Pour notre première journée d’escalade sur falaises avec Thibaut, nous nous échauffons sur des parois bien équipées avant de nous lancer à l’assaut des grandes voies en haute montagne. Il y a peu d’appréhensions aujourd’hui car c’est un domaine que nous maîtrisons avant de basculer dans un inconnu qui nous fascine autant qu’il nous intimide.

Après une semaine de vacances chacun de son côté, Thibaut me récupère à la gare d’Annecy avec la Toyota Yaris de ses parents équipée d’une tente sur le toit pour rejoindre notre premier terrain d’aventures : le site d’école d’escalade de la Forclaz à côté de la station du Grand Bornand. Thibaut a judicieusement sélectionné ce site afin de nous remettre en jambes sur des falaises de taille moyenne, bien équipées et de tous niveaux. 

Nous nous garons à la tombée de la nuit sur un parking à proximité et, après une toilette rudimentaire, nous déplions la tente en une fraction de seconde pour nous glisser dans les draps déjà installés, c’est très pratique.  Le lendemain matin, le ciel dégagé nous permet de découvrir en face la chaîne de montagnes des Aravis qui sera notre prochaine étape. 

En à peine quelques minutes de marche, nous atteignons les voies de la Forclaz et nous commençons par nous échauffer sur une 5A afin de nous réhabituer à l’escalade sur rocher. Puis, nous nous lançons dans une 5B+ avec des passages déjà plus techniques en montant de profil le long d’une arête. Nous continuons sur notre lancée avec une 5C+ qui commence en léger dévers avec de bons bacs pour les mains puis un passage intermédiaire légèrement exposé sur une courte traversée constitue le « crux » de la voie avant de rejoindre le relais. 

Notre objectif final étant le 6A, on décide de terminer par une voie de ce niveau : j’éprouve moins de difficultés que sur la 5C+ car le dévers me convient généralement moins (excuse morpho?) et j’étais probablement plus concentré.

Ecole d’escalade de la Forclaz

Nous arrêtons de grimper à midi afin de nous donner le temps de réviser les manips pour installer un relais et faire un rappel en grande voie puis nous mangeons un sandwich au bord d’une rivière qui nous permet de prendre un dernier bain avant notre séjour en refuge où les ressources en eau sont limitées.

En fin d’après-midi, nous garons notre voiture au col des Annes à 1700 mètres, haut lieu de pâturage de vaches productrices de lait qui permet de faire du bon reblochon. Après un dernier point de vérifications sur notre matériel, nous partons à pied pour rejoindre le refuge de la Pointe Percée à 2164 mètres d’altitude.

La vue sur la chaîne des Aravis est spectaculaire avec ses multiples combes, étroites vallées enserrées par des montagnes de toutes formes. La Pointe Percée culmine à 2750 mètres, elle se distingue nettement des autres de part son absence de végétation : c’est un décor très minéral avec une roche grise, on se croirait sur une autre planète.  

Cette montagne nous paraît alors bien loin et pourtant, nous ne nous doutons pas que nos deux prochaines grandes voies sont déjà visibles sur le versant nord-ouest (l’Arête du doigt à gauche de la photo) et sur le versant sud-est (l’Ombre chinoise à droite de la photo).

Nous arrivons au refuge après 1h30 de marche, la vue est très belle sur la Pointe Percée à l’est et sur toute la vallée du Grand Bornand à l’ouest où nous pouvons admirer le coucher de soleil depuis une grande terrasse aménagée. 

Le refuge de la Pointe Percée est historique, sa première construction date de 1899 et il a été entièrement réhabilité en 2023. Pour plus de renseignements sur cet établissement, vous trouverez sur ce lien un article très intéressant du journal Le Monde avec un portrait de sa gardienne.

Notre terrain de jeux pour les deux prochains jours

Nous arrivons juste à temps pour nous installer dans un confortable dortoir avant de passer au dîner collectif. Le repas est bon et copieux avec une savoureuse soupe de légumes en entrée dans lequel on immerge un morceau de pain et une tranche de tomme de Savoie, les plats sont également variés et les desserts sont délicieux. Durant ce séjour, je ne cesserai de déclarer avec emphase à mes voisins de tablée que c’est assurément le meilleur refuge de montagne que j’ai fait, suscitant l’hilarité de Thibaut.

Ce soir, nous dînons à côté d’un frère et d’une sœur originaires de la région qui grimpent souvent et, par une heureuse coïncidence, ils ont prévu de faire la même voie que nous le lendemain. Avec patience, ils répondent à nos nombreuses questions sur l’Arête du doigt tout en nous recommandant d’autres grandes voies pour notre niveau, leurs précieux conseils nous permettront ainsi d’adapter notre plan pour les prochains jours. 

Allez, il est temps de se reposer, les choses sérieuses vont commencer demain!

Vue depuis la terrasse du refuge

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Hugues B.