Author

Hugues B.

Livres

Mémoires de guerre du Général de Gaulle

Introduction

Quelques mois après le décès de ma tendre et chère grand-mère maternelle, nous étions avec mon oncle et mes tantes en train de vider avec émotion la maison familiale et chacun d’entre nous réfléchissait aux objets qu’il souhaitait et pouvait conserver. Etant logé dans un appartement de banlieue parisienne de taille modeste, je me concentrais sur des objets peu volumineux qui m’évoquaient des souvenirs personnels avec mes grands-parents : des pièces de la vaisselle de ma grand-mère, grande cuisinière et maîtresse indétrônable de la maison, des bandes dessinées d’Astérix et de Lucky Luke qui avaient marqué ma jeunesse, puis je fus attiré par les nombreux livres de la bibliothèque inépuisable de mon grand-père.

 C’est ainsi que se retrouvèrent soudain entre mes mains les différents volumes légèrement écornés des « Mémoires de guerre » du Général de Gaulle, éditées à partir du milieu des années cinquante. De Gaulle, ce monument national dont j’ai si souvent entendu parler, en termes louangeurs, admiratifs, ou nostalgiques, dans des livres d’Histoire, des documentaires, des films ou lors de débats politiques. Cela faisait longtemps que j’avais envie de mieux connaître ce personnage historique mais je n’osais jusqu’ici m’atteler à cette tâche immense qui représentait pour moi l’équivalent de l’ascension d’un haut sommet intimidant qui domine tous les autres.

Cette découverte fut pour moi un signe qu’il était temps de me plonger dans ce récit historique en l’honneur de mes grands-parents. Cela me renvoyait aux conversations avec ma grand-mère lorsqu’elle me racontait ses souvenirs d’enfant pendant la période de l’Occupation. La maison de campagne familiale du Cher était située en zone libre entre Bourges et Moulins, à quelques kilomètres à l’ouest de la ligne de démarcation matérialisée par l’Allier, affluent de la Loire. Un été, son père qui travaillait à Paris en zone occupée, avait voulu rejoindre sa femme et leur fille unique restées à la campagne et, pour éviter de passer les contrôles, il arriva de la capitale avec son attirail de pêcheur puis entra dans l’Allier depuis la rive est en maniant sa canne à pêche pour ressortir de l’autre bord en zone libre sans être inquiété.

Ainsi, je me suis plongé dans ces Mémoires avec intérêt et j’ai été aussitôt captivé par ce récit personnel bien écrit, structuré, méthodique et passionnant de par les évènements historiques qu’il couvre et en étant expliqués du point de vue rare de l’un des acteurs majeurs de cette période. Ces Mémoires sont une opportunité unique de découvrir le cheminement personnel du Général de Gaulle, son raisonnement, sa stratégie basée sur sa hauteur de vue des enjeux globaux et son sens de l’anticipation, enfin son intransigeance pour préserver les intérêts et l’honneur de la France et sa ténacité pour faire face aux défis qu’il a dû relever et les graves décisions qu’il a dû longuement sous peser.

De Gaulle emploie parfois la troisième personne du singulier pour décrire certaines de ses actions, un procédé narratif certes déroutant aux premiers abords mais qui peut se justifier par le fait qu’il était déjà entré dans l’Histoire au moment où il l’a écrit. Le grand Charles se livre peu sur ses émotions et sa vie privée mais on peut deviner par moment tout le poids des enjeux qui pèsent sur ses épaules dans cette période si trouble et agitée où tous les repères vacillent.

Cette lecture permet également de suivre cette période historique du point de vue de la France Libre du Général de Gaulle avec des évènements qui sont parfois peu abordés dans les livres d’Histoire car jugés moins importants au vu des enjeux mondiaux de cette guerre mais ils sont néanmoins essentiels pour mieux comprendre certaines décisions du côté français.

Comme tout récit historique, il faut garder un regard critique et lucide en tenant compte de qui est son auteur et dans quel est contexte il écrit, on peut ainsi penser que le Général avait l’intention, au-delà d’instruire les lecteurs, d’utiliser ces Mémoires pour se replacer au centre de l’actualité politique française et se ménager des chances de revenir au pouvoir, ce qui sera le cas puisqu’il deviendra président de la République en 1959 alors que les trois tomes de ses « Mémoires de Guerre » furent publiés entre 1954 et 1959.

Sans doute de Gaulle omet parfois plus ou moins volontairement certains épisodes qui n’arrangent pas sa vision donc il est nécessaire, comme pour tout récit historique, de compléter ses connaissances avec d’autres sources afin d’avoir une compréhension plus globale mais ces Mémoires représentent pour moi un récit historique passionnant d’un des plus grands personnages de la riche Histoire de France.

Allez, il est temps à présent de répondre à l’Appel du Général !

Tome 1 : l’Appel (1940 – 1942)

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La Roue de la Fortune

« […] il n’y a ni bonheur ni malheur en ce monde, il y a la comparaison d’un état à un autre, voilà tout. Celui-là seul qui a éprouvé l’extrême infortune est apte à ressentir l’extrême félicité. Il faut avoir voulu mourir, […], pour savoir comme il est bon de vivre.

Vivez donc et soyez heureux, […], et n’oubliez jamais que, jusqu’au jour où Dieu daignera dévoiler l’avenir à l’homme, toute la sagesse humaine sera dans ces deux mots : attendre et espérer ! »

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Place à l’attaque

« […] il est donc vrai que toutes nos actions laissent leurs traces, les unes sombres, les autres lumineuses, dans notre passé ! il est donc vrai que tous nos pas dans cette vie ressemblent à la marche du reptile sur le sable et font un sillon ! Hélas ! pour beaucoup, ce sillon est celui de leurs larmes ! »

La main invisible du marché de dupes

A présent que Monte Cristo connait parfaitement les mécanismes de préservation du pouvoir et des richesses de ses ennemis ainsi que les liens qui unissent leurs familles, il est temps pour lui de passer à l’attaque.

Il commence par orchestrer la ruine de Danglars en diffusant par le télégraphe une fausse nouvelle que le baron banquier intercepte en premier grâce à son réseau et qui l’incite à vendre précipitamment une grande partie de ses actions quitte à le faire à perte. Lorsque tous ses bons sont vendus, il apprend que l’information est fausse, le cours de l’action remonte, l’illustre financier a ainsi perdu beaucoup d’argent et la face.
Puis, un large débiteur italien qui avait toujours honoré ses dettes lui fait soudainement défaut en disparaissant mystérieusement ; la main invisible de Monte Cristo tient les cordons de la bourse de Danglars qui se vide inexorablement.

Au bord de la faillite, le baron boursicoteur se laisse berner par le comte qui lui promet des gains pharamineux en investissant sur de potentielles mines d’or au Mexique ou des réserves de poissons rares en Russie qui s’avèreront plus tard des gouffres financiers.

La maison hantée

Monte Cristo organise ensuite un dîner dans une maison à la campagne qu’il a achetée en sachant que c’est dans cette demeure que Villefort commit l’adultère avec Mme Danglars et enterra en cachette leur fils illégitime qu’il pensait mort à la naissance. Le comte invite à ce dîner les époux Villefort et Danglars afin de déstabiliser les amants fautifs.

Comme à son habitude, Monte Cristo éblouit ses convives avec une profusion de mets rares et exquis dont certains ont été acheminés par des moyens extraordinaires tels des poissons frais péchés en Italie et en Russie qui ont été transportés vivants dans des tonneaux en guise d’aquariums !

Puis, la tension s’installe lorsque des convives évoquent des rumeurs de crimes commis dans cette maison qui sont aussitôt renchéries par Monte Cristo qui constate avec un malin plaisir dissimulé la gêne de Villefort. Le comte fait ainsi durer le suspense, dévoilant une à une les pièces à conviction qui confortent le soupçon qu’un bébé a été accouché dans cette maison puis a été enterré dans le jardin.

Villefort et Mme Danglars sont au supplice et ont du mal à contenir leurs émotions tandis que les autres convives sont captivés par cette histoire sordide. Finalement, Monte Cristo déterre un coffret devant ses invités ébahis mais celui-ci est vide, le mystère reste donc entier.

Pour sa part, Villefort sait que l’enfant est vivant car il avait été grièvement blessé par un bandit lorsqu’il enterrait le coffre dans le jardin et, lorsqu’il était retourné sur les lieux de son agression après être rétabli, il avait découvert le coffre vide puis des preuves que l’enfant avait été recueilli vivant par des inconnus mais sans parvenir à retrouver sa trace. Il s’agit du jeune faux prince Cavalcanti.

Le procureur se doute que Monte Cristo est au courant de cette histoire donc cela signifie qu’il cherche à lui nuire et il va ainsi mener secrètement une enquête sur le comte avec les moyens de la justice mais il se fera facilement berner par les travestissements de Monte Cristo en l’abbé Busoni et Lord Wildmore qui lui donnent de fausses informations sur le comte.

Villefort brise la glace face à ses malheurs

A la suite de ce dîner lugubre dans la maison hantée, Madame Danglars est bouleversée, elle convient avec Villefort de s’entretenir en privé. C’est alors que le procureur ouvre sa froide et rigide carapace devant son ancienne amante pour laisser échapper des émotions douloureuses qu’il tente de maîtriser tant bien que mal. Villefort nous montre alors un visage plus humain en dévoilant les remords qui le rongent d’avoir laissé son fils pour mort et de ne pas être parvenu à le retrouver.

Villefort va ensuite être confronté à un dilemme lorsque son père, Mr Noirtier, va s’opposer à son projet de marier sa fille Valentine avec le baron Franz d’Epinay en menaçant de la déshériter. Villefort décide de respecter la décision paternelle bien qu’elle aille à l’encontre de ses intérêts et encore plus de son épouse vénale car les volontés de son aîné lui sont aussi sacrées que la loi.

Puis, lorsqu’une série de morts suspectes frappe l’entourage de Villefort, les soupçons du médecin de la famille finissent par se porter sur Valentine dont l’héritage est favorisé par ces tristes évènements mais Villefort refuse de croire à cette hypothèse malgré certains faits troublants, il préfère mourir que d’endosser son rôle de procureur sur sa propre fille qu’il aime au-dessus de tout.

Cela rend le récit plus intéressant et plus réaliste d’avoir des personnages de méchants qui sont capables à la fois de froides cruautés à l’encontre de ceux qui ont le malheur de gêner leur ascension  sociale tout en éprouvant des sentiments tendres et sincères pour leurs proches.

Danglars, un cynique ironique amusant

Danglars s’avère parfois un personnage plaisant à suivre car il assume au sein de son cercle proche ses instincts de froid calculateur et de profiteur tout en ne se gênant pas non plus pour relever celle des autres avec un ton moqueur. Sa franchise ironique attire ainsi ma sympathie.

Il y a notamment une conversation amusante qui se tient entre lui et sa fille Eugénie où ils devisent sans affects de leurs intérêts mutuels dans l’éventualité où Eugénie se marierait avec le prince Cavalcanti dont la fille du baron se contrefiche éperdument, préférant continuer sa vie de bohème avec son amie pour jouer de la musique ou au théâtre.

Eugénie se dit peu intéressée par les richesses et encore moins par le métier de banquier de son père jugé peu honorable mais celui-ci lui rappelle avec une douce ironie qu’elle ne méprise pas pour autant l’argent qu’il lui donne pour subvenir à ses besoins et qui est issu de son activité dénigrée.

Le père et la fille finissent par conclure un pacte d’intérêts convergents où chacun y trouvera son compte : le banquier bénéficiera des nouveaux capitaux apportés par son gendre et l’artiste pourra garder une certaine liberté. Il n’y a aucune trace d’amour filiale dans leurs échanges, ce sont de simples échanges entre associés.Plus tard dans le récit, lorsque le baron sera ruiné et prêt à prendre la fuite, il écrira une lettre à sa femme dont le ton ironique et mordant est très plaisant à lire. Danglars règle ainsi ses comptes avec sa femme qui l’a toujours méprisé pour son manque de prestance en bonne société, il lui décrit sans scrupules l’étendue de leur ruine subite et totale en se moquant de son épouse avec une effronterie masquée par des formules de politesse.

Le baron joue à fond son rôle de grossier personnage que la baronne lui a toujours reproché et il ne se gêne pas pour mettre le nez de sa digne épouse hautaine dans ses propres bassesses. Celle-ci se voit d’ailleurs lâchement abandonné par son amant, tout autant froid et opportuniste que la famille Danglars.

Le jugement de Dieu

Alors que le comte est en train de déployer sa vengeance survient par surprise un ancien personnage, il s’agit de l’aubergiste Caderousse qui a été témoin de la trahison d’Edmond Dantès par ses anciens amis et qui le lui a révélé sous les traits de l’abbé Busoni. Nous apprenons ainsi qu’après avoir empoché le diamant en récompense de ses confidences, Caderousse a ensuite assassiné par cupidité le marchand qui le lui a acheté puis sa femme afin de garder tout l’argent pour lui.

L’aubergiste fut finalement arrêté puis condamné au bagne où il rencontra le fils illégitime de Villefort, alias le prince Cavalcanti. Ensemble, ils s’évadèrent grâce à l’intervention secrète de Monte Cristo puis ils se séparèrent. Mais Caderousse a retrouvé la trace de son ancien compagnon de bagne, désormais devenu riche, et il souhaite tirer profit de cette situation.

Pour se débarrasser de lui, Cavalcanti le pousse dans un piège en l’incitant à cambrioler la demeure du comte après avoir prévenu celui-ci dans l’espoir que Caderousse soit arrêté. Mais Monte Cristo laisse repartir l’aubergiste après l’avoir surpris en flagrant délit car il a observé la présence de Cavalcanti à l’extérieur dans la pénombre et il décide de faire appel au jugement de Dieu pour décider du sort de l’ancien bagnard qui avait eu de multiples chances de se racheter mais qui a persévéré dans le banditisme.

Finalement, Caderousse est mortellement blessé par son ancien complice qui ne veut pas courir le risque d’être démasqué. Monte Cristo a observé la scène sans intervenir, comme un simple spectateur de la soi-disante justice divine puis il recueille chez lui le bandit agonisant.

C’est alors que le comte décide de révéler à Caderousse sa véritable identité après avoir tenu un discours mystique sur la Providence ; il interprète ainsi ce retournement de situation comme une preuve de la justice de Dieu car lui, Edmond Dantès, qui a terriblement souffert est désormais immensément riche et puissant tandis que Caderousse est puni pour ses méfaits et ses ennemis qui l’ont dénoncé en paieront bientôt le prix.

Les anciens alliés désunis

De manière insidieuse, Monte Cristo monte Danglars contre Morcerf en lui conseillant de se renseigner sur son passé trouble de militaire à l’étranger afin d’éclaircir les soupçons qui pèse sur le père de son potentiel futur gendre. En parallèle, le comte met en valeur le faux prince Cavalcanti afin que Danglars le considère comme un potentiel parti plus intéressant pour sa fille et donc pour lui.

Après enquête, Danglars obtient des informations compromettantes sur Morcerf qui aurait trahi un ancien allié en échange d’une forte récompense de son ennemi. Danglars décide de laisser fuiter ces faits accablants dans la presse en restant vague sur l’identité du coupable puis il s’appuie sur l’émoi provoqué par ces révélations afin de retarder la décision de marier sa fille avec Albert de Morcerf.

Le Comte de Morcerf est profondément humilié par cet affront du baron qui se dérobe lâchement à son engagement oral mais il est obligé de se contenir pour ne pas attirer davantage l’attention sur lui. En revanche, son fils Albert de Morcerf ne peut supporter l’insulte portée contre son père ; il exige un démenti formel du journaliste qui a publié la nouvelle mais celui-ci refuse en arguant qu’il a pu vérifier la véracité de ces faits.

Albert de Morcerf cherche alors à savoir qui a informé le journaliste et il finit par découvrir que c’est Monte Cristo qui a incité Danglars à le faire. Il est abasourdi par cette découverte car il pensait que le comte était son ami. Furieux, il provoque Monte Cristo en duel devant témoins pour laver l’honneur de son père et Monte Cristo accepte d’un ton froid et implacable sans aucune marque de surprise, cela faisait partie de son plan.

Les masques tombent à la Nuit des anciens amants

S’ensuit un des passages les plus émouvants du roman comme à chaque fois que Edmond et Mercédès se retrouvent car leur histoire commune est une grande tragédie d’un amour volé, trahi et rendu impossible. On retrouve alors la puissance des émotions ressentis par Edmond Dantès comme lorsqu’il était en prison.

Mercédès se rend chez le comte dans la nuit après avoir appris son duel prévu contre son fils le lendemain matin. Aussitôt, elle se jette à ses pieds en l’appelant par son vrai nom pour le supplier d’épargner son fils. Monte Cristo est bouleversé d’entendre son nom de la bouche de l’amour de sa vie, son masque d’impassibilité vol en éclats sans plus retenir ses émotions longtemps refoulées. Mercédès affirme l’avoir reconnu dès sa première rencontre mais sans comprendre son but ni ses intentions et elle lui demande des explications sur sa haine envers sa famille.

Edmond livre alors toute sa rancœur contre Fernand, toute la souffrance qu’il a endurée pendant ses quatorze années de captivité au sortir de laquelle il retrouva son père mort affamé et son ancienne fiancée mariée à celui qui l’a envoyé en prison : quel supplice !

Pour prouver les faits à Mercédès qui ignorait jusqu’alors la raison de l’incarcération de son bien aimé, Edmond lui montre la traitreuse lettre de dénonciation écrite par Danglars et Fernand. La comtesse est alors au comble du désespoir, elle qui apprend à la fois la perfidie de son mari et la souffrance de son amant de toujours mais Mercédès se cramponne à sa volonté de sauver son enfant chéri d’une mort certaine. Edmond fini par céder, par amour pour elle, touché par ses mots sincères de douleurs et de repentir, c’est très émouvant.

Puis, Edmond remet son masque imperturbable du comte de Monte Cristo pour préciser à la comtesse de Morcerf les conséquences de son renoncement à se venger : cela signifie sa mort car il a été provoqué en public et son honneur, sa dignité est en jeu. En effet, le comte a mis trop d’efforts à élaborer ses plans minutieux pour y renoncer paisiblement et il a trop souffert pour pouvoir supporter un nouvel affront si proche de son but.

 Mercédès le remercie du fond du cœur et lui demande de garder espoir, elle le quitte heureuse d’avoir retrouvé le Edmond qu’elle a tant aimé tandis que Monte Cristo rumine pendant toute la nuit son échec alors qu’il était si près d’assouvir sa vengeance tant attendue, il devient alors fataliste en acceptant l’idée de mourir.

Duels

Le lendemain matin, il se rend sur le lieu du duel où il retrouve ses témoins et ceux d’Albert de Morcerf mais celui-ci se fait étrangement attendre. Le voici qui arrive au galop d’un air fortement troublé, il dépose pieds à terre puis demande aux témoins de se rapprocher afin qu’ils entendent et répètent autour d’eux sa déclaration au comte de Monte Cristo.

Sa mère lui a raconté tous les malheurs que le comte a subi à cause de son propre père et Albert présente ses excuses à Monte Cristo, il retire son injure et par là annule le duel : tous les deux sont sauvés. Monte Cristo qui s’apprêtait à mourir remercie alors intérieurement Mercédès pour sa bonté et le Ciel pour sa miséricorde.

De retour à la demeure familiale, Albert décide d’abandonner immédiatement tout ce qui le relie à son père : ses richesses, sa demeure et même jusqu’à son nom en prenant celui de sa mère. Celle-ci l’accompagne en quittant également ses richesses et le domicile conjugal pour retourner au lieu de ses origines, à Marseille. Le fils veut refaire sa vie dans des campagnes militaires à l’étranger pour laver le déshonneur paternel qui lui colle à la peau, la mère aspire au recueillement loin de l’agitation du monde dans un couvent.

En ce qui concerne le comte de Morcerf, sa honte se transforme rapidement en furieuse colère contre celui qui est à l’origine de son naufrage, il se rend alors au palais de Monte Cristo pour le provoquer en duel afin de réparer ce que son fils n’a pas voulu faire. Edmond lui révèle alors froidement son identité, Fernand est pétrifié par la vision de ce fantôme venu le hanter pour lui rendre des comptes. Pris de panique, il s’enfuit chez lui juste à temps pour apercevoir sa femme et son fils qui le quittent à jamais, sans même un regard pour lui. Alors, au comble de la honte et du désespoir, Fernand se suicide ; le premier des trois ennemis est tombé.

La loi du talion

Afin de se venger de Danglars à la hauteur de ce qu’il lui a fait subir, Monte Cristo réplique des scènes similaires à ce qu’il a vécu. Ainsi, une lettre retrouvée de manière soi-disant fortuite par Monte Cristo sur le corps sanguinolent de Caderousse dévoile le passé de bagnard du prince Cavalcanti alors que celui-ci s’apprête à se marier avec la fille du baron.

Les gendarmes font alors irruption en pleine cérémonie de mariage pour arrêter le futur époux comme dans le passé pour le pauvre Edmond Dantès ; le coup est cruel mais parfaitement orchestré. L’arrestation du faux prince Cavalcanti discrédite ainsi le baron Danglars et annihile son unique chance de renflouer ses caisses avec les capitaux de son gendre, il ne lui reste donc plus qu’à fuir.

Le deuxième ennemi de Dantès est tombé, désormais, c’est au tour du dernier et du plus impitoyable : Villefort.

Le procureur est déjà blessé dans sa chair et dans son cœur en raison des morts par empoisonnement qui touchent son entourage et dont la dernière victime est sa tendre fille Valentine. Il décide alors de se saisir du procès du faux prince Cavalcanti meurtrier et ancien bagnard pour se plonger corps et âme dans cette affaire afin d’éloigner la douleur qui l’accable et de repousser la terrible décision qu’il doit prendre concernant le coupable des empoisonnements qu’il a fini par démasquer.

Il s’agit de Mme de Villefort, aveuglée par l’appât du gain de l’héritage de sa belle-famille et voulant tout accaparer pour son fils unique. Villefort s’avère implacable dans sa résolution de punir l’assassin de sa fille, même envers sa propre épouse, il l’enferme dans sa chambre en lui laissant le choix entre le poison ou le déshonneur d’un procès qui aboutira à l’échafaud puis il s’en va plaider contre Cavalcanti.

Après avoir condamné sa femme, le procureur instruit à charge, sans le savoir, son fils mais ce dernier a été informé de sa secrète ascendance par le comte de Monte Cristo et il révèle tout devant un public abasourdi. Villefort est glacé d’effroi, les détails fournis par Cavalcanti le convainquent qu’il est bien son fils, il est terrassé. Alors, le procureur reconnait ses torts devant l’audience médusée par ce retournement de situation puis il quitte le tribunal, vaincu. Aussitôt, il pense à sa pauvre femme qu’il a dédaigneusement condamné alors que lui-même est coupable de crimes, il se dépêche alors de la retrouver afin de la délivrer puis de fuir ensemble. Monte Cristo a appliqué la loi du talion à ses ennemis, dénonciation pour dénonciation et procès pour procès.

Le châtiment dépasse son auteur

Villefort arrive trop tard à son domicile, l’irréparable a été commis : son épouse a bu son propre poison et, comble de malheur, elle a emporté son fils dans son voyage dans l’au-delà. Le procureur tombe à genoux et devient ivre de douleur, cette succession de terribles malheurs le rendent fou et désespéré. Le récit a pris une tournure macabre, glauque, c’en est trop de cette vengeance sordide qui a dépassé les limites acceptables de la légitime vengeance en frappant un innocent.

Villefort croise en sortant de la chambre l’abbé Busoni qui le scrute d’un regard attentif et sévère, le procureur prend alors conscience que ce personnage est apparu dans son entourage en même temps que le début des malheurs qui frappent sa famille. Il le questionne sur la raison de sa présence, Monte Cristo en déduit à la mine défaite de son ennemi que la révélation de son fils à son procès a eu lieu et qu’il est désormais vengé donc il dévoile sa réelle identité et son projet de vengeance en appliquant la loi du talion.

Villefort a été tellement choqué par cette succession de tragédies qu’il est à peine surpris par cette nouvelle révélation, il saisit alors la main de son juge et bourreau pour l’emmener dans la chambre afin de lui montrer les corps gisants de sa femme et de son fils puis il lui demande d’un ton glacial s’il est désormais bien vengé. Monte Cristo est pétrifié à la vue du corps inerte du jeune enfant, il perd pied en constatant avec horreur que son piège savamment orchestré lui a largement échappé.

Le comte tente désespérément de ranimer le pauvre enfant mais il est trop tard, sa vengeance lui a échappé, il est temps qu’elle cesse et qu’il s’en aille. Monte Cristo a désormais un goût amer dans la bouche, il a terrassé ses trois ennemis mais l’écœurement l’envahit, il a besoin de quitter Paris, de retrouver le soleil de sa jeunesse à Marseille.

Le chapitre de la vengeance est clos, il est temps désormais de conclure.

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Le piège de la vengeance se met en place

« Et maintenant, […] adieu bonté, humanité, reconnaissance… Adieu à tous les sentiments qui épanouissent le cœur !… Je me suis substitué à la Providence pour récompenser les bons… que le Dieu vengeur me cède sa place pour punir les méchants ! »

Les amants retrouvés

Après l’épisode romain, le récit reprend quelques mois plus tard lors de l’arrivée du Comte de Monte Cristo à Paris sur l’invitation d’Albert de Morcerf. Le jeune fils de son ennemi s’est entouré pour l’occasion de ses amis proches et le comte leur fait rapidement forte impression en raison de ses récits de voyages exotiques et de ses idées franches et subversives qu’il assène sans détours.

Albert emmène ensuite le comte dans les appartements de sa mère pour le présenter. En patientant dans un vestibule, Monte Cristo découvre le portrait resplendissant de Mercédès : il est saisi par sa beauté et ému par les tendres souvenirs resurgissant de sa mémoire mais il tâche de dissimuler ses émotions au retour de ses hôtes.
C’est enfin les retrouvailles des amants après plus de vingt ans de séparation ! La comtesse ne connait pas la véritable identité de son invité de marque bien que son intuition éveille ses sens ; elle est troublée par la voix et le visage du Comte de Monte Cristo qui lui semblent familiers sans pouvoir les rattacher à des souvenirs précis. Mercédès perçoit également l’émotion contenue qu’elle suscite auprès de son invité mais la raison de sa présence l’intrigue, elle ressent une menace planer sur sa famille.

Après avoir pris congé du comte, Mercédès demande aussitôt à son fils des informations sur le passé de cet étrange personnage et elle lui enjoint de rester sur ses gardes, à la grande surprise de celui-ci qui ne se doute de rien.

La course contre le temps à tout prix

Après cette entrevue émouvante, Monte Cristo prend ses quartiers dans un somptueux logement sur les Champs Elysées qu’il n’a même pas pris la peine de visiter avant de l’acheter ; il procède ainsi pour tous ses achats luxueux.
Le comte étale sa richesse devant le tout Paris, rien ne doit lui résister, il est prêt à acheter les objets les plus recherchés à prix d’or et sur le champ, sans même les essayer :  l’argent compte pour lui bien moins que le temps car il dispose du premier quasiment à l’infini tandis que le second ne s’achète pas.

Néanmoins, le comte peut raccourcir les temps d’exécution de ses tâches grâce à son habile personnel soigneusement sélectionné pour exécuter avec célérité ses ordres et en utilisant les moyens de transports les plus rapides pour raccourcir les durées de trajets.

Après avoir s’être fait connaître de la haute société parisienne comme un homme immensément riche et extravagant, il est temps pour Monte Cristo d’attirer à lui ses trois terribles ennemis : Morcerf, Danglars et Villefort ; le temps de la confrontation est enfin venu.

Morcerf, représentant du pouvoir militaire, et politique

Le premier ennemi confronté par Monte Cristo est le Comte de Morcerf, alias Fernand, son ancien ami qui l’a dénoncé traitreusement puis a épousé sa fiancée. Fernand ne reconnait pas Edmond Dantès sous son accoutrement et avec le poids des années alors qu’il le croit mort en prison. De toute façon, Morcerf semble obnubilé par sa propre personne et, malgré son ascension sociale fulgurante, il demeure préoccupé par les intrigues politiques incessantes donc il accorde peu d’intérêt à Monte Cristo et leur entrevue est de courte durée.

Monte Cristo aura par la suite peu d’occasions de revoir Morcerf, il mènera donc discrètement son enquête sur le passé trouble de ce triste personnage pour récolter des preuves et des témoignages de ses méfaits afin de le faire tomber en disgrâce le moment venu.

Danglars, représentant du pouvoir financier, et politique

Lors de sa première rencontre avec le Baron Danglars, le Comte de Monte Cristo commence par lui rendre hommage en citant tous ses titres de noblesse et ses mandats électoraux prestigieux ainsi qu’en louant ses dons de financier puis, sans sommations, il décoche ses premières flèches pour percer le costume d’orgueil de ce nouveau riche opportuniste en dévoilant ses bassesses de manière faussement naïve.

Monte Cristo dit les choses comme elles sont d’un ton implacable, sans filtres ni circonvolutions, son interlocuteur est interloqué et ne peut déterminer si ce mystérieux étranger est volontairement impertinent ou bien peu au fait des convenances de la bonne société parisienne. 

L’entretien tourne alors à une satire de cette nouvelle catégorie d’aristocrates dits « populaires », représentés par Danglars, qui veulent à la fois se draper des honneurs de la noblesse dans la haute société tout en souhaitant recueillir l’assentiment du peuple en revendiquant d’en être issu et d’agir pour son bien.

Le comte tisse alors le premier fil de son piège en présentant au baron des recommandations de banquiers illustres pour que la banque Danglars lui ouvre un crédit illimité. Cette annonce provoque l’incrédulité puis la panique du financier car elle attaque ses points faibles : son avarice et son aversion pour le risque non maîtrisé.

Danglars tente alors de faire diversion en suggérant un prêt d’un million, ce qui lui semble déjà une somme immense mais Monte Cristo rejette sa proposition ironiquement en lui montrant devant ses yeux ébahis qu’il possède déjà cette somme sur lui et qu’il a donc besoin de bien plus d’argent.

Le comte fait ainsi comprendre au baron qu’ils ne jouent pas dans la même catégorie et ce dernier finit par accepter un crédit sans limites, de peur de rater une opportunité d’attirer un si gros client et dans l’espoir d’en tirer en retour des intérêts à la hauteur du prestige du comte. Danglars est ainsi pris dans la toile du piège de Monte Cristo.

Villefort, représentant du pouvoir judiciaire

Le procureur du roi Villefort étant accaparé par sa mission et peu friand des mondanités, Monte Cristo met en scène le sauvetage de sa femme et de son fils lors d’un accident de carrosse afin de forcer celui-ci à lui rendre visite pour le remercier.

Villefort s’avère l’adversaire le plus coriace de Monte Cristo car son métier d’enquêteur l’a rendu méfiant vis-à-vis des hommes, il a également un mode de vie relativement austère donc il est moins sensible à la flatterie et aux démonstrations de richesse.

Par conséquent, Monte Cristo utilise une approche différente de ses précédents adversaires afin de déstabiliser Villefort ; il lui tient un discours quasi mystique sur la justice des hommes et la Providence en s’estimant un être d’exception investit d’une mission quasi divine sans préciser son but. 

Villefort tente alors de reprendre le contrôle de la conversation en repoussant dédaigneusement ces élucubrations philosophiques car l’exercice de la justice est selon lui une mission sérieuse qui nécessite de longues années d’études et de la rigueur afin de pouvoir comprendre et maitriser l’ensemble de ses mécanismes.

Monte Cristo relève le défi de confronter le procureur sur son sujet de prédilection en lui étalant son érudition dans ce domaine qu’il a étudié sous toutes ses formes, non seulement en France, mais aussi dans les nombreux pays orientaux qu’il a visités. Sa vision est donc bien plus complète que Villefort ; le comte en vient à la conclusion de la futilité de toutes ces règles, ces codes, ces enquêtes, discours et délibérations, il lui préfère la loi primitive et simpliste du talion.  

Monte Cristo tourne ensuite en ridicule son interlocuteur prétentieux qui cherche à le prendre de haut en se disant très occupé par sa charge qu’il juge plus digne que celle du comte qui peut se permettre de philosopher tout en jouissant de ses richesses. Monte Cristo contre-attaque en soulignant les contradictions et les incohérences du procureur entre son discours et ses actes ; le comte met ainsi en doute le mérite de Villefort toujours sous couvert d’une fausse naïveté excusable pour un étranger peu aux faits de la bonne conduite à tenir en société. 

Un peu de légèreté dans la gravité

Après ces rudes confrontations, il s’ensuit un passage plus léger qui arrive à point dans le récit afin de donner de la respiration : il s’agit de l’entrée en scène du père et du fils Cavalcanti. Cela ressemble à une comédie de boulevard où chacun des personnages pense duper l’autre à son profit ; Monte Cristo a fait venir à Paris ces deux italiens qui ne se connaissent pas après les avoir rencontrés séparément sous les traits de l’abbé Busoni et de lord Wildmore.

Le comte fait passer l’un pour le fils et l’autre pour le père dans l’unité du saint argent que tous les deux espèrent toucher à la fin de leur étrange mission. Il est amusant de contempler ces deux nouveaux personnages qui croient berner le comte sans savoir que c’est lui qui est à l’origine de cette farce ; les Cavalcanti jouent leur rôle à merveille sans poser trop de questions de peur d’éveiller les soupçons et de rater leur promesse de récompense qui leur semble trop belle pour être vrai.

Le comte s’amuse peu de cette situation, il est tout à son plan de vengeance car le fils Cavalcanti est en réalité le fils illégitime de Villefort et de l’épouse de Danglars que le soi-disant digne procureur a laissé pour mort à sa naissance et dont Monte Cristo a appris l’existence en enquêtant sur la vie du procureur ; la toile du piège s’étend à d’autres proies.

Liaisons entre familles

A mesure que le comte s’insère dans l’entourage de ses ennemis, il découvre les nombreuses intrigues qui lient leurs différentes familles et Monte Cristo va s’en servir pour élaborer son plan d’attaque.

Il y a des liaisons officielles qui reposent généralement sur de simples convergences d’intérêts dénuées de sentiments ; elles sont par conséquent plus fragiles et menacées de ruptures soudaines tandis que d’autres sont nouées à l’abri des regards en se nourrissant de sentiments sincères et nobles, rendant ainsi leurs liens invisibles bien plus solides.

Les enfants sont à cette époque une monnaie d’échange, de simples figurants pour leurs mariages qui représentent des alliances entre familles où les sentiments comptent peu ; ce sont des contrats sans affects, une série de chiffres, une addition de rentes, de propriétés et de titres mais il n’y a point de cœur dans tout cela.

Le Baron Danglars est ainsi officiellement un opposant politique du Comte de Morcerf mais, officieusement, ces deux opportunistes alliés depuis leur premier méfait à Marseille projettent ensemble de marier leurs enfants Albert et Eugénie afin d’accroitre leurs richesses et leur prestige. Les deux jeunes fiancés ne partagent aucun sentiment amoureux l’un envers l’autre mais ils semblent se résoudre aux vœux de leurs parents tant que chacun puisse garder une certaine liberté d’action.

Monte Cristo fait alors entrer en scène les Cavalcanti en les faisant passer pour de riches princes italiens auprès du baron Danglars et en laissant suggérer que le fils représenterait un bon parti pour sa fille, l’appât du gain commence à semer le doute dans l’esprit du banquier, un nouveau fil est tissé.

La fille aînée de Villefort, Valentine, issue du premier mariage du procureur avec une noble, Madame de Saint Méran, est pour sa part destinée au baron Franz d’Epinay dont le père était un illustre général qui paya de sa vie son soutien affiché à la monarchie alors que Napoléon était sur le point de revenir en France. Le but de ce mariage est pour Villefort de faire taire les rumeurs qui pèsent sur son propre père, ancien bonapartiste de haut rang, le soupçonnant d’avoir participé à la disparition du général ennemi.

Mais Eugénie aime en secret le fils de Monsieur Morel, Maximilien, militaire en congé à Paris après une campagne à l’étranger et sur lequel veille affectueusement Monte Cristo comme son propre fils en souvenir ému du soutien indéfectible de son ancien armateur.

Liaisons entre les familles des ennemis de Monte Cristo

Des parents exempts d’exemplarité

Danglars s’est marié avec une noble qui lui a permis d’acquérir le titre de baron mais il n’en a pas les codes de bonne conduite et il se fait régulièrement humilier par son épouse. Celle-ci a un jeune amant qui l’accompagne officiellement en tant qu’ami afin de sauver les apparences en société mais personne n’est dupe, y compris le baron qui s’accommode de cette situation tant qu’elle lui est profitable.

En effet, l’amant de la baronne Danglars détient un poste haut placé dans un ministère permettant d’obtenir des informations de premier ordre qu’il transmet en exclusivité à sa maîtresse afin que son mari investisse en premier dans les bonnes affaires et rétrocède une partie de ses intérêts à sa femme. La paix de ce ménage à trois est ainsi assurée tant que chacun y trouve son compte.

En découvrant cette liaison, Monte Cristo comprend ainsi que l’une des raisons principales de la richesse de Danglars est son accès privilégié à l’information, cela va lui permettre de tisser de nouveaux fils pour piéger le banquier.

Après le décès de sa première épouse, Villefort s’est remarié et a eu un fils, Edouard. Lors de sa rencontre avec Monte Cristo, la nouvelle épouse de Villefort se montre très curieuse au sujet des expérimentations du comte pour élaborer des élixirs aux effets tranquillisants qu’il affectionne depuis son voyage en Orient et qui peuvent s’avérer mortels à hautes doses.

Monte Cristo se doute que cette curiosité cache de mauvaises intentions qui pourraient nuire à son ennemi donc il partage sans états d’âme à Mme de Villefort ses recettes. Quelques semaines plus tard, les parents de l’ancienne épouse de Villefort sont mystérieusement retrouvés morts dans leur sommeil puis c’est au tour du serviteur du père de Villefort de mourir d’étouffement sous les yeux effarés de son maître après avoir bu un verre d’eau qui lui était destiné. Le doute et les soupçons s’installent dans la famille de Villefort.

Monte Cristo a désormais acquis la confiance du cercle proche de ses ennemis et les informations qu’il obtient au gré de confidences ou de ses enquêtes lui permettent de mettre à jour tous ces liens qui unissent leurs familles et les rouages de leur organisation qui tournent à leur profit. Il va pouvoir désormais ajouter ses grains de sable afin de détraquer la machine et la détourner pour accomplir sa vengeance.

Le rythme du roman redevient captivant, la toile se tisse et les pièces du puzzle s’assemblent progressivement sans que l’on puisse encore voir le dessin final mais on sent que Monte Cristo est désormais prêt à passer à l’attaque.

Place à l’attaque

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Rattraper le temps perdu

« – Vous avez beaucoup souffert, monsieur ? […]

– A quoi voyez-vous cela ? […]

– A tout, […], à votre voix, à votre regard, à votre pâleur, et à la vie même que vous menez.

– Ah si vous aviez goûté de ma vie, vous n’en voudriez plus d’autre, et vous ne rentreriez jamais dans le monde, à moins que vous n’eussiez quelque grand projet à y accomplir.

– Une vengeance ! par exemple 

– Et pourquoi une vengeance ? […]

– Parce que, […], vous m’avez tout l’air d’un homme qui, persécuté par la société, a un compte terrible à régler avec elle.»

A la recherche du trésor

Après son évasion spectaculaire de la prison du château d’If, Dantès parvient à rejoindre à la nage un petit îlot puis, lorsqu’une frêle embarcation passe à proximité, il fait un signe de détresse en se faisant passer pour un naufragé.

L’équipage se trouve méfiant à son égard car ce sont des contrebandiers mais Edmond gagne rapidement leur confiance en mettant à leur service ses talents de navigateur qu’il n’a pas perdus même après quatorze années de captivité. Ainsi, Dantès devient un membre de cet équipage hors-la-loi ; il se montre discret sur son histoire et patient quant à ses ambitions car l’expérience de son incarcération l’a rendu méfiant vis-à-vis des hommes et méticuleux pour surmonter les plus grands obstacles.

Les contrebandiers opèrent entre les côtes françaises et italiennes ; il leur arrive régulièrement de passer à proximité de l’île de Monte Cristo que Dantès observe alors attentivement. Mais il ne se précipite pas, il attend pendant plusieurs mois d’avoir la bonne occasion de s’y rendre sans éveiller les soupçons.

Celle-ci se présente alors que les contrebandiers font étape sur cette petite île inhabitée afin de procéder à un échange de marchandises à l’abri des regards. Alors, Monte Cristo mime un accident en chutant d’un rocher afin qu’on le laisse seul pendant plusieurs jours sur l’île tandis que l’équipage repart en mer pour une opération importante ; ils conviennent de le récupérer à leur retour en lui laissant des vivres.

C’est le moment de vérité pour Edmond : ce mystérieux trésor occupe ses pensées depuis qu’il a appris son existence du fond de son cachot ; il ne peut s’en détourner en retrouvant une vie modeste alors qu’on lui a volé les plus belles années de sa vie loin de ses êtres chers. Cette richesse lui procurerait ainsi des moyens immenses pour accomplir sa vengeance sur ses ennemis et soutenir ses proches ; ce serait en quelque sorte pour lui une occasion unique de rattraper le temps perdu en bénéficiant de ressources illimitées.

Il se lance alors avec anxiété à la recherche de l’entrée de la cache sur la base des indications de l’abbé Faria. Edmond est empli de doutes sur la véracité du récit de son compagnon de prison, cela lui semble un cadeau du ciel trop beau pour être vrai. Ainsi, même s’il décèle de nombreux indices laissant penser que de larges pierres ont été déplacées à la main puis que des branchages ont été déposés pour masquer les traces de ces travaux, il n’ose pas y croire de peur d’être déçu.

Chaque pas qui rapproche Edmond de son but augmente son angoisse et ses craintes. Il parvient à déloger un rocher avec de la poudre puis il s’engage dans une galerie qui aboutit à une impasse mais, grâce à son habitude de l’obscurité, Edmond décèle un passage secret soigneusement dissimulé qui permet d’accéder à une minuscule salle voutée sans issue.

L’ancien prisonnier observe alors méticuleusement les parois puis le sol de cette pièce sombre. En creusant la terre, il découvre une malle en bois avec des armatures de fer. A ce moment, Dantès est submergé d’émotions et il n’ose ouvrir le coffre de peur qu’il soit vide, c’est l’instant de vérité.

Edmond ouvre alors la malle d’un coup sec avec sa pioche, il est aussitôt ébloui par une multitude de pièces en or, de pierres précieuses et de diamants. Alors, il peut enfin exploser de joie après tous ses patients efforts : le trésor existe et il est à lui !

A la recherche du passé

Dantès récupère aussitôt quelques pierres puis cache à nouveau le trésor. Les contrebandiers reviennent ensuite le chercher et le ramènent sur la côte où il échange ses pierres pour de l’argent.

En prenant congé de l’équipage sur un faux prétexte, Edmond sollicite l’un des membres en qui il a toute confiance, Jacopo, pour se rendre à Marseille afin de prendre des nouvelles de son père et de Mercédès tandis qu’il retourne à l’île de Monte Cristo pour récupérer et sécuriser le reste de son trésor.

On constate ainsi que le premier soin de Dantès après avoir découvert son trésor est de se soucier des êtres qui lui sont le plus cher. Certains esprits tatillons objecteraient qu’il aurait pu le faire dès son évasion mais Edmond était recherché par les autorités et il n’avait pas le moindre sou ni papier, les risques étaient trop importants pour qu’il soit à nouveau fait prisonnier.
A son retour de la cité phocéenne, Jacopo lui apprend que son père est mort et qu’il n’a pas pu obtenir d’informations sur Mercédès, elle est introuvable. Dantès s’attendait à ce que son père soit décédé après toutes ces années écoulées mais il est étonné de ne pas trouver de traces de sa fiancée.

Il doit donc se rendre en personne à Marseille pour obtenir plus de détails mais sous une fausse identité afin de ne pas être appréhendé. Dantès se déguise ainsi en deux personnages : un riche anglais, lord Wildmore, et un prêtre italien, l’abbé Busoni. Il se servira par la suite souvent de ce stratagème pour agir en toute discrétion.

Avec le poids des années et son accoutrement, il constate avec satisfaction en arrivant au port que d’anciens matelots qui étaient sous ses ordres ne le reconnaissent pas donc il peut se déplacer sans risques. Cependant, Edmond ne parvient pas à retrouver des traces de Mercédès ni de Danglars et Fernand, tous semblent être partis depuis longtemps. On lui indique néanmoins où se trouve l’aubergiste Caderousse qui les connaissait bien tous les trois.

Terribles révélations

Edmond se présente à Caderousse sous l’identité de l’abbé Busoni en expliquant qu’il a confessé le prisonnier Edmond Dantès avant de mourir et que celui-ci lui a confié un petit bijou afin que le produit de sa vente soit redistribué à ses anciens amis qu’il a nommé Caderousse, Danglars et Fernand. C’est une astuce efficace pour pousser l’aubergiste à dénoncer ses anciens complices afin de garder tout l’argent pour lui et celui-ci tombe dans le piège : il apprend alors à Dantès de terribles nouvelles.

Son père est effectivement décédé mais les circonstances sont bien plus graves que ce qu’Edmond aurait pu imaginer. D’après Caderousse, le père d’Edmond Dantès s’est laissé mourir de faim au désespoir de n’avoir plus de nouvelles de son fils. Cela parait inconcevable à Edmond qui met ainsi en doute la version de Caderousse mais ce dernier lui explique que son père était parvenu à dissimuler sa grève de la faim, y compris à Mercédès et à l’armateur Monsieur Morel qui venaient régulièrement lui rendre visite pour le soutenir.

Dantès devient ivre de colère au fond de lui-même mais il est obligé de se contenir pour apprendre la suite des évènements passés, ce qui ne fera qu’amplifier sa rage. Ainsi, il obtient la confirmation que les personnes qui se disaient être de ses amis l’ont effectivement trahi de manière sournoise comme l’avait deviné l’abbé Faria. Mais ce n’est pas tout, à sa grande indignation, ces viles personnes sont désormais devenues riches et puissantes !

En effet, Danglars s’est enrichi en tant que banquier profiteur de guerres et il est même devenu baron à la faveur d’un mariage avec une noble, ils vivent dans un somptueux palais à Paris.

Pour sa part, Fernand fut enrôlé dans l’armée de Napoléon à son retour de l’île d’Elbe mais il déserta avec un général qui le promu au rétablissement de la monarchie puis il continua de monter en grade lors des guerres d’Espagne puis de Grèce contre les ottomans. Il fut alors anobli pour ses faits d’armes et ses services rendus à la Monarchie sous le titre de Comte de Morcerf.

La douleur d’Edmond atteint son paroxysme lorsqu’il apprend avec stupeur que Fernand s’est marié avec Mercédès. Son ancienne fiancée avait repoussé plusieurs fois les avances de Fernand mais elle avait fini par céder au bout de deux années sans nouvelles d’Edmond et alors que tout le monde le donnait pour mort en ces temps troubles.

Caderousse raconte également que son ancien armateur Monsieur Morel s’est battu pour innocenter Edmond mais il a été brimé à la restauration de la monarchie en raison de son soutien au bonapartisme. Son commerce maritime a ensuite subi de nombreux revers et il est désormais au bord de la ruine.

Dantès encaisse les coups successifs de ces terribles révélations alors qu’il s’est assis dans un coin sombre de l’auberge pour masquer ses émotions évoluant de la tristesse à une immense colère. Il est abasourdi par l’injustice de la vie où les bons sont punis, écrasés, broyés et plongés dans la misère tandis que les méchants sont récompensés, promus, riches et puissants.

A la fin du récit de l’aubergiste, l’abbé Busoni décide de laisser le bijou à Caderousse car il s’avère être le seul des anciens amis d’Edmond Dantès à ne pas l’avoir trahi ou, du moins, à ne pas avoir profiter de sa trahison.

La récompense des justes avant le châtiment des coupables

Après avoir confirmé ses soupçons sur ses ennemis et avoir eu des preuves de la bonté de son ancien patron, Monsieur Morel, Dantès décide en premier de lui venir en aide alors qu’il est menacé de banqueroute. Grâce son intervention sous l’identité d’un banquier anglais, Dantès remet à flot l’entreprise Morel.

Il parvient également à obtenir le registre des prisons où il découvrira la sentence implacable et mensongère de Villefort à son égard qui rendit tout recours impossible d’aboutir ainsi que la lettre de dénonciation anonyme rédigée par Danglars et Fernand.

A présent que son ancien bienfaiteur a été récompensé, Edmond peut désormais se consacrer à sa vengeance sur ses ennemis mais il décide de prendre le temps de s’y préparer en faisant un long voyage de plusieurs années à travers l’Orient

Nous avons très peu de détails sur cette partie de sa vie si ce n’est qu’Edmond prolonge les enseignement de l’abbé Faria en développant son usage de plusieurs langues et en étendant ses connaissances dans de nombreux domaines.

Rome, porte d’entrée de Paris

Il s’écoule ainsi une parenthèse de huit années dans le récit après laquelle on retrouve Edmond Dantès en l’année 1838 à Rome, il se fait désormais appeler le Comte de Monte Cristo.

Le comte fait alors la connaissance de deux nouveaux personnages français voyageant en Italie : Albert de Morcerf, fils unique de Fernand et Mercédès ainsi que Franz d’Epinay, son ami.

Bien que ces deux jeunes gens soient issus d’un milieu très favorisé, le Comte de Monte Cristo leur fait une forte impression en apparaissant comme un être immensément riche, extrêmement cultivé, distingué et original tant dans ses accoutrements orientaux que dans ses idées. Le Comte de Monte Cristo est un être mystérieux au visage extrêmement pâle, il mange peu malgré les festins qu’il offre à ses invités et rien ne lui semble hors de portée grâce à sa richesse qu’il dépense sans se soucier du prix ; il veut le meilleur et tout de suite.

Néanmoins, Franz perçoit à la vision cynique que porte le comte sur la société et les êtres qui la composent que celui-ci en a souffert et qu’il est ivre de vengeance malgré ses larges démonstrations de générosité et d’amabilité. Monte Cristo soutient notamment à ses jeunes interlocuteurs que la peine de mort lui semble une sanction trop faible au regard de la souffrance immense et durable que peuvent infliger certains criminels à d’innocentes victimes, il souhaite ainsi un châtiment à la hauteur des douleurs infligées en s’inspirant des divers supplices qu’il a pu observés lors de son voyage en Orient.

Le passage du récit à Rome s’avère moins intéressant à suivre car le rythme est plus lent, il y a moins de péripéties mais surtout, l’angle de la narration change et c’est déconcertant. Auparavant, le jeune Edmond Dantès était au centre du récit, tous ses sentiments et ses actions nous étaient décrits avec de nombreux détails, il nous était familier et on pouvait s’attacher à lui.  Désormais, Monte Cristo apparait comme un personnage secondaire supplanté par Albert et Franz ; Edmond Dantès semble être devenu une forteresse imperméable, y compris pour le narrateur.

Lorsqu’Albert de Morcerf invite Monte Cristo à lui rendre visite à Paris afin de le remercier de son hospitalité, on comprend que cette rencontre était préméditée par le comte dans le but de s’introduire dans le cercle des familiers de ceux qui l’ont trahi. Monte Cristo a pris son temps mais, désormais, il est prêt à retrouver ses ennemis pour accomplir sa vengeance.

Le piège de la vengeance se met en place

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Le Comte de Monte Cristo

Première partie : le bonheur volé

Deuxième partie : rattraper le temps perdu

Introduction : un succès populaire indémodable

Pourquoi tant d’attrait populaire pour ce roman d’Alexandre Dumas datant de quasiment deux siècles et qui demeure, malgré la succession d’époques aux modes et aux mentalités différentes, un succès dans les librairies et devant l’écran en étant interprété par les plus célèbres acteurs de leur génération ?

Qu’est-ce qui nous parle dans cette histoire de manière intemporelle et captive notre attention ? Est-ce la tragédie de ce bonheur volé qui appelle à un légitime sentiment de justice sociale et sentimental par tous les moyens ? Est-ce la fascination pour l’itinéraire chaotique de ce jeune héros rayonnant qui est plongé brutalement dans les abîmes d’un enfer carcéral d’où il parviendra à s’échapper pour devenir un homme riche et puissant assouvissant froidement et méthodiquement sa vengeance ?

Le public est souvent friand de ces histoires faisant la une de la presse people avec des célébrités déchues qui touchent le fond après avoir gravi les sommets mais il se passionne également pour les récits de rescapés d’une guerre ou d’un voyage périlleux qui ont fait preuves de grandes capacités de résilience en luttant inlassablement face à un environnement extrêmement hostile. Ce sont en quelques sortes des preuves vivantes que la roue de la Fortune s’applique à tous, petits et grands, qu’elle soit juste ou injuste, précoce ou tardive.

Pour ma part, j’avais souvent entendu parler de ce célèbre roman et de ses adaptations télévisuelles mais sans l’avoir lu. C’est au cours d’une séance d’escalade sur les parois des calanques avec une vue sur Marseille et la mer Méditerranée que notre moniteur pointa du doigt le château d’If en précisant que c’était le lieu d’emprisonnement du personnage principal du récit d’Alexandre Dumas, Edmond Dantès, futur comte de Monte Cristo.

A cette évocation, mon binôme de cordée me confia que la lecture de ce roman inscrit au programme de son bac l’avait passionné alors qu’il lisait peu. La vision de cette prison sur une île rocailleuse baignée de lumière au milieu d’une mer bleue paisible et scintillante sous un soleil radieux ainsi que les éloges unanimes de ce roman me poussèrent aussitôt à acheter le premier tome du Comte de Monte Cristo au retour de mon séjour.

Dès les premières pages, je fus saisi par cette histoire tragique et je lus quasiment d’une traite les trois cents premières pages du récit racontant l’injustice implacable qui s’abat sur Edmond Dantès puis la description effroyable et très réaliste de sa longue détention dans un cachot du château d’If où il passera par tous les états et se transformera en un autre homme.  C’est la partie du roman qui m’a le plus captivé par son réalisme et l’empathie que l’on ressent pour ce triste héros alors qu’elle est peu développée dans les adaptations télévisuelles qui sont néanmoins toutes très réussies, c’est pourquoi j’ai décidé d’en faire un article que voici.

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Le bonheur volé

« Quel quantième du mois tenons-nous ? demanda Dantès à Jacopo, […], en perdant de vue le château d’If.

  • Le 28 février, répondit celui-ci
  • De quelle année ? demanda encore Dantès.
  • Comment, de quelle année ! Vous demandez de quelle année ?
  • […]
  • De l’année 1829 » dit Jacopo

Il y avait quatorze ans, jour pour jour, que Dantès avait été arrêté. Il était entré à dix-neuf ans au château d’If, il en sortait à trente-trois ans.

Un douloureux sourire passa sur ses lèvres ; il se demanda ce qu’était devenue Mercédès pendant ce temps où elle avait dû le croire mort.

Puis un éclair de haine s’alluma dans ses yeux en songeant à ces trois hommes auxquels il devait une si longue et cruelle captivité. Et il renouvela contre Danglars, Fernand et Villefort ce serment d’implacable vengeance qu’il avait déjà prononcé dans sa prison. 

Le bonheur volé

L’histoire du Comte de Monte Cristo commence par le retour triomphal dans sa ville natale de Marseille du jeune et fringant officier de marine marchande Edmond Dantès après un long voyage en mer.  Alors qu’il s’apprête à se marier avec son amour de jeunesse, la belle Mercédès, sous les yeux de son père attendri et de son patron armateur qui vient de le promouvoir capitaine pour ses bons et loyaux services, il se voit soudainement accusé de complot contre la sûreté de l’Etat et emmené par des hommes en armes. L’accusation repose sur une simple lettre anonyme rédigée par des adversaires qui lui sont proches mais secrètement jaloux de ses succès, Danglars et Fernand.

Cette grotesque forfaiture aurait pu s’arrêter là mais le climat politique en France est sous tension alors que le nouveau roi Louis XVIII commence tout juste son règne après deux décennies de Révolution puis d’Empire et tandis que Napoléon n’est éloigné que de quelques jours de bateaux depuis l’île d’Elbe. C’est sur cette île qu’a fait discrètement escale Edmond à son retour de voyage sur les ordres de son ancien capitaine mourant afin qu’on lui confie un courrier secret à transmettre.

Lors de son jugement, Edmond a la malchance d’être confronté à un jeune procureur de justice ambitieux, Villefort, qui découvre en lisant ce courrier qu’il risque d’être discrédité si celui-ci est rendu publique car il met en cause son père bonapartiste. Ainsi, Villefort décide d’accuser Emond de haute trahison pour le réduire au silence dans un sombre cachot en évitant un procès tout en feignant à Dantès d’œuvrer pour son bien. Villefort manigancera tant et si bien qu’il parviendra à maintenir dans le plus grand secret la captivité d’Edmond malgré les recherches désespérées de ses proches et il sera même promu par le régime pour ses services rendus à la couronne.

A partir de son arrestation, Edmond Dantès va passer par tous les sentiments traduisant la dégradation progressive de son état moral et physique. Tout d’abord, son incompréhension est totale mais il garde espoir que cette histoire invraisemblable soit finalement résolue avec le soutien de ses proches et du procureur Villefort dont il ne doute absolument pas, à ce moment, de son impartialité.

Cependant, lorsqu’Edmond est emprisonné à sa grande surprise dans le château d’If alors qu’il aurait eu auparavant les moyens de s’enfuir s’il avait su sa destination, il est aussitôt plongé dans un univers cloitré effroyable où règnent le silence et l’obscurité et où le temps s’écoule inlassablement dans l’indifférence totale de ses geôliers pour ses souffrances. Edmond est alors complètement coupé du monde et il ne lui reste plus qu’à compter les jours puis les semaines qui s’additionnent progressivement en mois en tournant en rond dans sa sombre et minuscule cellule.

Après quasiment un an de détention, il reçoit enfin la visite d’un contrôleur des prisons qui lui promet de se renseigner sur les motifs de son emprisonnement. Edmond attend ainsi son retour avec espoir en comptant à nouveau les jours, puis les semaines qui deviennent encore des mois et même des années, il ne sait plus, tous ses repères se brouillent et sa raison vacille.

Dantès ne comprend pas pourquoi il est maintenu en détention dans d’effroyables conditions et sans aucune explication. Il commence même à douter de la réalité des évènements, cela le rend fou. Il demande à changer de cellule, qu’on lui apporte des livres ou qu’il soit en compagnie d’autres prisonniers mais tout cela lui est refusé froidement. Il se met alors à hurler de colère contre Dieu et les hommes qui l’ont abandonné, il crie toute sa rage sans avoir un objet ou une personne pour l’exercer dessus si ce n’est par la pensée puis, épuisé, le désespoir le submerge.

Au comble du désespoir, Edmond décide de mettre un terme à ces souffrances en se laissant mourir de faim, ce qui l’amène à un nouveau supplice où il devient son propre bourreau pour résister à l’envie de plus en plus tenace de dévorer son repas qui lui paraissait auparavant infecte.

La rencontre de l’espoir

Puis, soudain, alors que ses forces le quittent peu à peu, Edmond entend un bruit de grattement dans un mur de sa cellule après quasiment six ans d’extrême solitude. Ce son inhabituel dans son terrible isolement attise sa curiosité et développe son imagination : d’où ce bruit peut-il bien venir ? Serait-ce dû à des travaux de rénovation ou bien, peut-être, se pourrait-il que ce soit un autre détenu qui tente de percer le mur ?

Cet élément perturbateur lui redonne de l’espoir et la force de vivre, d’agir, même si les progrès de ses actions sont minuscules, Edmond a désormais un but. Il se met alors à gratter minutieusement le mur en direction du bruit tout en restant le plus discret possible. Dantès imagine des moyens de creuser avec le peu d’objets rudimentaires à sa disposition, il devient ingénieux pour tromper son gardien et nous suivons ses maigres avancées avec envie tout en craignant qu’il ne soit découvert, on serait prêt à l’aider à creuser si on pouvait après toutes les épreuves qu’il a vécues.

Edmond écoute avec attention les bruits pour vérifier qu’il s’agit bien d’une autre personne et que ce n’est pas le fruit de sa folie. Cette fois-ci, il ne divague pas et ces sons se produisent discrètement à des heures reculées où le gardien est absent, ce qui confirme l’hypothèse qu’un détenu en soit à l’origine.

Enfin, une pierre du mur se détache et Edmond aperçoit la figure de l’abbé Faria, vieux prisonnier érudit et habile de ses mains qui a creusé pendant des années un tunnel en pensant accéder à l’extérieur de l’enceinte mais une erreur d’orientation l’a fait arriver dans la cellule de Dantès, premier heureux coup du sort pour celui-ci.

A cet instant, Dantès est au comble de la joie d’avoir enfin une personne à qui parler et se confier, il n’est désormais plus seul et sa détention lui semble à présent moins lourde à supporter. Les interactions sociales sont en effet un besoin vital pour l’être humain au même titre que l’eau et la nourriture.

Dantès prend également conscience qu’il n’avait même pas songé à la possibilité de l’évasion tellement les obstacles lui semblaient insurmontables, l’exemple de Faria lui permet d’imaginer de plus grands desseins et de reprendre espoir dans l’avenir.

La découverte de la cruelle réalité

L’abbé Faria va également permettre à Edmond de percer le mystère de sa brutale incarcération qui lui était jusqu’alors demeurée incompréhensible dans toute la naïveté et l’innocence de sa jeunesse. Faria écoute attentivement le récit d’Edmond puis lui pose des questions précises et sans détours tel un enquêteur avisé des rouages de la société humaine.

En peu de temps, l’abbé met en lumière de manière raisonnée et implacable la cruelle réalité devant les yeux ébahis du pauvre Dantès qui découvre avec stupeur la vérité que son esprit honnête et idéaliste n’aurait jamais pu imaginer. Cette partie du récit est particulièrement poignante car c’est la prise de conscience du héros trahi avec qui on compatit forcément après avoir suivi ses terribles souffrances et infortunes. Il découvre un à un les lâches coupables de son injustice, c’est tel un coup de tonnerre dans son esprit naïf et idéaliste qui lui fait apercevoir la cruauté dont peuvent faire preuve certains êtres humains cachés derrière des masques d’hypocrites bienveillants.

Après cette fulgurante révélation, Dantès change radicalement, son esprit s’assombri mais s’affermi, son désespoir qui le maintenait dans un immobilisme stérile fait désormais place à une rage tenace de s’en sortir coûte que coûte pour se venger de ses injustes persécuteurs, son idéalisme rayonnant déçu se transforme en un froid réalisme penchant vers le cynisme.

Edmond voue alors une quasi dévotion à Faria qui lui a ouvert les yeux et lui a redonné l’espoir de s’évader, il souhaite tout apprendre de son nouveau maître qui sait parler de nombreuses langues et possède de grandes connaissances en sciences et en philosophie. Dantès accepte même de mettre en suspens ses projets d’évasion car ils semblent désormais trop périlleux aux yeux de Faria qui se refuse d’attenter à la vie d’un homme, même d’un geôlier. Edmond s’évadera donc pour le moment par l’esprit en repoussant toujours plus loin les limites de ses connaissances avec l’aide de Faria.

La délivrance

Toutefois, après encore plusieurs années de captivité, Faria finit par céder de nouveau à la tentation de s’enfuir et le duo de prisonniers creuse alors une nouvelle galerie pendant un an… Oui, encore une année entière qui s’écoule après déjà plus de douze ans de captivité pour Dantès !

Cependant, alors qu’ils approchent enfin de l’extérieur des fortifications, Faria subit une crise qui lui paralyse certains membres. Dantès refuse de l’abandonner et lui jure de rester à ses côtés jusqu’à sa mort, toujours plein de ses hauts principes de l’honneur et de la fidélité. Il a désormais acquis toute la confiance et la reconnaissance de son maitre Faria qui décide ainsi de lui confier son plus grand secret : l’existence d’un immense trésor sur l’île de Monte Cristo.

La mort du maitre donne alors une unique opportunité à son disciple de recouvrer la liberté et Dantès tente le tout pour le tout, il n’a plus rien à perdre. On suit ses péripéties avec angoisse et excitation, tremblant que tous ses efforts soient à nouveau réduits à néant mais jubilant à chaque obstacle qu’il parvient à franchir. On souhaiterait l’aider de toutes nos forces lorsqu’il est jeté du haut d’une falaise puis qu’il se débat dans des flots glacés au fond d’un sac avec les pieds lestés d’un boulet, rien ne lui aura été épargné mais Edmond se bat vaillamment et il parvient à sortir la tête hors de l’eau.

La liberté, enfin !

C’est comme une seconde naissance, Dantès revient au monde et il a désormais une revanche à prendre sur la vie, une terrible vengeance à accomplir sur ses vils dénonciateurs à la hauteur des souffrances qu’il a endurées pendant quatorze années de captivité !

Dantès est ivre de rage mais il doit d’abord réussir à se sauver définitivement pour échapper à ses geôliers qui découvriront rapidement son évasion puis il doit trouver un moyen de se rendre sur l’île de Monte Cristo pour vérifier si le trésor de Faria existe réellement car ces immenses ressources lui permettraient de rattraper le temps et d’avoir les moyens d’accomplir sa terrible vengeance.

Lien vers la deuxième partie : rattraper le temps perdu

Lien vers le sommaire

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