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Hugues B.

Voyages itinérants

Conclusion : monter en tête ou en moulinette?

Il est temps de conclure cette série d’articles en nous interrogeant sur le sens de la pratique de l’escalade : qu’est-ce qui nous pousse à grimper des parois vertigineuses dans des conditions inconfortables et pourquoi continuons-nous ? Nous élargirons ensuite notre réflexion en constatant que l’état d’esprit particulièrement développé lorsque nous grimpons peut s’appliquer dans diverses situations de notre quotidien.

Après quelques semaines de repos sans grimper, le souvenir de mes précédentes frayeurs sur le rocher s’estompe peu à peu, mes avant-bras me démangent et je ressens l’appel de la paroi en cherchant sur les façades des immeubles des reliefs qui me permettraient de m’élever. 

J’ai envie de grimper, de déchiffrer une voie en suivant mon instinct, de lutter pour agripper une prise ou lancer un mouvement périlleux avec les encouragements de mes amis puis d’arriver au sommet avec soulagement avant de redescendre et tout recommencer.

Quelles vanités, futilités et même inutilités de cet éternel recommencement qui ne semble rien produire, et pourtant, cette pratique forge notre esprit, développe notre corps, noue des relations humaines qui nous sont bien utiles dans notre vie de tous les jours.

En effet, nous pouvons être confrontés dans notre quotidien à des situations similaires à des grandes voies qu’il nous faut gravir avec courage et détermination, elles peuvent nous paraître parfois insurmontables mais il faut quand même se lancer en se concentrant sur ce qui est à notre portée tout en gardant à l’esprit l’objectif final avec le soutien de nos proches. 

L’escalade est en quelque sorte un moyen de matérialiser les tracas de notre vie terrestre en les transposant sur une paroi verticale afin de nous permettre de les affronter de manière concrète et palpable dans un environnement sur lequel nous avons prise, il ne tient alors qu’à nous de les surmonter. 

Ce n’est pas qu’un sport, c’est un état d’esprit, un mélange d’efforts physiques et mentaux combinés à des mouvements techniques qu’il faut lier dans une sorte de chorégraphie proche de la danse.

Cet état d’esprit peut s’appliquer et même se développer dans des situations équivalentes de nos parcours personnels et professionnels lorsqu’il nous faut sortir de notre zone de confort en prenant des risques mesurés : déménager, voyager, changer de travail, aborder une personne inconnue, se marier, faire un enfant… 

Nous avons alors le choix de grimper en tête ou en moulinette, opter pour des sensations fortes mais antagonistes avec une grande part d’incertitudes ou bien préférer plus de protections et de sérénité avec moins d’aventures, tout dépend de notre état du moment et il nous est toujours possible de changer de méthode en cours de route.

En repensant à toutes nos émotions intenses vécues avec Thibaut sur les grandes voies, j’ai pris conscience que c’était un moyen de nous sentir vivants en nous éloignant des sentiers habituels pour nous rapprocher de la nature mais aussi de nous-même en découvrant d’autres facettes de nos personnalités.

Ainsi, je vous souhaite à tous et à toutes de trouver la voie qui vous révélera !

Remerciements

Je tiens à remercier particulièrement toutes les personnes qui ont conçu, équipé et qui entretiennent les voies dans des conditions difficiles en permettant ainsi à chacun d’entre nous de les emprunter librement dans une nature grandiose. Pour les soutenir, je vous invite à acheter les topos d’escalade !

Enfin, je remercie vivement tout notre groupe de grimpe les “devils virtuoses” avec qui j’ai passé tant de bons moments : Antoine, Cassandre, Dounia, Elsa, Guillaume, Jérémie, Lucas, Magic, Simon, Thibaut, Tutku et Vanessa.

A bientôt pour de nouvelles aventures!

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Apaisé par mon objectif atteint la veille, je ne serais pas contre une escalade plus facile pour terminer en douceur au bord du magnifique lac d’Aix-les-Bains. En revanche, Thibaut a légitimement envie d’un dernier défi, ce sera donc une nouvelle occasion de démontrer la solidité de notre cordée renforcée lors de ce séjour.

Après une nuit calme, nous nous réveillons tôt afin de profiter de l’ombre sur les parois. Thibaut a repéré une semie grande voie avec quatre longueurs dont la dernière en 6A. Je sens qu’il a envie d’un dernier défi car c’est lui qui m’a laissé les meilleures portions la veille donc c’est à mon tour de lui rendre la pareille. Si ça ne tenait qu’à moi, j’aurais fait quelques couennes puis une baignade dans le lac!
Je commence le premier en tête par une 5b bien équipée avec de bonnes prises mains qui compense une roche patinée. En revanche, la fatigue physique et mentale accumulée sur la semaine se fait ressentir en moi. 

Après avoir terminé la voie avec soulagement, c’est au tour de Thibaut d’escalader une 5c avec des plaquettes espacées en mode terrain d’aventure qui nous rappelle la Pointe Percée. Mon binôme monte avec application puis je le rejoins en constatant que ce n’était pas du gâteau. 

A ce moment, je n’ai plus le désir de monter en tête si ma prochaine longueur est aussi peu équipée alors que le niveau est équivalent. Au premier abord, cela semble être le cas mais je fais l’effort de vérifier en montant au premier point puis, lorsque je constate que le suivant n’est pas trop écarté, je me décide à continuer pour que Thibaut soit dans les meilleures conditions afin de tenter sa 6a qui est juste après.

Pour cela, je dois faire un déplacement peu habituel en traversant horizontalement une paroi bombée. L’angle de la roche m’empêche d’anticiper la suite de la voie que je découvre progressivement tout en ayant du vide sous les pieds : sensations garanties ! 

Heureusement, c’est bien équipé et les prises sont bonnes, je peux même admirer la magnifique vue sur le lac dans des passages protégés. 

En plaçant la dernière dégaine, j’aperçois le relais qui est éloigné de quatre mètres avec une nouvelle traversée à franchir. Pour l’atteindre, j’identifie deux itinéraires possibles avec de bons bacs au début de chacun mais, pour la suite, c’est plus difficile de déterminer quel est le meilleur passage et je ne veux pas prendre le risque de tomber en faisant le pendule avec plusieurs mètres de cordes libres.

Après avoir testé les deux itinéraires, je me décide de passer par celui du bas : c’est mon dernier passage en tête, je ne peux pas demander d’être relayé car c’est une traversée et puis, je veux le faire pour Thibaut donc je me lance en étant concentré au maximum, ça passe : quel soulagement !

Une belle traversée devant le lac d’Aix-les-Bains

Thibaut nous raconte la suite : “Je suis également soulagé d’apprendre qu’Hugues soit arrivé jusqu’au relais. Mais ce sentiment s’estompe rapidement, il laisse place à des sensations ambivalentes : une envie d’en découdre teintée d’appréhension de l’inconnu et la peur de décevoir. Il ne nous manque plus qu’une longueur, la toute dernière de la journée, la plus difficile aussi.  

Le début met directement dans l’ambiance : les prises mains sont petites et je n’ai aucune confiance dans mes pieds, je suis bloqué dès le départ. J’essaie néanmoins de garder mon calme et de rester concentré sur l’objectif. Je découvrirai par la suite que ce départ est le passage le plus dur de la voie, le “crux”. 

Après plusieurs tentatives désespérées, je parviens laborieusement à clipper la première dégaine sous les conseils avisés de Hugues. La suite est tout aussi périlleuse : je dévisse juste au-dessus de la dégaine lorsque mon pied droit glisse sur la paroi mais c’est heureusement sans gravité. 

Cette chute me met en alerte : mes mouvements sont trop brusques et ma grimpe n’est pas assez fluide. En clair, je manque de technique et de finesse. Il me faut prendre le temps de bien poser mes pieds et de placer mes mains sans me précipiter.  

Sous les encouragements de mon binôme, je réussis à enchaîner plusieurs dégaines avec détermination.  La voie est bien équipée, les points sont rapprochés, j’en profite régulièrement pour faire des pauses au niveau des dégaines. 

La suite de la voie est plus lisible, je parviens à identifier les prises et à visualiser le chemin à emprunter même si celui-ci reste technique et physique. J’éprouve du plaisir à me retrouver dans le dur. 

Enfin, c’est avec soulagement que je repère le relais chaîné, un dernier mouvement à réaliser et me voilà sécurisé au relais.“

Le défi 6A de Thibaut

Lorsque je monte après Thibaut en moulinette, je réalise toutes les nombreuses difficultés de la voie et je le félicite.  Nous avons terminé notre dernier défi !

Il ne nous reste plus qu’à descendre dans deux rappels vertigineux. Renforcés par notre expérience des derniers jours, nous arrivons au pied de la voie sans difficultés. 

Puis, après avoir rangé le matériel, nous nous jetons sans hésiter dans les eaux turquoise du lac d’Aix-les-Bains en observant avec fierté l’impressionnante paroi que nous avons gravi.

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Nous quittons la Pointe Percée pour rejoindre un autre secteur d’escalade situé plus bas en altitude et facile d’accès. Nous comptons sur ces conditions plus favorables afin de mettre toutes les chances de notre côté pour relever mon défi de futur quarantenaire et je suis prêt à y employer toutes mes forces.

Une nouvelle grande voie encourageante

C’est avec une pointe de nostalgie que nous quittons tôt le matin ce cher refuge de la Pointe Percée qui nous aura accueilli chaleureusement avec de bons repas copieux et des lits confortables. Sur le chemin, nous observons avec fierté les imposantes parois que nous avons gravies : quelle satisfaction !
Après avoir récupéré la voiture et fait le plein d’eau, nous rejoignons le secteur du Pic de Jallouvre qui nous a été conseillé par le frère montagnard rencontré le premier soir au refuge.

La veille avec Thibaut, nous avons sélectionné dans ce secteur une grande voie qui coche toutes les cases de mon objectif. Je suis conscient que c’est ma dernière chance de ce séjour, et donc probablement de cette année, donc je compte me donner à fond. 

La voie sélectionnée s’appelle Alice au pays du Reblochon : elle a été ouverte récemment, ce qui, d’après notre récente expérience, est plutôt bon signe en termes d’espacement entre les plaquettes. 

De plus, la marche d’approche est seulement d’une quinzaine de minutes et il y a six voies pour 200 mètres de hauteur donc cela devrait nous prendre moins de temps que les jours précédents.

Afin de mettre toutes les chances de notre côté, nous décidons de nous alléger au maximum en n’emportant pas de pique-nique et en laissant nos chaussures de marche au pied de la voie. L’altitude est plus basse qu’à la Pointe Percée et la paroi est au soleil donc nous avons également moins de vêtements à emporter.

L’accès au site du Pic de Jallouvre

A la vue de la qualité des équipements et de la roche, Thibaut est motivé pour commencer dans du 5c+ / 6a. Cela m’arrange afin de me permettre de monter progressivement en niveau sur les voies que j’aurais à faire en tête : d’abord une 5b puis une 5c et enfin une 6a/6a+.

L’escalade se passe bien, nous montons à un bon rythme en capitalisant sur nos expériences de la Pointe Percée qui nous ont aguerri. Physiquement et mentalement, je me sens en forme et il ne fait pas si chaud malgré le soleil car une brise légère nous rafraîchit, les conditions sont donc idéales.

La deuxième voie en 5c que je monte en tête a une partie très technique en dalle avec des cannelures en forme de vagues et quelques fissures pour placer les mains et les pieds. Lorsqu’il n’y a plus de prises pour les pieds, il faut alors faire confiance à l’adhérence de ses chaussons d’escalade en mettant un maximum de gomme au contact avec la roche à l’avant du pied et en pesant de tout son poids dessus. L’expérience des dernières voies d’Ombre Chinoise m’est bien utile.

La longueur « dalle » en 5C

Après une première partie technique, Thibaut a ensuite des voies plus faciles que moi. Nous le savions depuis le départ et c’est chic de sa part de m’avoir laissé la meilleure partie pour la fin.

Depuis le début d’Alice au pays du Reblochon, je suis concentré sur cette dernière 6a qui occupe tout mon esprit : je me suis entraîné pour ça pendant des mois, c’est maintenant qu’il faut saisir cette dernière chance, je veux tout donner quitte à chuter pour ne pas avoir de regret comme lors de la 5c+ d’Ombre Chinoise.

Le moment décisif

En arrivant au pied de cette voie, je découvre avec soulagement que les points sont rapprochés à environ deux mètres de distance donc je me lance avec détermination.
La première partie est un peu physique mais avec de bons bacs sur une montée en diagonale légèrement déversante puis je rejoins une plateforme qui fait face à un rocher quasi vertical : c’est le passage le plus délicat de la voie sur huit ou dix mètres de haut. 

Thibaut n’a alors plus de visuel sur moi mais nous sommes désormais habitués à cette situation, on se fait confiance. Je m’élève sur le mur dans la partie la plus verticale puis je fais une pause en prenant sec sur la corde alors que l’itinéraire dévie latéralement sur la gauche avant de rejoindre le haut du rocher, plus aplani. 

La partie verticale de la 6A

A ce moment, je ne peux pas voir la suite de la voie mais je pense avoir fait un bon tiers du passage le plus difficile. Je respire calmement, j’observe avec attention la roche tout en recouvrant mes mains de magnésie puis je me lance. Je commence par saisir les prises de mains avec détermination, ensuite je place mes pieds avec précaution pour m’élever tout en opérant un mouvement de translation sur le rocher, j’ai l’impression de danser. 

La suite de la voie se découvre progressivement à mon regard et je dois choisir rapidement mes prochaines prises pour avancer car je n’ai pas de repos possibles. Je donne tout en alliant la force à la souplesse dans un état de concentration maximal et savourant certains gestes techniques que j’effectue par instinct, cela me donne confiance pour la suite.. 

En arrivant sur le haut de la paroi, la pente diminue tandis que la roche devient plus lisse, je dois alors zigzaguer en accrochant mes mains dans des fissures et en poussant des pieds sur des cannelures, c’est très technique.
Lorsque je dépasse le rocher pour rejoindre un passage herbeux moins pentu et que j’aperçois le relais, je comprends que j’ai fait le plus dur mais je ne relâche pas la pression pour ne pas commettre d’erreurs d’inattention.

La fin de la 6A

Enfin, je me vache au relais et je hurle d’émotions, tellement fier, heureux et soulagé d’avoir réussi ! Thibaut me rejoint après avoir éprouvé la difficulté de la voie, il me félicite et nous tombons dans les bras l’un de l’autre, je lui suis tellement reconnaissant de m’avoir aidé à accomplir ce rêve qui m’animait depuis si longtemps !

Phase de décompression

Après une ascension de trois heures, il nous faudra deux bonnes heures pour redescendre les 200 mètres de dénivelé en effectuant cinq rappels. 

En effet, les passages en dalles avec une faible pente sont longs à descendre car la corde coulisse moins bien, elle s’accroche parfois à la végétation ou bien des nœuds se forment. Dans ce cas, il faut les défaire puis relancer la corde, tout cela en plein cagnard, c’est usant et nous manquons probablement de pratiques pour être plus efficaces. 

Une fois de retour sur le plancher des vaches, nous nous offrons en guise de récompense deux pintes de diabolos rafraîchissantes accompagnées de deux délicieuses tartes aux myrtilles puis nous nous laissons tentés par une fondue savoyarde avant de nous reprendre chacun une tarte aux myrtilles pour finir en beauté. 

La tension accumulée ces derniers jours est redescendue, mon objectif est atteint, je peux désormais pleinement savourer ce moment sans me préoccuper de la suite.

Après l’effort, le réconfort

Nous rejoignons ensuite Aix-les-Bains qui sera la dernière étape de notre séjour escalade avant de nous séparer. Nous arrivons pile avant le coucher du soleil pour nous baigner dans les eaux douces du lac face au massif des Bauges, cela fait du bien après trois jours sans se laver !

Puis, nous partons découvrir notre ultime site d’escalade : Brison grande falaise. 

Après une longue recherche en raison d’indications portant à confusion, nous trouvons enfin l’accès qui est tout proche du lac, à seulement deux minutes à pied depuis le parking. 

Il est déjà tard donc on s’assure seulement de trouver la voie qui nous intéresse puis nous repartons chercher un parking silencieux pour la nuit en dormant dans la tente sur le toit de la voiture des parents de Thibaut, toujours pratique et confortable.

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C’est le jour de notre première « vraie » grande voie à notre niveau. Après une nouvelle phase d’approche délicate où l’on doit s’encorder avant même d’avoir commencé la voie, je me retrouve rapidement confronté à mon premier grand défi mental de la semaine qui est l’occasion de faire une séance d’introspection. Lorsque nous pensons en avoir terminé avec les difficultés, il nous reste d’ultimes efforts à fournir pour rentrer : c’est la montagne !

Encore une approche compliquée

Nous nous réveillons un peu plus tard que la veille afin de mieux récupérer physiquement et nous prenons le temps de nous préparer. Comparé à la veille, la marche d’approche pour rejoindre la grande voie l’Ombre Chinoise est plus courte et le nombre de voies à grimper est moindre donc nous devrions passer moins de temps sur le rocher mais le niveau sera en revanche plus élevé. 

Cette fois-ci, nous potassons davantage le topo pour nous épargner les surprises désagréables de la veille en prenant soin de bien photographier les images et commentaires. 

Thibaut commente les préparatifs : “En me renseignant auprès d’autres grimpeurs sur l’Ombre Chinoise, je découvre qu’un guide a grimpé cette grande voie la veille avec ses clients militaires qui ont trouvé certains passages “engagés”. 

Au moment du départ depuis le refuge, je croise ce guide alors qu’il s’apprête à partir. Il m’indique que l’on peut contourner à pied la première voie en 6a+ en empruntant un pierrier, c’est ce qu’il a fait la veille car c’est une dalle glissante avec un premier point éloigné. Le guide me met également en garde sur la deuxième longueur qui comporte une entrée en matière difficile. “

Nous partons à 9h avec quasiment les mêmes affaires que la veille, je me sens plutôt bien mentalement et physiquement. Après une trentaine de minutes à pied, nous rejoignons le départ de la première voie en 6A+. C’est une dalle glissante qui nous semble effectivement trop compliquée, surtout pour commencer la journée, donc nous la contournons en suivant les conseils du guide pour rejoindre le départ de la seconde voie. 

Cependant, après avoir remonté un pierrier, il nous faut traverser horizontalement une longue dalle inclinée face à un mur vertical avec peu de bonnes prises pour les mains. Il n’y a aucun point d’assurage donc Thibaut installe deux becquets en entourant un rocher avec une sangle sur laquelle il accroche un mousqueton ou une dégaine tandis que je l’assure en retenant la corde. 

Mon binôme doit encore parcourir quatre mètres latéralement sur la dalle pour rejoindre le relais vissé dans la roche, c’est le moment le plus délicat car il y a un risque de glisser sur plusieurs mètres et il n’est pas certain que le becquet précaire installé soit suffisamment résistant pour l’arrêter. 

Thibaut nous partage ses impressions : “Le relais est si proche. Pourtant, je n’ai pas confiance dans mes pieds et je ne parviens pas à trouver une bonne prise de main pour accéder au relais. 

Je me remémore une situation similaire avec Aurélien dans les Calanques, nous avions alors décidé de faire demi-tour sans regret. Je songe donc sérieusement à abandonner alors que nous n’avons même pas commencé l’ascension : c’est rageant !

Néanmoins, je me persuade d’essayer une ultime tentative avant de renoncer : je m’applique, j’essaie de positionner mon pied droit le plus loin possible en écartant mes jambes tout en abaissant mon bassin. Avec soulagement, j’arrive à attraper une bonne prise qui me permet de me vacher dans le relais, en toute sécurité. “  

Accès très délicat d’Ombre Chinoise en contournant la première voie

Les choses sérieuses commencent

Nous pouvons enfin commencer l’ascension d’Ombre Chinoise qui, pour le moment, porte bien son nom. Après l’avoir rejoint, Thibaut se lance en tête dans le 6a, il s’en sort bien en s’aidant une fois de la dégaine dans un passage très délicat. Le mur est raide avec un léger surplomb à franchir, il faut bien chercher les prises de mains et de pieds pour se hisser en haut.

Thibaut engagé sur la 6A

Ensuite, j’enchaîne en tête sur une 3a qui est une vraie randonnée donc les ouvreurs n’ont pas jugé utile d’installer des points d’assurage mais cela complexifie la recherche de l’itinéraire alors qu’il y a de multiples possibilités. Je ne trouve pas de plaquettes, il y a des rochers partout et le topo n’est pas assez précis avec une simple photo d’ensemble. 

Thibaut me rejoint alors en corde tendue et il finit par repérer le départ de la voie : c’est une 4a pas très compliquée mais avec beaucoup de distances entre les points, comme la veille.
Puis, c’est à mon tour de relever mon grand défi de la journée : une longue 5C+ sur une paroi verticale d’où émergent des morceaux de roches offrant des prises salutaires mais la verticalité nécessite des efforts physiques qu’il faut essayer de minimiser en s’appuyant sur les pieds tout en gardant les bras tendus pour solliciter les muscles les plus puissants du corps (jambes et épaules). 

Depuis que nous avons commencé Ombre Chinoise, je pense à cette voie en me répétant intérieurement que nous sommes venus pour ça et que ce doit être l’aboutissement de tous mes efforts accomplis lors des entraînements. 

Après les vérifications et contre vérifications d’usage, je me lance avec les encouragements de mon binôme. Je suis dans ma bulle, ma concentration est maximale pour identifier sur le rocher les meilleures prises dans le rayon de mes bras et de mes jambes tout en évaluant l’itinéraire en fonction de l’emplacement des points d’assurage. 

Je m’applique sur chaque mouvement en essayant de ne pas penser à la distance entre les plaquettes, le vent souffle légèrement, mon sac pèse sur mes épaules et, sur un passage, le soleil m’éblouit  : on est bien loin des conditions de la salle!

En arrivant à la troisième dégaine, je fais une pause en tirant sec sur la corde puis je repars dans la voie. Heureusement, il y a quelques plateformes horizontales sur le parcours qui me permettent de me reposer. 

Certains passages techniques et physiques me donnent des sueurs froides mais je suis globalement satisfait de mes gestes qui me permettent d’avancer à un bon rythme. J’ai déjà placé sept dégaines et escaladé une vingtaine de mètres, je dois donc être proche du relais.

Hugues sur la 5C+

C’est alors que la pose de la huitième dégaine me fait stresser car la double corde frotte beaucoup sur la roche donc je dois la tirer longuement d’une main avec force tout en la retenant entre mes dents afin d’avoir suffisamment de longueur pour accrocher la corde à la dégaine. 

Cette nouvelle contrainte me fait douter, je redescends de quelques mètres en moulinette afin d’essayer d’éloigner la corde du rocher mais elle se remet aussitôt en place lorsque je remonte. 

Tout en essayant de chasser cette contrariété de mon esprit, je repère la prochaine plaquette à environ trois mètres plus haut et j’analyse la paroi pour trouver des prises sûres puis, je m’engage. 

A mi-parcours, alors que mes pieds sont bien au-dessus de ma dernière dégaine et qu’il me reste un bon mètre à monter pour atteindre le prochain point d’assurage, je ne trouve plus de bonnes prises et je n’ose pas faire un mouvement de plus pour en chercher d’autres avec le risque de tomber de plus haut. 

Ma confiance s’effrite alors que ma fatigue augmente avec mes hésitations, il faut que je prenne une décision, je ne peux pas rester statique. Je finis par redescendre à ma dernière dégaine pour souffler et scruter avec attention la roche, espérant trouver la clé mais je n’ai pas d’illumination. Je fais malgré tout une nouvelle tentative qui échoue au même endroit, mes forces s’amenuisent et mon mental descend en chute libre. 

Résigné, je propose à Thibaut de prendre le relais, il accepte et je redescends pour échanger nos places. Mon valeureux binôme remonte alors en moulinette jusqu’au point où j’ai bloqué en prenant soin de retirer une dégaine non essentielle afin que la corde frotte moins sur le rocher. 

Puis, il s’élance et ça passe : il a trouvé une bonne prise main verticale en faisant un pas de plus qui lui permet de se maintenir en équilibre tout en clippant la dégaine avec l’autre main.

C’était la dernière dégaine avant le relais, j’y étais presque mais, mentalement, je ne me sentais plus capable de continuer. 

En faisant le débrief le soir sur ce passage avec Thibaut, on se dira que j’aurais peut-être pu terminer la voie si j’avais fait une bonne pause et s’il avait insisté pour que je continue, quitte parfois à hausser le ton comme l’avait fait ma monitrice Stéphanie dans les gorges du Verdon. 

Nous avons également constaté que ces types de voies sont de notre niveau techniquement donc il nous faut garder à l’esprit qu’il doit forcément y avoir une solution avec une prise quelque part pour pouvoir passer. 

Bien entendu, avec des « si » on peut refaire le monde mais l’intérêt de ce débrief, et même de cet échec, est qu’il doit me permettre d’apprendre en me procurant une motivation supplémentaire lorsque je serai à nouveau confronté à ce type de difficulté. Il faut savoir accepter ses renoncements en étant juste et lucide sur les raisons tout en cherchant à améliorer ce que l’on peut.

Aller au bout

Pour me remettre en selle, Thibaut me propose de repartir en tête sur la voie suivante qui est une 4a facile avec donc très peu de plaquettes. 

Thibaut à l’arrivée de la 5C+ dans un décor grandiose

Puis, Thibaut s’engage sur une 5b+/5c avec une dalle très technique. Il nous livre ses impressions : “Il fait de plus en plus chaud car les longueurs sont désormais exposées au soleil alors que le Mont Blanc nous apparaît progressivement derrière le Col des Verts à 2595 mètres d’altitude. Je suis pressé d’en terminer mais j’essaie de rester concentré et patient. 

Cette longueur s’avère piégeuse, plus difficile qu’envisagée, notamment l’avant-dernière dégaine qui me donne du fil à retordre. J’engage mes pieds sur une vire étroite qui s’éloigne vers la droite tout en plaquant mes mains contre la paroi et en écartant au maximum mes jambes ainsi que mes bras pour tenir en équilibre tandis que la dégaine est placée à l’opposé de ma direction, sur ma gauche. Il me faut ainsi étendre le bras gauche pour clipper les cordes dans la dégaine du bout des doigts. 

Après ce mouvement périlleux, je m’octroie un répit amplement mérité et j’en profite pour déposer de la magnésie sur mes mains et même sur mes chaussons (effet placebo garanti).”

Vue sur le Mont Blanc et le col des Verts

A présent, je sais que la prochaine et dernière voie qui m’attend sera du même niveau donc je commence à me préparer mentalement : je grimpe la voie de Thibaut en moulinette en m’appliquant comme si j’étais en tête. 

Lorsque je rejoins mon binôme, soulagé et détendu après ses efforts intenses, il cherche naturellement à partager sa joie en plaisantant et en louant la beauté de la vue qui s’offre à nous mais je mets court respectueusement à la discussion en lui expliquant que j’ai besoin de me concentrer sur ce qui m’attend. 

Thibaut comprend car il m’avait dit la même chose la veille avant de partir en tête dans la 5C+ de l’Arête du Doigt : c’est la personne qui monte en tête qui est légitime pour fixer les conditions car c’est elle qui prend les risques.

Donc je me remets dans ma bulle en parlant peu et je me concentre avec un état d’esprit de combattant : c’est maintenant ou jamais! 

J’observe la roche et la position des plaquettes qui sont toutes aussi éloignées les unes des autres à environ quatre mètres. J’en conclus qu’il me faut impérativement trouver de bonnes prises avant de m’aventurer dans la voie et, surtout, je dois anticiper l’itinéraire à suivre car je pourrai difficilement revenir en arrière sans risque de chute.
Je me lance en scrutant et en tâtonnant le rocher à la recherche de la moindre irrégularité : une fissure, un trou, une bosse, je prends tout! 

À la troisième dégaine, je fais une pause, j’hésite à m’arrêter là car c’est très intense psychologiquement mais je tâche de chasser mes idées négatives pour rester concentré sur du concret : la roche et ma technique. Je veux arriver au bout pour moi, pour Thibaut. 

Je continue avec quelques hésitations sur certains passages en optant parfois pour de légers détours afin d’avoir de meilleures prises : ainsi, l’itinéraire à suivre n’est pas toujours une ligne droite.
Enfin, je vois le relais! Je m’applique alors au maximum sur chacun de mes gestes puis j’exulte lorsque je me vache au sommet : nous avons réussi ! J’en ai presque les larmes aux yeux après ces émotions intenses.

Thibaut me rejoint, on se félicite dans une euphorie communicative en se serrant fort dans les bras, nous sommes tellement fiers et heureux !

La cordée victorieuse de l’Ombre Chinoise

Désormais, on peut enfin se parler sans entraves et plaisanter, la tension est redescendue. Un esprit de franche camaraderie est en train de se nouer dans notre cordée face à toutes ces péripéties, cela aide beaucoup à aller de l’avant car on ne se sent pas seul dans cet environnement peu hospitalier de la haute montagne alors que nous avons vu une seule cordée dans une autre voie éloignée donc nous avons dû nous débrouiller seuls. 

C’est tellement appréciable ensuite de profiter de la vue depuis le sommet de la grande voie que nous avons escaladé, les panoramas tout autour de nous sont spectaculaires.

Après un pique-nique sur le sommet en admirant le massif du Mont Blanc, nous descendons un beau rappel de cinquante mètres.

Puis, nous arpentons un pierrier très raide et instable qui me donnent de nouvelles angoisses, comme la veille. 

A chaque pas, je risque de glisser dans la pente, mon grand corps lourd est un fardeau tandis que je cherche péniblement de larges rochers plus stables en écartant au maximum mes bras et mes jambes. 

Où suis-je?

Moi qui pensais être sorti des galères, il nous faut fournir encore un dernier effort avant de rejoindre enfin un (vrai) chemin de randonnée qui nous ramène au refuge vers 17h30, nous avons fait mieux que la veille !

Le sentiment d’appartenance à une communauté

Nous sommes fiers d’avoir gravi l’Ombre Chinoise, on se sent désormais faire partie d’une communauté de grimpeurs avec qui nous pouvons partager nos impressions et parfois même nos conseils (en toute modestie bien entendu).

Thibaut conclut cette journée d’une manière poétique : “Le retour dans notre refuge aux mille étoiles s’effectue dans un désert de calcaire presque pur où aucune végétation ne peut pousser.  

Dans cet amas de pierres enchevêtrées les unes sur les autres comme si un tremblement de terre venait d’avoir lieu, je me sens léger, sautant de cailloux en cailloux. 

Seuls les lagopèdes et les bouquetins osent encore s’aventurer à cette altitude, à la nuit tombée. Je pense aux premiers grimpeurs et notamment à Michel Piola qui a ouvert la voie d’Ombre Chinoise en 1997, il y a presque 30 ans. 

On apprendra ultérieurement que cette voie est la dernière de la “Grande Arabesque”, un enchaînement mythique de 5 grandes voies sur 5 sommets différents dans les Aravis : à tester une prochaine fois ?”

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J2 : Pointe Percée, l’Arête du Doigt (13 voies, max 5C+, 400m)

Sélectionnée pour son niveau accessible, notre première grande voie en autonomie va s’avérer bien plus dure que ce que l’on s’imaginait : ce sera notre baptême du vide et de la peur dans le bide où notre mental sera soumis à rude épreuve mais nous pourrons heureusement bénéficier de la solidarité entre grimpeurs pour relever ce premier défi.

Une marche d’approche pas si simple

Nous nous levons à 7h pour prendre un copieux petit déjeuner puis nous préparons notre matériel, c’est notre première grande voie dans ce secteur de haute montagne donc on s’interroge sur ce que l’on doit emporter avec nous. 

Le dilemme étant de choisir entre limiter le poids que nous aurons à porter en grimpant et ne rien manquer d’essentiel : aurais-je assez d’eau pour ne pas être assoiffé et suffisamment de vêtements pour ne pas être frigorifié ? J’opte pour remplir au maximum ma gourde et mon camel bag et pour porter plusieurs couches vestimentaires afin de parer à toute situation. 

Nous quittons le refuge à 8h, Thibaut s’est renseigné sur l’itinéraire de la marche d’approche qui n’est pas balisé, seuls quelques cairns nous guident alors que nous évoluons sur un dédale de lapiaz fissurant la roche qui menacent de nous casser une cheville. 

Sur les rares parcelles de terres de ce paysage très minéral, nous apercevons quelques traces de pas qui semblent nous confirmer que nous sommes sur la bonne voie. 

En arrivant face à un ravin, la seule issue apparente est de traverser horizontalement une paroi fortement inclinée sur plusieurs mètres, ce passage nous semble risqué donc nous nous interrogeons si nous avons dévié du parcours. 

En examinant de plus près le rocher, nous détectons quelques prises de mains et de pieds mais nous sommes bien loin d’un paisible chemin de randonnée. Le passage par le haut semble encore plus périlleux et redescendre nous ferait perdre du temps donc nous tentons de passer tout droit en traversant cette paroi avec nos chaussures de randonnée et notre matériel sur le dos en faisant attention à chacun de nos gestes.

Passage technique dès la phase d’approche

Après être passés de l’autre côté avec quelques frissons, nous apercevons le frère et la sœur de la veille qui marchent plus loin sur le même itinéraire, nous voilà rassurés. 

En les rejoignant au pied de la voie, ils nous expliquent vouloir gagner du temps en partant en “corde tendue”, c’est-à-dire le premier de cordée installe les dégaines dans les plaquettes puis y accroche sa corde tandis que le second reste suffisamment en retrait pour maintenir la corde tendue afin de retenir au mieux le premier en cas de chute. 

Ils gardent également leurs chaussures de marche sur les premières voies jugées faciles tandis que nous optons pour les chaussons d’escalade et ce ne sera pas superflu.

Après une dernière vérification du matériel et une révision des manips, Thibaut s’engage dans la première voie cotée 4A. L’ascension se passe bien, Thibaut installe le premier relais puis je le rejoins en moulinette et c’est à mon tour de monter en tête. 

Les conditions sont bien différentes de la salle : les plaquettes sont difficiles à trouver car elles ont la même couleur que la roche dont les reliefs peuvent les masquer et la distance entre les points d’assurage est parfois très éloignée, il faut donc rester concentré sur chacun de ses mouvements. 

Nous apprenons également à déchiffrer le topo qui décrit la voie de manière parfois succincte et la photographie de la voie n’est pas suffisante pour nous repérer suivant l’angle de vue. Nous avançons donc lentement mais sûrement.

Premiers doutes

Après une belle escalade de Thibaut sur la sixième voie qui nous emmène au sommet du rocher en forme de doigt qui a inspiré le nom de cette grande voie, nous nous trompons de direction pour notre premier rappel d’une quinzaine de mètres. Là encore, le topo n’est pas assez explicite pour nous, simples novices. 

Nous hésitons à emprunter à pied un passage qui me semble périlleux mais, heureusement, d’autres grimpeurs nous rejoignent sur la voie et nous confirment qu’il fallait faire le rappel de l’autre côté. 

Nous avons de la chance, cette erreur d’itinéraire aurait pu nous mettre dans une situation délicate et même potentiellement dangereuse. Il nous faut donc remonter sur le rocher du doigt pour ensuite descendre en rappel sur l’autre versant, je me propose pour le faire afin de m’exercer aux manips. 

Cet imprévu, combiné à la lenteur de notre progression par rapport à tout ce qu’il nous reste à faire, me font prendre conscience de la difficulté de se repérer en grande voie et des multiples pièges qu’il faut éviter. La fatigue commence à se faire sentir alors qu’il est déjà midi et je commets ma première erreur : en installant le relais sur le haut du doigt, j’oublie de me vacher alors que j’assure Thibaut dans son ascension. Cette inattention aurait pu me coûter cher, nous coûter cher en cas de chute. 

Puis, je me trompe en faisant ma manip de descente en rappel, heureusement Thibaut me corrige respectueusement. En effet, nous sommes vigilants à appliquer la règle d’or de l’escalade qui est de systématiquement vérifier ses manips et celles de son binôme avant chaque voie. 

Ces erreurs sont des signaux d’alerte : je commence à fatiguer et à perdre ma concentration après cette longue succession de voies et de manips, c’est compréhensible car c’est ma première grande voie sans guide mais il nous reste encore beaucoup à faire aujourd’hui. 

Il est donc évident qu’il me faut une pause et, au fond de moi, je ressens également une légère frustration d’avoir fait des voies plus faciles et moins spectaculaires que Thibaut. C’est important d’être transparent avec soi-même et avec son binôme pour trouver des solutions appropriées.

Nous décidons donc de nous arrêter sur une plateforme pour déjeuner puis Thibaut me laisse partir en premier afin de me reconcentrer et je vais être servi pour la suite avec deux voies en 4B sur un mur vertical puis sur une dalle inclinée longeant une arête qui me donnent des sueurs froides avec des points d’assurage parfois distants de quatre à cinq mètres.

Thibaut nous livre ses impressions sur ce passage : “il nous faut rester humble sur la paroi car, sur le papier, la cotation de cette longueur est largement à notre portée. Pourtant, la vision du précipice de chaque côté, le vent et l’espacement des plaquettes génèrent un sentiment d’inconfort et d’insécurité.“

Les prises sont bonnes mais il ne faut pas se rater dans ses gestes. En revanche, la vue est magnifique avec des panoramas grandioses de tous les côtés, c’est bien plus spectaculaire que sur les voies en falaise que j’ai pu faire, sans parler des salles parisiennes.
Nous terminons la partie des voies « faciles » de niveau 4 aux alentours de 15h. A présent, je sens que c’est Thibaut qui est frustré car l’escalade en tête génère davantage de sensations, c’est à la fois stressant et grisant. 

Le dilemme

Pour ma part, j’aurais bien aimé en terminer là mais, le hic, c’est que nous découvrons qu’il n’y a pas d’échappatoire simple : il faut soit désescalader quinze mètres de falaise sur des prises douteuses puis suivre une vire étroite avant de rejoindre un chemin incertain et sans points d’assurage, ou alors enchaîner trois voies supplémentaires en commençant par une 5C+ assez impressionnante. 

Thibaut est clairement motivé pour la seconde option et il se sent capable de monter en tête, il nous raconte la suite : “ Je me sens effectivement en état de grimper en tête cette longueur côté 5C+. Je suis plein de motivation et j’ai très envie de prouver que je peux le faire après les premières longueurs faciles. 

Hugues m’apparaît très réticent, voire particulièrement soucieux, ce qui me surprend. Il avait déjà manifesté son intention de ne pas grimper cette longueur lors de la pause déjeuner. Je n’étais pas opposé à cette issue mais je m’étais aussi dit que grimper les prochaines voies plus faciles en tête lui donnerait de l’assurance et qu’on aviserait le moment venu. 

Devant la paroi, son hésitation et ses craintes sont contagieuses, je m’interroge : faut-il en rester là ou insister ? Dans ces situations, il est primordial d’être à l’écoute de son partenaire et de bien se connaître. Je me demande si les réticences de mon binôme sont liées à une fatigue physique (dans ce cas-là, on redescend) ou si c’est un manque de confiance et d’appréhension par rapport au vide (là, je l’encourage et on y va !). 

La journée a été longue, mon binôme commence probablement à être fatigué alors qu’il revient d’une grosse randonnée dans les Aiguilles Rouges avec un dénivelé journalier très important qui a certainement laissé des traces sur son organisme. 

Et puis, c’est seulement notre première journée de grande voie ensemble : je ne veux pas trop insister ni le forcer à me suivre au risque de le mettre en difficulté et de le regretter ensuite. Ce n’est pas évident : est-ce que je veux en faire trop pour l’impressionner ? Vais-je le vivre comme un échec si on s’arrête là ?

Le problème est que l’échappatoire par l’itinéraire alternatif avec un passage à grimper dans une cheminée sans certitudes sur les points d’assurage disponibles ne m’inspire pas confiance. Il est exigu, avec des petites pierres et il n’y a personne. Grimper en tête dans la voie 5C+ me paraît paradoxalement plus sûr.

Enfin, je suis convaincu que cette longueur est à notre portée et que l’on risque de le regretter si on ne la tente pas : je connais mon partenaire, je sais qu’il en est capable et je suis certain qu’il y arrivera en moulinette. 

Néanmoins, je reste partagé car la longueur est très impressionnante : il y a du gaz, du vent et je commence à avoir un peu froid car nous sommes à l’ombre. C’est difficile d’évaluer la difficulté d’une voie : on peut voir sur celle-ci que les points sont relativement rapprochés et une corde est même fixée pour faciliter le passage d’une dégaine délicate. 

La veille, sur le site de la Forclaz, un moniteur d’escalade avait aussi évoqué un « passage aérien » et nous avait dit qu’on en était capables d’après ce qu’il avait vu. De plus, je sais que j’ai déjà grimpé avec mon pote Aurélien une longueur 6a en grande voie, je devrais donc pouvoir le refaire. Je relativise également le danger en me disant que je n’aurais aucun scrupule à tirer sur les dégaines ou faire des pauses si nécessaire.

Finalement, un couple de grimpeurs, Anne-Laure et Pierre, nous rejoignent par une autre voie et débutent l’ascension de la 5C+. Anne-Laure nous conseille de les suivre plutôt que la désescalade aléatoire et Hugues finit par céder. 

Je suis aussi rassuré par leur présence, nous ne sommes pas seuls si nous venions à être en difficulté. Anne-laure est très sympa, elle nous donne des conseils subtils sans nous mettre la pression quand elle grimpe. Ce n’est pas une « tête-brulée », elle accompagne son mec dans ses aventures et elle est très pressée d’en finir avec l’escalade, ça nous rassure !

A la suite du couple, je m’élance dans un beau mur vertical avec de bons bacs pour compenser des pieds qui patinent en m’aidant de la cordelette pour venir poser une dégaine dans un passage délicat. Je grimpe ensuite dans une large faille où les points sont rapprochés puis je contourne un gros rocher sur son flanc avant de passer au-dessus de ce dernier où se trouve le relais. “

C’est à mon tour de monter en moulinette, mes sensations sont plutôt bonnes malgré le poids du matériel et le froid ambiant, la pause m’a fait du bien. 

En rejoignant Thibaut, je décide de prendre la tête de la voie suivante qui est une 5b avec deux passages techniques en dalles nécessitant de la concentration mais ça passe, je savoure en admirant le paysage. 

Puis, Thibaut grimpe la dernière voie qui était censée être une 4A mais se rapproche plus d’une 5C : bravo à lui !
Nous arrivons enfin au sommet de la Pointe Percée à 18h, Anne-Laure et Pierre nous ont gentiment attendu en nous prêtant du matériel pour installer un relais qui n’était pas équipé. Nous sommes tellement fiers et heureux, nous nous congratulons tous les quatre puis nous admirons la vue avant de redescendre pour ne pas rater le bon repas chaud du refuge.

Je pensais être arrivé au bout des difficultés mais il nous reste encore sept cent mètres de dénivelé à descendre sur des roches glissantes dans des pentes raides alors que nous sommes bien chargés. Je tombe sur les fesses dès le premier pas sur une pierre lisse, cela m’incite à redoubler de vigilance pour la suite.

La marche descendante me paraît interminable, il faut constamment être concentré sur chaque pas tandis que le soleil nous fait suer. Exténué de fatigue, je marche comme un robot tandis que Thibaut gambade au loin tel un bouquetin. 

Enfin, nous arrivons à 19h, pile pour nous requinquer avec le dîner du refuge tant attendu. Chacun des convives raconte ses anecdotes de la journée dans un ambiance détendue et conviviale que je retrouve souvent avec plaisir à la montagne.

Débrief

Puis, je m’isole sur un coin de la terrasse face au soleil couchant pour recharger mes batteries tout en étirant mon corps fatigué. J’ai besoin de calme pour faire le vide dans ma tête car je ne cesse de m’interroger si j’aurais la force et la motivation de faire une nouvelle grande voie le lendemain, sachant que nous souhaitons élever le niveau de difficulté. 

On recharge les batteries au soleil couchant

Pour le moment, je ne veux plus y penser, nous en rediscuterons plus tard dans la soirée avec Thibaut pour débriefer sur la journée en échangeant sur ce qui nous a plu ou déplu et en cherchant ce que l’on peut améliorer ou les situations à éviter. 

Nous avons tout de même fait une première grande voie en autonomie avec douze voies pour 400 mètres de hauteur, plus de deux heures de marche et probablement huit heures de grimpe : ce n’est pas rien !

Clairement, je ne pourrai pas refaire une journée aussi longue mais désormais je connais mieux les manips donc on devrait gagner du temps sur cette partie et il faudrait aussi essayer de réduire les marches d’approches.

Il reste mon objectif de faire une grande voie avec un passage en 6A et il y a deux possibilités dans ce secteur : l’Ombre chinoise ou l’Été indien. La seconde est plus difficile d’après les avis que nous avons recueilli tandis que la première commence par les voies les plus dures (6A+ et 6A) puis le niveau diminue (4) avant de remonter sur la fin (5C+ et 5C), cela semble donc plus dans nos cordes. Il y a en tout huit voies pour une hauteur de 220 mètres. 

Depuis longtemps, nous avions repéré sur les topos la grande voie d’Ombre Chinoise, il y a donc une forme de curiosité qui nous incite à aller découvrir cette voie qui occupe tant nos pensées. 

Au vu de mes difficultés et mes appréhensions sur l’Arête du doigt, je m’interroge sur mes capacités principalement mentales mais c’est aussi une occasion unique de faire une nouvelle grande voie dans cet environnement grandiose de la haute montagne et j’ai confiance en Thibaut, il a naturellement pris la position de leader dans notre cordée grâce à son expérience des grandes voies, son assurance et son énergie. 

Mon esprit est le lieu d’affrontements de forces antagonistes : mes appréhensions sont tempérées par ma soif de découvertes, ma peur est circonscrite par mon orgueil, ma fatigue est relativisée par ma conscience que le temps est compté et que j’aurais peu d’occasions comme celle-ci : c’est maintenant qu’il faut le faire.

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J1 : école d’escalade de la Forclaz

Pour notre première journée d’escalade sur falaises avec Thibaut, nous nous échauffons sur des parois bien équipées avant de nous lancer à l’assaut des grandes voies en haute montagne. Il y a peu d’appréhensions aujourd’hui car c’est un domaine que nous maîtrisons avant de basculer dans un inconnu qui nous fascine autant qu’il nous intimide.

Après une semaine de vacances chacun de son côté, Thibaut me récupère à la gare d’Annecy avec la Toyota Yaris de ses parents équipée d’une tente sur le toit pour rejoindre notre premier terrain d’aventures : le site d’école d’escalade de la Forclaz à côté de la station du Grand Bornand. Thibaut a judicieusement sélectionné ce site afin de nous remettre en jambes sur des falaises de taille moyenne, bien équipées et de tous niveaux. 

Nous nous garons à la tombée de la nuit sur un parking à proximité et, après une toilette rudimentaire, nous déplions la tente en une fraction de seconde pour nous glisser dans les draps déjà installés, c’est très pratique.  Le lendemain matin, le ciel dégagé nous permet de découvrir en face la chaîne de montagnes des Aravis qui sera notre prochaine étape. 

En à peine quelques minutes de marche, nous atteignons les voies de la Forclaz et nous commençons par nous échauffer sur une 5A afin de nous réhabituer à l’escalade sur rocher. Puis, nous nous lançons dans une 5B+ avec des passages déjà plus techniques en montant de profil le long d’une arête. Nous continuons sur notre lancée avec une 5C+ qui commence en léger dévers avec de bons bacs pour les mains puis un passage intermédiaire légèrement exposé sur une courte traversée constitue le « crux » de la voie avant de rejoindre le relais. 

Notre objectif final étant le 6A, on décide de terminer par une voie de ce niveau : j’éprouve moins de difficultés que sur la 5C+ car le dévers me convient généralement moins (excuse morpho?) et j’étais probablement plus concentré.

Ecole d’escalade de la Forclaz

Nous arrêtons de grimper à midi afin de nous donner le temps de réviser les manips pour installer un relais et faire un rappel en grande voie puis nous mangeons un sandwich au bord d’une rivière qui nous permet de prendre un dernier bain avant notre séjour en refuge où les ressources en eau sont limitées.

En fin d’après-midi, nous garons notre voiture au col des Annes à 1700 mètres, haut lieu de pâturage de vaches productrices de lait qui permet de faire du bon reblochon. Après un dernier point de vérifications sur notre matériel, nous partons à pied pour rejoindre le refuge de la Pointe Percée à 2164 mètres d’altitude.

La vue sur la chaîne des Aravis est spectaculaire avec ses multiples combes, étroites vallées enserrées par des montagnes de toutes formes. La Pointe Percée culmine à 2750 mètres, elle se distingue nettement des autres de part son absence de végétation : c’est un décor très minéral avec une roche grise, on se croirait sur une autre planète.  

Cette montagne nous paraît alors bien loin et pourtant, nous ne nous doutons pas que nos deux prochaines grandes voies sont déjà visibles sur le versant nord-ouest (l’Arête du doigt à gauche de la photo) et sur le versant sud-est (l’Ombre chinoise à droite de la photo).

Nous arrivons au refuge après 1h30 de marche, la vue est très belle sur la Pointe Percée à l’est et sur toute la vallée du Grand Bornand à l’ouest où nous pouvons admirer le coucher de soleil depuis une grande terrasse aménagée. 

Le refuge de la Pointe Percée est historique, sa première construction date de 1899 et il a été entièrement réhabilité en 2023. Pour plus de renseignements sur cet établissement, vous trouverez sur ce lien un article très intéressant du journal Le Monde avec un portrait de sa gardienne.

Notre terrain de jeux pour les deux prochains jours

Nous arrivons juste à temps pour nous installer dans un confortable dortoir avant de passer au dîner collectif. Le repas est bon et copieux avec une savoureuse soupe de légumes en entrée dans lequel on immerge un morceau de pain et une tranche de tomme de Savoie, les plats sont également variés et les desserts sont délicieux. Durant ce séjour, je ne cesserai de déclarer avec emphase à mes voisins de tablée que c’est assurément le meilleur refuge de montagne que j’ai fait, suscitant l’hilarité de Thibaut.

Ce soir, nous dînons à côté d’un frère et d’une sœur originaires de la région qui grimpent souvent et, par une heureuse coïncidence, ils ont prévu de faire la même voie que nous le lendemain. Avec patience, ils répondent à nos nombreuses questions sur l’Arête du doigt tout en nous recommandant d’autres grandes voies pour notre niveau, leurs précieux conseils nous permettront ainsi d’adapter notre plan pour les prochains jours. 

Allez, il est temps de se reposer, les choses sérieuses vont commencer demain!

Vue depuis la terrasse du refuge

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Explications techniques

Dans le but de faciliter la lecture de nos prochains articles pour nos lecteurs novices en escalade, nous décrivons ici succinctement les principales techniques que nous utilisons ainsi que le vocabulaire technique employé. C’est loin d’être complet donc, avant de vous lancer dans une grande voie, croisez les sources et demandez l’avis de personnes expérimentées !

Tout d’abord, la règle de sécurité de base en escalade est d’être assuré par au moins deux points pour ne pas chuter au sol si l’un de ces points cède.

Monter en tête signifie grimper une voie en installant soi-même les protections, appelées dégaines, qu’il faut clipper dans des broches ou des plaquettes vissées dans la roche avant d’y accrocher la corde d’assurage que retient son binôme.

Au sommet de la voie se trouve un relais, il doit être constitué d’une chaîne reliée à deux points d’assurage et un anneau (ou un mousqueton) qui permet de s’y attacher avec une longe et un mousqueton (appelé « la vache ») relié à son baudrier afin de faire passer sa corde d’assurage dans l’anneau puis redescendre en étant assuré par son binôme en bas. Celui-ci pourra ensuite monter la voie « en moulinette », c’est-à-dire en étant retenu par la corde toujours tendue vers le haut.

En cas de chute, le grimpeur montant en tête est retenu par la dernière dégaine qu’il a clippée dans un point d’assurage donc il peut potentiellement faire une chute de plusieurs mètres amortie par l’élasticité de la corde. 

Ainsi, c’est une charge mentale bien plus importante de monter en tête qu’en moulinette car, dans ce cas, on est assuré par le haut avec la corde légèrement tendue donc la chute est faible.

La « couenne », ou l’escalade de falaises, signifie grimper une seule voie puis redescendre en moulinette donc le relais tout en haut est très souvent chaîné afin de ne pas avoir à laisser de matériel sur place. 

Une grande voie est une succession de voies où, généralement, il y a seulement deux points proches non chaînés au relais. C’est au grimpeur en tête d’installer un relais, c’est-à-dire mettre un mousqueton dans chacun des points puis de les relier à une sangle dont on fait un nœud pour se « vacher ». 

Ensuite, on peut installer l’équipement qui va permettre d’assurer son partenaire depuis le haut avec un reverso et des mousquetons pour qu’il puisse monter en moulinette jusqu’au relais avant de monter la voie suivante en tête et installer son relais afin d’assurer son binôme et vice et versa, jusqu’au sommet. Nous avons assuré notre premier de cordée en ayant le système de freinage accroché sur le pontet du baudrier. 

Concernant la conception du relais, nous avons principalement réalisé des relais triangulé mobile mono-directionnnel (image de gauche) comme l’illustre ce schéma tiré du site Petzl.com. Nous réalisons un nœud de huit sur notre dynaloop  puis venons fixer un mousqueton primaire dans la boucle. Cette méthode nous a été enseigné lors de notre stage UCPA. Elle est simple et rapide. 

Arrivé au sommet, on peut avoir la chance de disposer d’un chemin pour redescendre à pied mais, généralement, il faut faire un rappel grâce à un relais équipé, c’est très souvent le cas pour les grandes voies. 

Dans ce cas on s’assure soi-même avec un noeud autobloquant autour de la corde dit  “noeud de machard” et le système réverso fixé à la double corde.

Les lettres A à C permettent de graduer les niveaux d’escalade ci-dessous et on ajoute un “+” si une voie est entre deux graduations.

3 : c’est un chemin de randonnée un peu pentu mais faisable en chaussures de marche

4 : nécessite d’utiliser les pieds et les mains, mieux vaut des chaussons d’escalade

5 : c’est le début des réelles difficultés qui requièrent de la technique et des muscles spécifiques pour monter

6 il faut un entraînement régulier, chaque graduation et même demi graduation représente un écart de niveau significatif avec des techniques spécifiques et de bonnes conditions mentales et physiques

7, 8 et 9 : c’est un autre monde, une autre galaxie, un autre univers qui nous sont inconnus, vous pouvez regarder les films et documentaires sur les pros pour vous faire une idée

  • Anneau autobloquant (appelé « machard »): une cordelette souple qui permet de sécuriser la descente avec un nœud de machard.
  • Assureur descendeur Reverso : il permet d’assurer avec une ou deux cordes et de fixer le reverso sur le relais grâce à la boucle. 
  • Chaussons Escalade grandes voies : privilégier des chaussons relativement confortables, facile à retirer lors de l’assurage
  • Corde : il est préférable de monter avec deux cordes, idéalement de 50 mètres chacune afin de pouvoir descendre sur de longs rappels. Pour cela, on relie les deux cordes entre elles avec un double nœud afin d’avoir 100 mètres de longueurs et donc pouvoir faire des rappels de maximum 50 mètres. C’est ce que nous avions grâce à Aurélien, l’ami de Thibaut
  • Dégaines : en prévoir au moins une vingtaine
  • Dynaloop ou un anneau de sangle : pour la confection du relais. La dynaloop est une corde dynamique ce qui présente l’avantage d’encaisser des chutes de facteur 2. Elle est également plus résistante (protection des UV et des frottements par la gaine).
  • Longe double (ajustable) : elle permet de sécuriser le grimpeur lorsqu’il se vache (s’attacher) au relais. La longe double permet d’être toujours en sécurité avec deux points d’ancrage. Enfin, l’aspect ajustable constitue un élément de confort précieux pour être dans une bonne position pour assurer son second ou son leader.    
  • Magnésie : cette poudre blanche magique procure d’immenses bienfaits psychologiques pour le grimpeur aux mains moites, attention à ne l’appliquer que sur la paume des mains, ou éventuellement sur la plante des pieds pour les puristes comme l’illustre Patrick Edlinger ou alors carrément sur les chaussons comme Thibaut 🙂
  • Maillon rapide : en cas d’échec, permet de récupérer les dégaines et de sécuriser la redescente en laissant uniquement le maillon rapide sur place
  • Mousquetons : en prévoir 3 pour le relais, 2 pour la longe (“vache”) et 2 pour le reverso.
  • Talkie walkie : très pratique en grande voie lorsque l’on a peu de visibilité sur son binôme
  • Topos : Une photo du topo sur chaque téléphone de la cordée est indispensable pour se repérer, se situer en cas de difficultés ou tout simplement pour trouver la voie. Pour préparer ces grandes voies, nous nous sommes abondamment servis des ressources ci-dessous
    • Bornes Aravis, de Bonneville au Grand Bornand. Tome 1 900 voies, 1900 longueurs, Edition 2025 par l’association Ekirproc, G. Bruno
    • Camptocamp : site internet collaboratif qui regroupe des informations pratiques pour faciliter et contribuer à la sécurité des activités de montagne (rando, escalade, alpinisme). Ce site est particulièrement précieux. Les informations sont régulièrement mises à jour par toute la communauté.  

Bac : désigne une bonne prise main  

Crux : passage le plus difficile de la voie escaladée qui est en quelque sorte la “clé” pour franchir cette étape

Dalle : inclinaison de la paroi au dessus de 90°, il faut de la technique dans les pieds

Dévers : inclinaison de la paroi en dessous de 90°, il faut du muscle dans les bras

Donner du mou : détendre la corde d’assurage

Gaz : du vide sous les pieds

Morpho : excuse imparable pour justifier une incapacité à attraper certaines prises en raison de la taille de son corps, objet de nombreux débats 🙂 (je fais 1m89, Thibaut 1m76)

Prendre sec : tendre la corde d’assurage

Rando : voie très facile

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Voyages itinérants

Apprentissage

Au cours de plusieurs années d’apprentissage, je vais découvrir que l’escalade est bien plus qu’un sport en raison de sa dimension mentale avec la gestion de la peur de la chute et c’est la force du collectif combiné à une pratique assidue qui vont me permettre progressivement de repousser mes limites mentales et physiques pour rêver toujours plus haut. Enfin, mon binôme de cordée, Thibaut, nous partage également sa propre expérience de l’escalade avant notre défi commun de la grande voie en autonomie.

Alourdi par le poids de mon matériel, le visage ébloui par le soleil, les doigts agrippés contre les interstices de la paroi rocheuse froide et dure, mes pieds serrés dans mes chaussons d’escalade sur des prises précaires au-dessus de ma dernière dégaine, je cherche désespérément du regard les prises qui pourront me permettre de m’élever vers le prochain point d’assurage. 

La corde frotte sur la roche et sur les huit dégaines que j’ai déjà posées, m’obligeant à fournir des efforts supplémentaires tandis que mon binôme de cordée, m’assurant vingt-cinq mètres plus bas, est à peine visible et tout juste à portée de voix. 

Le doute s’installe en moi, je ne trouve plus de prises satisfaisantes, ou plus sincèrement, je n’ose pas faire un mouvement supplémentaire afin d’en trouver plus loin, peut-être. Tout est dans ce “peut-être” qui représente à la fois un espoir mais aussi le risque de me déplacer dans la mauvaise direction et de me retrouver bloqué sans autre échappatoire qu’une chute de plusieurs mètres avant d’être retenu par la corde. 

A ce moment, je me demande qu’est-ce que je fous en plein milieu d’une grande voie de haute montagne équipée à l’ancienne avec des distances entre les plaquettes qui me donnent des sueurs froides. Pourquoi je fais ça, comment j’en suis arrivé là ?

J’ai commencé l’escalade à Paris, il y a plus de dix ans, sur l’invitation de mon frère Jérémie à rejoindre son groupe d’amis grimpeurs. Durant cette période, je pratiquais d’autres sports donc je n’étais pas régulier mais j’appréciais l’ambiance conviviale des salles d’escalade et la cohésion de notre groupe où l’on cherchait ensemble à résoudre des énigmes pour passer des voies. 

Néanmoins, je montais peu en tête par appréhension de la chute et je fournissais un minimum d’efforts pour m’améliorer techniquement et physiquement donc je pratiquais en quelque sorte l’escalade en dilettante. Dans ces conditions, j’ai plafonné au niveau intermédiaire de 5C en tête et 6A en moulinette pendant environ cinq à six ans en alternant avec de longues pauses, comme lors du covid.

Pourtant, les documentaires et les récits d’escalade en montagne me fascinaient, ils me donnaient envie de progresser, de me frotter aux parois rocheuses mais j’avais d’autres priorités à cette époque, j’ai ainsi fait une seule sortie en extérieur lors d’un stage UCPA dans les Calanques .

Au retour de mon long voyage à l’été 2023, j’ai retrouvé de bonnes sensations lors d’un nouveau stage UCPA à Orpierre sur de beaux rochers avec un groupe très sympathique dont trois parisiens motivés pour prolonger la pratique de l’escalade à Paris (notamment mon pote Magic, qui deviendra mon fidèle binôme attitré en qui j’ai entière confiance).

Ainsi, notre bande de quatre s’est lancée à la conquête des salles parisiennes environ deux fois par semaine pendant plusieurs mois dans un esprit de saine émulation et en s’astreignant à monter régulièrement en tête pour renforcer notre mental et notre technique.

Ces nouvelles conditions (groupe motivé et pratique régulière) me firent progresser tout en prenant du plaisir avec mes amis. On se mettait au défi d’oser des voies ou des blocs de plus en plus durs qui nous impressionnaient, on retentait encore et encore avec les encouragements des copains et l’heureuse perspective de se boire une bonne bière à la fin de la séance. 

Le groupe de 4 à Pantin avec Guillaume, moi-même, Magic et Lucas

Grâce à mes nouveaux compagnons de grimpe devenus amis, j’ai tenté des choses dont je ne me croyais pas capable. Ainsi, après de nombreuses tentatives dans des passages clés (appelés “crux”) de certaines voies qui me semblaient auparavant hors de portée, je suis parvenu à réussir certains gestes techniques tout en développant les muscles propres à l’escalade. Ma confiance s’est alors accrue et tous ces facteurs m’ont permis de repousser mes limites.

Notre groupe s’est ensuite élargi au gré des rencontres à la salle ou lors de sorties en extérieur, certains de nos amis tentés par l’escalade nous ont également rejoints donc il y avait toujours du monde disponible pour grimper plusieurs fois par semaine et les fins de séances étaient l’occasion d’apprendre à mieux se connaître autour d’un verre ou d’un dîner.

Mes progrès encourageants m’incitèrent à m’inscrire pour d’autres stages d’escalade en milieu naturel afin de relever de nouveaux défis : tout d’abord un week-end falaises dans les Calanques où je parvins pour la première fois en extérieur à grimper en tête des voies en 6A puis j’optais pour une initiation en grandes voies dans les gorges historiques du Verdon avec l’UCPA.

Lors de ce stage au cours duquel je fis la connaissance de Thibaut, futur protagoniste et narrateur de nos prochaines aventures, j’ai découvert les techniques spécifiques de la grande voie et, surtout, je me suis confronté à la dure réalité de l’escalade en milieu naturel dans des voies équipées “à l’ancienne” où les rochers accidentés n’incitent pas à la chute tandis que la distance entre les points d’assurage est souvent bien plus élevée qu’en salle. 

Ainsi, je garde le souvenir d’une escalade en tête d’une voie 6A estampillée « montagne » par ma monitrice dénommée Stéphanie où je me suis retrouvé plusieurs fois tétanisé à un mètre au-dessus de la dernière dégaine tandis qu’il me restait la même hauteur à grimper pour pouvoir clipper la prochaine dégaine et que j’étais dans des postures peu confortables. 

Il me fallut alors puiser au fond de mon être afin de trouver la force physique et mentale pour escalader plus haut. A chaque dégaine, je hurlais de soulagement en tirant sec sur la corde afin de retrouver mes esprits et mon souffle tout en scrutant méticuleusement la roche au-dessus de moi pour chercher l’itinéraire le plus sûr. J’ai finalement terminé cette voie grâce aux encouragements, et parfois aux engueulades, de Stéphanie.

C’est là que j’ai pris conscience qu’il y avait un écart significatif entre la pratique de l’escalade en salle et sur certains sites en extérieur et que mon appréhension de la chute pouvait toujours resurgir malgré mes progrès manifestes aux entraînements.

Les Calanques (mai 2024) et le Verdon avec Thibaut (juillet 2024)

De retour à la capitale, j’ai songé un temps à arrêter l’escalade, je m’interrogeais sur mes motivations et sur mes capacités à affronter cette peur de tomber. Même en salle, je commençais à hésiter en tête dans certains passages techniques. 

Et puis, l’attrait de l’escalade est revenu au bout de quelques semaines : j’en éprouvais particulièrement le besoin lorsque j’étais confronté à des situations professionnelles ou personnelles frustrantes qui me donnaient envie de me défouler, de lutter, de me dépasser. L’escalade m’apparaissait alors comme un moyen de m’évader, une voie de salut, et enfin, voir les copains et les copines qui se lancent dans des voies difficiles, tentent des mouvements, échouent ou réussissent, cela me motivait à les rejoindre .

Après mon excursion dans le Verdon, j’éprouvais une certaine lassitude à être encadré, je souhaitais davantage de liberté d’action allant de pair avec la responsabilité car j’avais désormais acquis la conviction d’être capable de grimper sur des falaises sans moniteur en choisissant bien les voies. 

Au printemps 2025, je proposai ainsi à mon groupe d’amis grimpeurs de nous procurer du matériel et d’organiser une semaine d’escalade sur le site de Saou, dans la Drôme, qui m’avait été recommandé par Jérémie comme étant bien équipé. Devant l’enthousiasme suscité par ma proposition, Thibaut et moi achetions des cordes et des dégaines et chacun se munit d’un casque et d’une longe pour se vacher. 

Le cadre autour de Saou était exceptionnel avec de belles falaises de calcaire au milieu de champs irrigués par une rivière aux eaux transparentes, un patrimoine historique avec de beaux villages de caractère et des châteaux médiévaux dominant les hauteurs. 

Les voies étaient bien équipées avec de larges terrasses aplanies au pied des falaises permettant d’assurer confortablement son binôme et la double orientation est-ouest était idéale pour  grimper à l’ombre toute la journée. 

La cohésion du groupe s’est renforcée autour d’apéros prolongés par de copieux repas et nous allions découvrir la région en randonnant ou en nous rafraîchissant au bord de la rivière, je garde de très bons souvenirs de cette première semaine de falaises en autonomie. 

Saou avec Antoine, Dounia, Magic, Thibaut, Tutku et Vanessa (mai 2025)

On réitéra donc cette belle expérience collective pendant un week-end d’octobre aux Andelys, dans les boucles de la Seine, au sud de Rouen. Là encore, l’environnement était exceptionnel avec de brillantes falaises de craie blanches en surplomb des méandres du fleuve au bord desquels d’imposantes maisons normandes à colombages se dressent et, au loin sur le haut d’une colline, la ruine du château Gaillard qui domine l’ensemble. 

Les Andelys avec Antoine, Dounia, Magic, Thibaut et Vanessa (octobre 2025)

Ensuite, quelques irréductibles d’entre nous tentèrent une dernière sortie en extérieur avant l’hiver lors d’un week-end blocs à Fontainebleau, au mois de novembre. Dans un climat humide, nous avons compris dès les premiers essais sur des rochers à la cotation « facile » que ce ne serait pas une partie de plaisir : les micro prises de pieds nous semblaient inexistantes tandis que les prises mains étaient très espacées et nous redoutions la chute sur un simple tapis rembourré appelé « crashpad ». 

Après plusieurs tentatives infructueuses le premier jour, interrompus prématurément par la pluie, on retenta notre chance avec plus de détermination le lendemain. Je garde gravé en ma mémoire le souvenir de mes émotions intenses mêlées de soulagement, de joie et de fierté lorsque je parvins sur le sommet d’un rocher de quatre mètres à la forme d’un menhir qui me semblait impossible à gravir. 

Au retour du printemps, je proposais de profiter d’un long week-end de mai pour découvrir différents sites d’escalade en Bretagne en s’essayant aux parois de granite tout en rendant visite à nos familles habitant sur place. On commença par la vallée du Couesnon dans un décor bucolique avec des falaises de différentes couleurs au bord d’une rivière paisible recouvertes par de grands arbres feuillus puis sur le surprenant promontoire du Mont Dol dominant la baie du Mont Saint Michel et enfin, dans une ancienne carrière dénommée le Lac bleu avec une jolie vue sur la côte d’Erquy. 

Fontainebleau avec Thibaut, son frère Clovis et Vanessa (octobre 2025) et Bretagne avec Antoine, Magic et Dounia (mai 2026)

A présent, j’étais capable de faire avec régularité du 6A en tête sur des falaises et du 6A+ en salle et j’avais à nouveau le sentiment d’être arrivé au bout d’un cycle, je me sentais désormais capable de relever de nouveaux défis.

Depuis longtemps, je rêvais de faire une grande voie car je considère que c’est le but ultime de l’escalade, à savoir gravir une grande paroi rocheuse pour atteindre un sommet à la force de ses bras et de ses jambes avec l’aide d’un binôme de cordée. 

Ainsi, à l’approche du cap de mes quarante ans, je me fixais l’objectif de faire une grande voie en autonomie avec au moins deux cent mètres de hauteur et une voie au niveau symbolique du 6A qui nécessite des capacités techniques, mentales et physiques d’un niveau avancé.

Pour relever ce défi, il me fallait avant tout un binôme de cordée motivé, de niveau équivalent et avec qui règne une confiance mutuelle. Thibaut s’avérait le compagnon idéal car nous avions tissé des liens d’amitié au cours de deux années de pratique commune de l’escalade, nos niveaux étaient assez proches et nous étions parmi les plus engagés du groupe pour nous lancer dans de nouveaux défis en extérieur. 

Lorsque je lui ai parlé de mon projet, Thibaut s’est montré très enthousiaste car il commençait déjà à s’initier à la  grande voie avec l’un de ses amis expérimentés. De dix ans mon cadet, ce serait pour lui le défi du passage à la trentaine ! 

A présent, c’est à son tour de se présenter.

Professeur d’histoire et de français dans un lycée hôtelier en région parisienne, je pratique tous types de sports et notamment en montagne. Pourtant, l’escalade en falaise n’allait pas de soi pour moi malgré une pratique régulière dans le cadre scolaire dès le collège à Alès jusqu’à mes études supérieures à Toulouse puis à Nice. 

Pendant longtemps, l’appréhension du vide m’empêchait de ressentir réellement du plaisir lors des rares excursions en extérieur et rester sur une même paroi toute une après-midi à enchaîner les longueurs me lassait. 

D’un naturel dynamique et indépendant, je préférais me promener en vélo dans mes Cévennes natales à la découverte de nouvelles routes et vallées à explorer. Pourtant, c’est une discipline que j’ai toujours admirée pour les qualités physiques qu’elle requiert (force, souplesse, agilité) et mentales (concentration, persévérance et patience). 

Mon expérience en falaise était donc très faible lorsque j’ai rencontré Hugues, à l’été 2024, lors du stage UCPA d’initiation en grandes voies dans le Verdon : je savais à peine faire une réchappe et descendre en moulinette. 

Mes motivations pour participer à ce stage étaient alors de progresser pour accompagner mon frère et, il faut bien l’avouer, attirer l’attention d’une charmante grimpeuse plus talentueuse que moi (motivation extrinsèque). 

Malgré l’échec, hélas, de mon second objectif, la découverte de l’escalade en grandes voies m’a motivé à progresser et à persévérer (motivation intrinsèque). De fait, l’esprit de cordée prend tout son sens lorsque l’on enchaîne les longueurs à deux et partage le même objectif : atteindre le sommet. Y parvenir au terme d’une longue aventure procure toujours une grande fierté et permet d’accéder à des points de vue uniques, on se sent privilégié et vivant. 

Incontestablement, Hugues fait partie de ces amitiés nouées en escalade autant indispensables qu’un nœud de machard en rappel (on l’utilise pour sécuriser sa redescente) : il a été un élément moteur dans ma courbe d’apprentissage grâce à ses encouragements, sa motivation, sa capacité à fédérer autour de lui un groupe de grimpeurs et à organiser des sessions d’escalade. 

Au fur et à mesure de nos séances collectives, une réelle confiance s’est tissée entre nous, dépassant le seul cadre de l’escalade. Nos styles de grimpe sont complémentaires : Hugues est réfléchi, patient et observateur tandis que je suis plus dynamique, engagé, moins persévérant aussi.

Nous partageons de nombreux centres d’intérêts en commun même si nos opinions ne sont pas toujours alignées : cela donne lieu à des échanges passionnés qui rendent la perception de nos marches retour beaucoup plus rapides !

Pour ma part, l’objectif de grimper une grande voie avec une longueur en 6A s’est imposé davantage par nécessité que par réel goût de la difficulté. En effet, il est difficile de trouver des grandes voies d’un niveau maximal inférieur en raison du nombre de voies à enchaîner et il est toujours frustrant d’être bloqué à cause d’une seule longueur trop technique.

Notre cordée constituée, il nous fallait à présent trouver un site correspondant à nos critères. Nous cherchions frénétiquement sur internet, on achetait des topos, on écumait les forums spécialisés et on questionnait notre entourage mais sans trouver l’inspiration : escalade trop difficile, site trop éloigné, marche d’approche trop longue, équipement insuffisant…. 

Je commençais à perdre espoir lorsque je lus sur un forum des avis très positifs sur des voies d’escalade à proximité du refuge de la Pointe Percée dans la chaîne de montagnes des Aravis, à proximité d’Annecy. Il s’y trouve plusieurs grandes voies d’escalades de différents niveaux qui sont accessibles à pied depuis ce refuge. En consultant son site internet, je trouvai de précieux renseignements illustrés avec des photos et des liens vers les topos des voies pour plus de détails. J’avais un bon pressentiment donc je prévins Thibaut.

Après de longues discussions en comparant avec d’autres sites et en croisant les sources, notre intérêt mutuel se confirma donc on acheta le topo pour mieux visualiser les voies. Il y en avait plusieurs qui correspondaient à nos critères, c’était très encourageant et l’on décida de réserver plusieurs nuits au refuge à la mi-juillet 2026, afin d’avoir le temps de découvrir les lieux et de monter en puissance. 

A présent que notre objectif était clairement identifié, il nous fallait désormais nous y préparer sérieusement car il nous restait seulement deux mois. On décida de faire une longue séance commune d’escalade quasiment chaque semaine pour apprendre à grimper ensemble en terminant par du gainage (ce que je déteste) et des étirements (souvent la flemme). Je faisais également une séance supplémentaire en solo ou avec le groupe. 

L’enjeu et l’excitation de ce nouveau défi nous donnèrent plus de forces et d’envies pour accomplir nos séances avec discipline en nous lançant des défis de plus en plus élevés. Grâce à ces efforts et à notre émulation positive, on atteignit notre meilleur niveau en salle en faisant du 6B en tête. 

La pratique de la grande voie requiert également du matériel spécifique que nous décrivons dans l’article suivant.

Désormais, nous pensions être prêts, notre enthousiasme était néanmoins teinté d’une pointe d’appréhension car il restait beaucoup d’inconnues mais nous étions impatients de nous confronter à la réalité de nos objectifs.

Thibaut nous raconte sa préparation spécifique à la grande voie en autonomie avec son ami Aurélien.

Dans le but de faciliter la lecture de nos prochaines aventures en grande voie pour nos lecteurs novices en escalade, nous décrivons succinctement dans l’article suivant sur ce lien les principales techniques que nous utilisons ainsi que le vocabulaire technique employé.

Si vous êtes déjà familier avec l’escalade, vous pouvez aller directement à cet article : J1 : école d’escalade de la Forclaz

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