9levage des cochons. Le prix de la paille augmente constamment et il faut la remplacer r\u00e9guli\u00e8rement donc cela n\u00e9cessite de la main d\u2019\u0153uvre en plus alors que les concurrents europ\u00e9ens ne le font pas donc leurs co\u00fbts de revient seront inf\u00e9rieurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9leveurs expliquent \u00e9galement \u00e0 Erik Orsenna que les dents des porcelets sont meul\u00e9es afin de prot\u00e9ger les t\u00e9tines de leur m\u00e8re et les petits m\u00e2les sont castr\u00e9s, sous antalgiques, pour \u00e9viter l&rsquo;odeur d\u00e9sagr\u00e9able de la viande.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur questionne ensuite l\u2019utilisation de cages pour les truies allaitantes dans les maternit\u00e9s qui restreignent leurs mouvements, on lui r\u00e9pond que le but est de prot\u00e9ger les porcelets du risque d&rsquo;\u00e9crasement. Si l&rsquo;on souhaite se passer de ces cages, on en revient encore et toujours \u00e0 la question des moyens financiers suppl\u00e9mentaires pour compenser les pertes de porcelets.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous ces points, je les ai \u00e9galement observ\u00e9s puis questionn\u00e9s lors de mon immersion dans la ferme d\u2019\u00e9levage de mon oncle et j\u2019ai re\u00e7u les m\u00eames r\u00e9ponses. Je m\u2019interroge si une alternative pourrait-\u00eatre de d\u00e9velopper un \u00e9levage mixte en alternant le plein air et les b\u00e2timents avec des rotations pour que les cochons puissent prendre l\u2019air de temps en temps sur une surface moins importante que l\u2019\u00e9levage en plein air total tout en b\u00e9n\u00e9ficiant des protections et du confort des b\u00e2timents afin de limiter les frais et la charge de travail des \u00e9leveurs tout en am\u00e9liorant le bien-\u00eatre animal.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Comparaison avec l&rsquo;\u00e9levage des saumons<\/h3>\n\n\n\n<p>Cet ouvrage ne se limite pas aux cochons, l\u2019auteur fait souvent des parall\u00e8les avec d\u2019autres animaux, il nous pr\u00e9sente notamment les conditions d\u00e9plorables de l\u2019\u00e9levage de saumons.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans certains \u00e9levages, les saumons peuvent \u00eatre jusqu&rsquo;\u00e0 un million dans une cage, ils sont nourris \u00e0 la farine animale et gav\u00e9s d\u2019antibiotiques pour \u00e9viter les risques de propagation de maladies qui sont accrus en raison de la forte densit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Erik Orsenna d\u00e9nonce l\u2019aberration logistique du march\u00e9 du saumon qui s\u2019est mis en place gr\u00e2ce \u00e0 des frais de transports peu \u00e9lev\u00e9s qui permettent de b\u00e9n\u00e9ficier de co\u00fbts de main d\u2019\u0153uvre bon march\u00e9. Ainsi, les saumons naissent en Norv\u00e8ge puis grandissent en Ecosse avant d\u2019\u00eatre fum\u00e9s en Pologne puis d\u00e9coup\u00e9s en Chine pour revenir finalement en Europe. <\/p>\n\n\n\n<p>Erik Orsenna se d\u00e9sole avec justesse et \u00e9motion de la triste ironie qui caract\u00e9rise le destin de ces animaux en \u00e9levage alors qu&rsquo;ils sont de grands voyageurs dans leur \u00e9tat sauvage :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>pauvre saumon d&rsquo;\u00e9levage, encag\u00e9 d\u00e8s sa naissance, et ne retrouvant son droit \u00e0 parcourir la plan\u00e8te qu&rsquo;une fois mort&#8230;<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>En guise d&rsquo;alternative, l\u2019auteur nous recommande la consommation de truites issues d\u2019\u00e9levages en France avec un bilan carbone nettement inf\u00e9rieur et une meilleure capacit\u00e9 de contr\u00f4le sur les conditions d\u2019\u00e9levages.<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre que des \u00e9leveurs de saumons auront des commentaires \u00e0 apporter sur cet article, je me tiens \u00e0 leur disposition pour visiter l\u2019un de leurs \u00e9levages en Norv\u00e8ge ou en Ecosse\u00a0!\u00a0\ud83d\ude0a<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les similitudes entre les cochons et les humains<\/h3>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, Erik Orsenna nous rappelle qu\u2019il y a beaucoup de points communs entre les cochons et les \u00eatres humains. <\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, les formes et la disposition des organes dans le corps sont tr\u00e8s similaires, nous avons \u00e9galement une grande part d\u2019ADN en commun. Ces similitudes avec l\u2019Homme font du cochon un candidat id\u00e9al, malgr\u00e9 lui, pour des recherches scientifiques dans le domaine de la m\u00e9decine.<\/p>\n\n\n\n<p>Par exemples, pendant pr\u00e8s de soixante ans, l&rsquo;insuline qui permet de lutter contre le diab\u00e8te a \u00e9t\u00e9 produite \u00e0 base d&rsquo;extraits de pancr\u00e9as de porcs avant qu\u2019elle soit ensuite recr\u00e9\u00e9e g\u00e9n\u00e9tiquement dans les ann\u00e9es 80. Le porc sert \u00e9galement de cobaye pour tester des m\u00e9dicaments ou divers produits pharmaceutiques (sa peau est notamment tr\u00e8s similaire \u00e0 celle de l\u2019Homme).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Ch\u00e8res lectrices, chers lecteurs, mon intention dans cet article n\u2019est pas de p\u00e9rorer avec un chauvinisme mal plac\u00e9 que nous sommes parfaits en France par rapport aux autres pays producteurs et qu\u2019il n\u2019y a plus rien \u00e0 am\u00e9liorer ou que nous devrions fermer nos fronti\u00e8res pour consommer uniquement nos produits locaux mais il est n\u00e9anmoins important de se comparer avec ses voisins surtout dans une \u00e9conomie aussi ouverte que la n\u00f4tre.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut toujours faire mieux et il faut aller dans ce sens mais tout en veillant \u00e0 ne pas se tirer des balles dans le pied en cr\u00e9ant des situations aberrantes o\u00f9 l\u2019on autorise des importations de produits r\u00e9alis\u00e9s avec des m\u00e9thodes qui favorisent les concurrents \u00e9trangers tout en p\u00e9nalisant les producteurs fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, il est important de se rappeler que les terres agricoles sont une richesse pour la France, l\u2019Europe et pour l\u2019humanit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral donc pr\u00e9servons-les avec l\u2019aide de nos agriculteurs qui doivent pouvoir faire leur m\u00e9tier dans de bonnes conditions. Si vous souhaitez d\u00e9velopper vos connaissances sur ces th\u00e8mes cruciaux pour notre alimentation, je vous invite vivement \u00e0 vous procurer ces deux livres dont la lecture est agr\u00e9able et instructive avec de courts chapitres.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction Dans le cadre de recherches bibliographiques pour pr\u00e9parer une s\u00e9rie d\u2019articles sur le m\u00e9tier d\u2019\u00e9levage porcin de mon oncle Pierre, je me suis appuy\u00e9 sur deux tomes de la s\u00e9rie de livres \u00ab&nbsp;Petit pr\u00e9cis de mondialisation&nbsp;\u00bb d\u2019Erik Orsenna qui&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1020,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-919","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-livres"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/avidexperience.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/919","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/avidexperience.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/avidexperience.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/avidexperience.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/avidexperience.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=919"}],"version-history":[{"count":14,"href":"https:\/\/avidexperience.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/919\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1028,"href":"https:\/\/avidexperience.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/919\/revisions\/1028"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/avidexperience.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1020"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/avidexperience.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=919"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/avidexperience.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=919"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/avidexperience.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=919"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}