Author

Hugues B.

Voyages itinérants

Paris – Londres à vélo

470 kilomètres parcourus à vélo du 15 au 20 septembre 2013

Introduction

De retour d’un grand voyage par la route à travers l’Eurasie entre 2022 et 2023, j’ai relu par curiosité les notes prises sur mon carnet pendant mon voyage itinérant à vélo de Paris jusqu’à Londres en septembre 2013. J’avais fait auparavant quelques traversées à pied ou à vélo de trois ou quatre jours maximums dans les Alpes françaises mais c’était la première fois que je me lançais dans une aussi grande distance à parcourir seul et à vélo. Ce fut en quelques sorte mon voyage initiatique qui me donna envie d’en faire d’autres par la suite, seul, avec un ami ou de la famille, pour découvrir notre beau pays par différents moyens de déplacements (à pied, en vélo, à moto…). Dix ans après, cela m’a paru le bon moment de publier mes notes prises pendant le voyage avec quelques ajouts et modifications.

Bonne lecture!

Itinéraire

Itinéraires de l’Avenue Verte (j’ai pris celui passant par l’est)

Genèse de ce voyage

A l’occasion des Jeux Olympiques de Londres en 2012, j’avais entendu parler de l’inauguration par le maire de Paris de l’époque, Bertrand Delanoë, d’un itinéraire à vélo permettant de relier Paris à Londres dénommé l’« Avenue Verte London – Paris ». Cela m’avait donné envie car c’était à la fois un objectif ambitieux et motivant de partir de Paris à vélo pour rejoindre Londres en traversant la Manche en bateau. De plus, cet objectif paraissait atteignable en une bonne semaine sans avoir besoin de trop de préparatifs. Donc, lors d’un week-end chez mes parents à Agen vers la fin août 2013, je leur fis part de ce projet car j’avais besoin de me changer les idées et ils m’y encouragèrent, mon père m’aidant à emballer mon vélo que j’avais laissé chez eux afin de le ramener à Paris dans mon train du retour. Ensuite, il ne me restait plus qu’à acheter du matériel (porte bagage, sacoches) ou m’en faire prêter (tente et duvet légers) et je fixais la date de mon départ au dimanche 15 septembre 2013 afin de bénéficier de journées relativement longues et, je l’espérais, d’une météo clémente.

Pour lire la suite, vous pouvez cliquer sur un jour de la liste ci-dessous ou tout simplement continuer la lecture vers le bas

  • Jour 1 : de Paris jusqu’à Auvers sur Oise, 75 kms
  • Jour 2 : de Auvers sur Oise jusqu’à Bresles, 103 kms
  • Jour 3 : de Bresles jusqu’à Forges les Eaux, 80 kms
  • Jour 4 : de Forges-les-Eaux jusqu’à Dieppe, 50 kms
  • Jour 5 : de Seaford jusqu’à Danegate, 60 kms
  • Jour 6 : de Danegate jusqu’à Londres, 103km,

Jour 1, le 15 septembre 2013

De Paris jusqu’à Auvers sur Oise (75 kms)

Je quitte mon logement parisien proche de la Gare de l’Est aux alentours de 9h30 sous le soleil, c’est de bon augure. Le porte bagage fixé à l’arrière sur la tige de ma selle de VTT me pose régulièrement des soucis car il n’est pas adapté pour mes larges sacoches qui pendent en l’air et frottent souvent sur mon pneu arrière, ce qui a pour effet de me ralentir. Je m’arrête donc souvent pour relever ma selle au maximum afin d’éviter les frottements mais, la contrepartie est que je touche à peine les pédales avec la pointe de mes pieds, tout mon poids repose sur la selle avec les douleurs que vous imaginez au niveau du fessier et je ne peux pas relever ma potence de guidon donc je dois tordre mon dos pour tenir mon guidon, parfois en le tenant du bout des doigts. Ainsi, je me déplace dans une posture pas très ergonomique et, de plus, je porte un petit sac sur mon dos avec mon duvet attaché par-dessus, n’ayant pas réussi à tout installer sur mon porte bagage. Clairement, c’est à éviter pour soulager le dos et moins transpirer même si ce sera plutôt le froid qui me gênera pendant ce voyage. Peut-être j’aurais pu prendre moins d’affaires mais c’était la première fois que je faisais ce type de voyage et j’avais du mal à évaluer ce qui était réellement nécessaire.

Je longe le canal Saint Martin suivi par celui de l’Ourcq et je prends la bifurcation du canal qui passe à côté du stade de France puis je traverse Aubervilliers et Saint-Denis avant de rejoindre la Seine. Ce ne sont pas des décors très réjouissants avec les saletés et la foule mais, à partir de Gennevilliers, c’est plus agréable avec le beau parc des Chanteraines. Néanmoins, je prends un peu de retard sur mon planning en me perdant quelques fois ou en m’arrêtant pour réajuster mon matériel.

Le trajet le long de la Seine est très sympathique avec de longues et larges pistes cyclables parfois envahies par des hordes de joggers. Ah, c’est dur le vélo ! J’ai déjà mal aux fesses et au dos mais je tiens bon en faisant des pauses rapides mais régulières puis je m’arrête plus longtemps pour un pique-nique en face du château et du parc de Saint-Germain-en-Laye, la vue est plaisante.

Le parcours à vélo de Paris à Londres est souvent indiqué par de petits panneaux avec un logo en forme de boussole et les noms des deux capitales et j’ai aussi un cahier « roadbook » avec l’itinéraire détaillé sur plusieurs cartes, pratique pour se repérer à cette époque où je n’avais pas encore de smartphone digne de ce nom.

Je découvre de jolies maisons et de belles péniches au croisement entre la Seine et l’Oise puis j’atteins la base de loisir de Cergy où je fais une trempette rafraichissante dans le lac. Ensuite, je rejoins vers 17h30 le camping municipal très modeste de la ville de Auvers sur Oise où s’installèrent pendant un temps de nombreux peintres impressionnistes dont l’illustre Van Gogh qui y trouva la mort de façon tragique. Je discute un peu avec un couple d’anglais au camping puis je fais une petite balade à pied et je vais me coucher dans ma tente.

Jour 2, le 16/09/2013

De Auvers sur Oise jusqu’à Bresles (103 kms)

Je me réveille vers 7h30 et je lève le camp une heure plus tard après avoir pris mon petit déjeuner. La nuit a été animée par la pluie et j’ai eu un peu froid avec mon duvet léger, c’est le dilemme entre le poids à porter et le confort que cela apporte. Heureusement, le soleil est là pour me réchauffer et le sentier que j’emprunte en longeant l’Oise est très beau. Cependant, mon fessier est toujours en délicatesse mais j’avance en me disant que le temps ensoleillé risque de ne pas durer.

Je rejoins Chantilly et ses superbes villas dans de chics zones pavillonnaires quadrillées à l’américaine puis je contourne l’immense hippodrome en passant à côté de grands haras. J’aperçois le magnifique château de Chantilly mais je ne m’attarde pas trop car le ciel s’assombrit et je reçois du ciel les premières gouttes de mon parcours. Cela va être l’occasion de tester la fiabilité de mon matériel et la force de mon mental, finalement ça passe même si j’ai un peu froid.

En arrivant à Senlis, je m’offre une bonne pause pique-nique en avalant un gros sandwich réclamé par mes muscles et mon estomac puis, je reprends la route et je passe à travers une grande et belle forêt où je suis quasiment tout seul comme pour la grande partie de mon itinéraire de la journée. J’enchaîne des petites montées suivies par des descentes, il commence à y avoir du relief. En sortant d’une forêt sur les hauteurs d’une colline, la route se met à descendre quand, soudain, une belle vue bien dégagée sur la vallée s’offre à mon regard et je ne peux réprimer un cri de joie et de satisfaction pour cette belle surprise.

Cependant, je commence à fatiguer, il y a parfois de grandes zones de plat mais avec du vent de face donc je n’avance pas très vite. En plus de cela, la pluie alterne avec le soleil et le dénivelé grimpe de temps en temps. Malgré tout, j’avance étape par étape en consultant la carte du roadbook pour me fixer de petits objectifs atteignables, cela m’aide à garder le moral.

Je mange beaucoup de barres énergisantes, il me faut du sucre ! Et je me promets qu’à l’arrivée au camping de Bresles je mangerai un plat chaud, ce sera chose faite avec deux bonnes grosses merguez sur une grande barquette de frites arrosées de ketchup – mayo. C’est mon estomac qui commande.

Le propriétaire du camping est sympathique et nous entamons une discussion, ça se sent qu’il apprécie son métier et sa petite entreprise. Par contre, il m’avait promis de l’eau chaude grâce à des panneaux solaires installés sur les toits des sanitaires mais ce n’est pas le cas. Grrr…

Jour 3, le 17/09/2013

De Bresles jusqu’à Forges les Eaux (80 kms)

Dure, dure, cette journée !!!

Cela a mal commencé dès la nuit tombée car je grelottais sous ma tente dans mon maigre duvet prévu pour les chaleurs d’été même après avoir enfilé tous mes vêtements. Je suis donc allé me réfugier au chaud…dans les sanitaires du camping !

Levé aux aurores, je discute avec mon voisin qui se trouve travailler au Décathlon de Beauvais. Cela me donne l’idée d’y aller pour acheter une couverture pour mieux dormir. Après m’être rendu compte que je m’étais trompé d’itinéraire en partant, je reprends la bonne route mais, mon genou droit commence à me faire très mal. Je dois lutter contre la douleur pour pédaler et je fais de nombreuses pauses pour soulager mon genou. J’arrive tant bien que mal au Décathlon où j’achète une couverture. Ensuite, je pars visiter la grande et belle cathédrale de Beauvais puis je fais des courses et c’est reparti.

Cathédrale de Beauvais

Malheureusement, mon genou continue de me faire grimacer dès que je pédale, je commence à me demander si j’arriverai jusqu’à Londres, voir même jusqu’à la destination prévue pour ce soir… Dans les montées, je finis par pousser le vélo à pied tandis que sur le plat et en descente je pédale doucement en essayant de solliciter uniquement ma jambe gauche mais, forcément, j’avance très lentement.

Toutefois, les paysages au bord du chemin me permettent de me changer les idées, je découvre de belles et grandes fermes en pierre et des champs verdoyants où broutent vaches et chevaux. L’itinéraire permet d’éviter les axes routiers très fréquentés et c’est agréable de ne pas être gêné par les voitures ou les poids lourds mais je ne croise pas non plus de piétons ou de cyclistes et cela devient un peu pesant à la longue. Parfois j’ai l’impression de traverser des villages fantômes. Finalement, il y a de la place en France !

Je fais une pause pique-nique puis je m’octroie une sieste bien méritée. Il fait déjà froid en journée et cela ne va pas s’arranger. En repartant, mon genou va un peu mieux et j’essaye de ne pas trop forcer. La pluie se manifeste par intermittence mais je continue mon chemin désormais sur un bon rythme et je reprends espoir d’atteindre mes objectifs. Par contre, à partir du milieu d’après-midi, la pluie se met à tomber sans interruptions, cela devient usant pour le moral et glaçant pour le corps. Le mental joue pour beaucoup dans mes efforts physiques, surtout pendant les montées. Parfois, il m’arrive de m’énerver contre mon vélo quand mes sacoches freinent ma roue arrière, je lui hurle presque dessus alors que le pauvre n’y est pour rien. J’ai l’impression par moments que mes freins à tambour sont mal réglés et qu’ils frottent aussi sur la roue mais non, c’est dans ma tête, il faut penser à autre chose.

Sur la route, je rencontre enfin d’autres voyageurs : deux couples d’anglais, la cinquantaine, qui font Londres – Paris à vélo donc dans l’autre sens que moi, je me sens moins seul. Malheureusement, comme il pleut beaucoup, nous ne discutons pas longtemps et chacun part en sens opposé en s’encourageant.

Je m’autorise quelques bifurcations dans l’itinéraire afin de raccourcir le trajet et soulager mon genou, mes fesses et mon dos sachant que la pluie ne faiblit pas. Les abribus me sont également un précieux abris pour m’assoir tout en avalant une barre de fruits.

Enfin, j’arrive à la ville de Forges-les-Eaux qui porte bien son nom ! Après quelques hésitations entre l’hôtel ou le camping, je résiste à l’appel d’un bon lit douillet et de la certitude d’une douche chaude en me dirigeant vers le camping pour rester dans le thème de ce voyage que je m’étais fixé. Et j’ai l’agréable surprise que le propriétaire me propose de m’héberger dans une salle pour m’abriter de la pluie qui ne s’est toujours pas arrêtée. En plus, la salle est chauffée, j’en profite donc pour étendre tout mon linge humide et, cerise sur le gâteau, la douche est très très chaude, j’y reste longtemps ! Loué soit le propriétaire du camping qui m’a si bien accueilli !

En me couchant vers 21h, il pleut toujours, j’espère que ça ira mieux demain…

Je me réfugie pour la nuit dans une salle mise à ma disposition par le propriétaire du camping de Forges-les-Eaux

Jour 4, le 18/09/2013

De Forges-les-Eaux jusqu’à Dieppe (50 kms)

Après une nuit plutôt agréable, au chaud dans la salle du camping mais gêné par le bruit du vent et de la pluie qui n’ont pas cessé, je me lève pour remballer mes affaires. Malheureusement, certaines d’entre elles sont encore humides malgré le chauffage. Tant pis, je pars vers 9h après avoir réglé le camping (seulement 5€ la nuit).

Je fais l’ouverture du magasin Aldi avec une foule de personnes âgées attendant comme moi dehors et qui me regardent d’un air curieux et étonné, ils ne doivent pas voir souvent un jeune de mon âge faire ses courses à cette heure matinale et je ne passe pas inaperçu avec mon vélo à sacoches.

Je commence à pédaler sous une fine pluie mais cette journée devrait être plus facile car il y a moins de kilomètres à parcourir, mon objectif étant de rejoindre Dieppe qui se situe à une cinquantaine de kilomètres afin de prendre un ferry pour l’Angleterre. Une ancienne voie de fer a été réaménagée en piste cyclable sur une quarantaine de kilomètres et c’est très agréable de la parcourir au milieu des prairies où broutent de belles vaches normandes.

Je rencontre un cycliste anglais bien équipé qui va dans le sens inverse et dont l’objectif est de rejoindre la Grèce : bel objectif ! Puis, je me fais rejoindre par deux anglaises à vélo qui vont dans la même direction que moi. Elles ont la cinquantaine et tiennent leur buste bien droit tout en affichant un sourire cordiale vêtues d’imperméables fluos, « so british ». Nous engageons la discussion et elles m’expliquent qu’elles sont parties également de Paris mais elles ont suivi un autre itinéraire plus court que le mien en passant par Gisors à l’ouest et elles prévoient de terminer leur parcours une fois arrivées sur les côtes anglaises, après avoir pris le ferry de Dieppe. C’est la première fois que je croise des cyclistes qui suivent un trajet similaire au mien, c’est bien agréable de pouvoir échanger sur nos expériences et nous encourager. Nous nous présentons, Charlotte vit dans le sud de l’Angleterre et elle est professeure de yoga, Sue est physiothérapeute à Vancouver au Canada. Elles sont très sympathiques mais elles vont trop vite pour moi, leurs vélos VTC sont mieux adaptés avec de plus grandes roues que mon VTT, elles voyagent plus léger et mes douleurs persistantes au genou sont mes excuses pour me rassurer.

Néanmoins, nous nous retrouvons plusieurs fois sur la piste cyclables avec Sue et Charlotte lorsqu’elles font une pause et nous prenons un bon chocolat chaud dans une ancienne gare réaménagée en café au bord de la piste cyclable. Puis, nous faisons une pause pique-nique plus loin sur des tables en bois.

L’ancienne voie de chemin de fer passe devant le très joli château de Mesnières en Bray et j’en profite pour me faire prendre en photo devant avec mon vélo sans savoir que j’y retournerai trois ans plus tard pour participer à l’organisation des 30 ans de la belle association A Bras Ouverts (ABO) dans laquelle je commençais tout juste à m’impliquer à ce moment, le monde est petit !

Château de Mesnières-en-Bray

La fine pluie a fini par cesser et le ciel s’est éclaircit progressivement. Je ne me lasse pas des paysages champêtres avec des prairies verdoyantes où broutent paisiblement vaches et chevaux ainsi que des belles bâtisses normandes en pierre. Le soleil commence enfin à poindre le bout de son nez mais c’est à ce moment que la pente montante augmente légèrement, ce qui m’oblige à fournir un effort plus important. A vélo, on remarque tout de suite les changements de dénivelé ! Le ferry part à cinq heures de l’après-midi et j’ai un peu tardé sur le chemin donc je dois forcer l’allure, les derniers kilomètres sur la route me paraissent interminables…

Je ne peux pas apercevoir la mer au loin qui est cachée par la ville de Dieppe et les falaises autour, je ne la découvrirai qu’au dernier moment, en arrivant au bord de la plage et le spectacle n’en sera que plus saisissant : j’ai une grande explosion de joie à la vue de cette immense étendue d’eau tout en sentant l’air marin chargé de sel ! Le ciel est désormais dégagé et le soleil éclaire les galets de couleurs claires tout comme l’eau de la mer qui est calme et d’un vert pale tendant vers le marron au bord, en partie teintée par la craie des hautes falaises de chaque côté du port de la ville qui s’érodent progressivement.

Je suis tellement fier de moi, je suis parti avec mon vélo depuis Paris et me voilà au bord de la Manche après avoir parcouru quasiment trois cents kilomètres en quatre jours ! C’était ce type de défi que je voulais relever et d’émotion que je voulais ressentir. Malgré les difficultés et les souffrances, les routes qui nous semblent interminables, on finit par en arriver au bout et cela en vaut la peine.

Je retrouve Charlotte et Sue sur le ferry, le ciel est désormais dégagé et on peut apercevoir un beau coucher de soleil en s’éloignant des côtes. Nous dînons ensemble puis nous nous reposons.

En accostant de nuit à Newhaven en Angleterre, je ne sais toujours pas où je vais dormir. Charlotte et Sue ont réservé un hôtel mais je préfère continuer en mode camping. Nous sommes plusieurs cyclistes voyageurs sur le ferry et, au moment de partir, je demande à deux anglaises qui ont fait le trajet de Londres à Paris et qui rentrent chez elles si elles connaissent un endroit où je pourrais m’installer, elles m’indiquent la direction d’un camping qui est assez proche du port.

Allez, banco, je pars à la recherche de ce fameux camping en pleine nuit et je le trouve facilement après une quinzaine de minutes. Il est situé au bord de la mer, j’installe ma tente puis je pars sur la plage pour contempler la mer éclairée par la lune, c’est un beau spectacle avant de me coucher.

Jour 5, le 19/09/2013

De Seaford jusqu’à Danegate (60 km)

J’ai passé une nuit difficile car j’ai eu encore très froid malgré ma nouvelle couverture donc je me suis à nouveau réfugié dans les sanitaires.

Je me lève tôt pour avoir le temps d’admirer le paysage au bord de la mer tout en prenant mon petit-déjeuner puis je pars en ville retirer des « pounds », acheter à manger et du baume à lèvres car elles sont toutes gercées à cause de l’exposition au soleil, même à travers les nuages.

Ensuite, je me rends à un point de vue pour admirer les falaises de craie blanche dénommées les « Seven Sisters », c’est un site grandiose et magnifique, le plus beau paysage de mon parcours et je prends le temps de l’admirer en me baladant le long des côtes. Je me sens dans un nouveau pays, les vaches dans les prairies ont été remplacés par des moutons, les gens parlent une autre langue mais le ciel est toujours gris. Je reprends la route vers onze heures, revigoré par cette halte sympathique, finalement Albion n’est pas si perfide mais restons prudent quand-même…

Seven Sisters

Nous avions échangé par textos avec Charlotte et Sue qui m’avaient indiqué qu’elles feraient peut-être une journée supplémentaire à vélo en raison de la météo clémente mais sans que l’on se donne de détails sur nos itinéraires quand soudain, après quelques kilomètres, je les retrouve complètement par hasard sur la route et nous sommes très heureux de nous revoir de cette manière aussi inattendue !

Charlotte et Sue sont fatiguées car elles ont voulu rejoindre à vélo une gare mais le trajet s’est finalement révélé long et fatiguant. Nous décidons donc de nous arrêter dans un bon petit pub d’un village anglais pour reprendre des forces avec un déjeuner accompagné d’une bière, « of course ». J’aime beaucoup les pubs anglais, ils sont souvent très chaleureux et décorés avec soin et originalité, on se sent comme dans une maison. Malheureusement, Charlotte et Sue me disent que ce type d’établissement disparait petit à petit en raison du prix de l’alcool moins cher en supermarché et de l’interdiction de fumer dans les pubs, « so chocking » ! Espérons qu’il en restera toujours car le pub est pour moi un des symboles de l’Angleterre.

Nous repartons vers 13h et, assez rapidement, je suis distancé, mon allure étant trop lente pour mes nouvelles amies cyclistes et j’essaye toujours de ménager mon genou douloureux sachant qu’il y a beaucoup de montées et descentes sur cette étape donc nous nous disons au revoir avec Charlotte et Sue en nous souhaitant bonne chance pour la suite.

J’emprunte une grande piste cyclable d’une vingtaine de kilomètres, c’est très agréable de ne pas être au contact des voitures mais, à la longue, je vais me sentir seul encore une fois car je ne croise pas grand monde. Par ailleurs, la piste est légèrement pentue donc il faut toujours fournir un effort assez important et une fine pluie s’invite dans la partie donc mon mental est à nouveau soumis à rude épreuve. Je pensais que ce serait plus plat que ça ce Paris – Londres !

Ma première journée à vélo en Angleterre

J’avance tant bien que mal en faisant des pauses régulières pour reposer mon genou et mon fessier. En quittant la voie cyclable, je m’engage sur une piste boueuse avec des descentes assez raide qui sont dignes d’un parcours VTT : mes suspensions sont enfin être utiles ! Je me concentre en me levant sur mes pédales et en me penchant légèrement en arrière tout en tenant fortement mon guidon dans ce petit passage aventureux et ça passe, c’est plaisant ! Finalement le porte bagage tient bon, c’est de la bonne qualité.

Enfin, j’arrive au camping qui est dans une grande clairière au milieu d’une forêt avec un vaste parking en gravier et de la pelouse autour. L’accueil est fermé et il n’y a personne d’autres à part un gars qui s’est posé avec sa camionnette et sa tente, il m’explique qu’il est organisateur de courses de 4 x 4 amateurs et il voyage beaucoup avec son véhicule en Europe. Je suis un peu déçu car j’aurais bien aimé pouvoir discuter avec d’autres voyageurs le soir mais bon, c’est comme ça. Au moins les sanitaires sont ouverts et la douche est chaude ! Dans la clairière, à la tombée de la nuit, on aperçoit des biches.

Camping de Danegate

Jour 6, le 20/09/2013

De Danegate jusqu’à Londres ! (103km)

La nuit a été plutôt paisible même si j’ai dû une nouvelle fois dormir dans les sanitaires à cause du froid, je n’ai même pas essayé de coucher dans la tente…

Le ciel a l’air clément aujourd’hui et, normalement, il devrait y avoir moins de dénivelé, espérons ! Le début commence bien même si je me trompe de chemin et dois faire demi-tour, je rejoins rapidement une piste cyclable en pleine forêt sur une quinzaine de kilomètres, c’est très agréable. Le réseau des voies cyclables en Angleterre est très bien organisé avec des numéros d’identification et des standards de panneaux d’indication au niveau national donc c’est bien plus facile de se repérer qu’en France où c’est une succession disparate de pistes cyclables au niveau bien souvent local avec des noms et des signalisations différents. De plus, les pistes cyclables anglaises sont nombreuses et très bien entretenues, « good job ». Le soleil perce peu à peu les nuages et cela me motive, les paysages champêtres et bucoliques n’en sont que plus beaux, c’est une succession de larges prairies verdoyantes bien dégagées et de forêts ombragées.

Je fais une pause pique-nique au bord d’un champ en plein soleil avec quelques produits achetés dans la ville précédente : de bonnes tomates, une sorte de salade de choux pleine de sauce, du pain avec du fromage et de la viande séchée, des bananes. Le soleil, ça change tout ! Après avoir mangé, je m’allonge sur mon tapis de sol pour faire une sieste tout en bronzant mais, à peine installé, je suis délogé par deux promeneuses avec leurs chiens qui me font comprendre que c’est une zone privée et que je dois m’en aller, « so sad ».

Pause pique-nique au soleil

C’est donc reparti, mes genoux me font encore mal ainsi que mon fessier mais j’avance en faisant des pauses régulières, je commence à avoir l’habitude et je sais que cela ne m’empêchera pas de continuer. Rapidement, je retourne dans la civilisation en sortant des bois, les habitations sont plus nombreuses ainsi que les voitures même si, heureusement, le tracé de la piste cyclable permet de souvent s’en éloigner, même en ville. Je pensais en avoir fini avec la nature mais finalement il y a encore beaucoup de champs, d’étangs, même si on entend le bruit des avions et des voitures passant à proximité.

Je m’approche progressivement de Londres et je ne sais toujours pas où je vais dormir car il n’y a plus vraiment de camping dans le coin, je continue d’avancer en attendant de trouver une opportunité, peut-être un coin d’herbe à l’abri des regards où je pourrais planter ma tente.

Où vais-je m’arrêter pour dormir?

En arrivant en haut d’une colline dans un des nombreux parcs publics anglais qui semblent avoir été conçu pour promener les toutous, j’aperçois au loin une immense tour de verre dans un style futuriste, je crois que c’est le gratte-ciel « The Shard » situé en plein cœur de Londres. C’est impressionnant de la voir à cette distance alors que je suis encore au milieu des champs avec de petits villages. Malheureusement, je n’ai plus de batteries sur mon téléphone donc il va falloir vous baser uniquement sur mes descriptions et faire preuve d’imagination.

A ce moment, je me sens complètement libre, en total autonomie avec tout ce dont j’ai besoin sur mon vélo pour m’arrêter où je veux afin de passer la nuit, c’est une sensation très plaisante que je savoure en continuant de pédaler pour voir où cela va me mener, j’attends un coup de cœur ou un coup du sort.

Le soleil se couche, je continue de pédaler malgré l’obscurité, n’ayant toujours pas eu de révélation. Etant donné que je me rapproche de plus en plus de Londres, je commence à me dire que ce serait dommage de s’arrêter si près du but et que je pourrais sans doute dormir dans un des parcs du centre-ville même si je redoute le froid ou de tomber sur des types louches, on verra bien.

Je fais une pause dîner à la terrasse d’un pub animé avec une bonne bière et un burger puis je reste quelques temps à écouter la musique d’un groupe de rock talentueux dans une ambiance fêtarde, c’est ça aussi l’Angleterre !

Puis, je décide finalement de repartir pour rejoindre le centre de Londres, il y a une piste cyclable bien indiquée qui peut m’y emmener en cinquante minutes d’après les panneaux d’affichage. Il fait moins froid dans cette immense ville que les jours précédents à la campagne, je m’approche petit à petit avec en ligne de mire les tours illuminées de la City. Ça y est, j’arrive enfin au bord de la Tamise : mission accomplie !

Maintenant, il faut que je trouve un endroit où dormir car je ressens la fatigue. Je pensais initialement aller à côté de la gare Saint Pancras ou dans un grand parc comme Hyde Park mais je suis trop épuisé pour aller aussi loin. Je remarque un petit coin d’herbe légèrement dans l’obscurité grâce à un grand arbre qui protège de l’éclairage public, l’emplacement est juste en face du musée Tate et, de l’autre côté de la Tamise, on peut voir la cathédrale Saint Paul. Pas mal comme vue, allez, c’est décidé, je m’y installe ! J’essaye d’être discret en m’emmitouflant dans mon sac de couchage, je ne monte pas la tente et je garde mon vélo à proximité, personne ne semble m’observer. Malgré le bruit de quelques braillards ivres et du froid, je parviens plus ou moins à dormir, du moins à reposer mon corps endolori. « Good night ».

Jour 7, le 21/09/2013

De Londres jusqu’à Paris

Je me lève tôt le matin pour ne pas faire trop le clochard dans la belle capitale de Sa Majesté, déjà que je me trimballe avec mon tapis de sol emballé dans un sac poubelle pour le protéger de la pluie et accroché à mon sac à dos…

Je ne sais pas trop quoi faire tout seul à Londres, je ne suis pas très motivé pour visiter cette ville que j’ai déjà découverte lors de précédents voyages, je me sens fatigué et je voudrais rentrer tout de suite. Mais bon, ce serait dommage de ne pas en profiter après tous ces efforts donc je marche en poussant mon vélo, j’en ai marre de pédaler et puis j’ai pu constater qu’à Londres les trottoirs sont propres donc je ne risque pas de marcher dans une crotte de chien 😊

Je longe la Tamise en direction de Westminster puis je rejoins Buckingham Palace et ensuite Hyde Park. Je découvre le Battersea Park avec l’immense ancienne usine électrique au charbon toute en briques, c’est un bâtiment très impressionnant. Elle est abandonnée depuis longtemps car sa taille démesurée rend complexe sa reconversion mais, d’après de récentes recherches sur internet, ce bâtiment a été finalement reconverti en bureaux, logements, restaurants et magasins.

Puis, je visite le musée d’Histoire National qui est gratuit exceptionnellement ce jour-là, je prends donc le risque de laisser mon vélo cadenassé à l’extérieur avec mes affaires en gardant mon portefeuille sur moi, j’ai confiance… Le musée est immense avec une riche collection dont une partie se situe dans un bel ancien immeuble. En sortant, je comprends que ce sont les Journées du Patrimoine en Angleterre donc beaucoup de musées sont gratuits alors que les billets d’entrée sont généralement très élevés et certains sites historiques sont exceptionnellement ouverts aux visites. Etant donné que mon vélo et mes affaires sont toujours là, j’en profite pour visiter les somptueux locaux de la Supreme Court qui est l’équivalent de notre Conseil Constitutionnel.

Puis, je pars manger un morceau dans le quartier de Chinatown et j’enchaine avec la visite du British Museum, également gratuit. Le musée est intéressant, il y a notamment la célèbre pierre de Rosette qui a été découverte par nos glorieux ancêtres en Egypte pendant la campagne de Napoléon mais les maudits anglais les en ont délogé, ce qui n’a pas empêché que ce soit un champion français qui ait été le premier à déchiffrer les hiéroglyphes grâce aux copies de cette pierre : « sorry, good game ».

Après toutes ces visites, je commence à fatiguer donc je me dirige vers la gare Saint Pancras pour m’occuper du transport de mon vélo dans l’Eurostar. Je comptais le démonter pour l’emmener avec moi mais je n’avais rien pour l’emballer et un peu la flemme donc finalement je paie un supplément pour le charger tel quel dans un wagon spécial dans le même train que moi, c’est plus simple et bien organisé. Dans le voyage du retour en Eurostar, le paysage défile à une vitesse folle, en seulement deux heures je serai de retour à Paris alors que j’ai mis six jours à l’aller pour parcourir 470 kilomètres en vélo et traverser la Manche en bateau : c’est impressionnant le progrès !

Conclusion

Je profite d’être confortablement assis dans un fauteuil pour faire le point sur mon voyage. Initialement, je pensais que cela me permettrait de réfléchir à ma vie passée et future mais, finalement, j’y ai très peu pensé. Mon esprit était presque entièrement accaparé par les efforts physiques à maintenir constamment malgré la fatigue et les douleurs, à préparer les étapes suivantes, à chercher à manger ou un endroit pour dormir, à monter puis démonter la tente, prendre une douche… Je trouvais juste un peu de temps et de force le soir pour écrire sur un carnet les évènements et mes impressions de la journée que je vous retranscris à présent sur ce blog avec quelques ajouts et modifications.

Le défi physique a été relevé avec succès et j’en suis très fier ! Finalement j’ai été davantage ému en voyant la mer à Dieppe au dernier moment que lorsque je suis arrivé à Londres tard dans la nuit mais je réaliserai plus tard tout ce que cela représente notamment en racontant mon voyage à d’autres personnes. Je redoutais les problèmes mécaniques et les réparations à faire sur mon vélo mais c’est ma propre machine qui aura posé des soucis et je n’avais pas vraiment de rustines ni de pompes pour me regonfler si ce n’est en mangeant une quantité astronomique de barres sucrées. Par ailleurs, je ne m’attendais pas à autant de dénivelé sur ce parcours et puis je n’étais clairement pas bien préparé en termes d’équipements ou de physique, cela faisait longtemps que je n’avais pas fait de vélo et je n’avais jamais fait d’aussi longues distances répétées sur plusieurs jours. Mais, l’essentiel, c’est la motivation, l’envie d’aller au bout coûte que coûte, le reste suit. La solitude a été pesante également par moments, j’aurais aimé rencontrer davantage de personnes sur la route, peut-être que c’était un peu tard dans la saison.

Au final, ce voyage en itinérance à vélo avec des sacoches et une tente aura été une très belle aventure et cela me motivera pour faire de nouveaux itinéraires en France, seul, avec de la famille ou des amis, et en étant mieux équipé ! Mais ce sont d’autres histoires que je vous raconterai peut-être un jour 😉 

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Paris – Katmandou en moto et bus, puis au-delà

En septembre 2022, je me suis lancé à moto pour rejoindre la Bulgarie puis j’ai utilisé principalement des bus pour traverser la Turquie, l’Iran, le Pakistan, l’Inde et rejoindre le Népal en février 2023 avec de multiples aventures, découvertes et rencontres tout au long de cette route.

Ensuite, j’ai rejoins le Vietnam en avion et je l’ai visité du nord au sud avant de passer au Cambodge puis de m’envoler à nouveau afin de découvrir l’est de l’Australie et enfin la paradisiaque Nouvelle-Calédonie.

Après ce magnifique voyage, je suis retourné en Bulgarie pour récupérer ma moto et rentrer en France après 9 mois de voyage. J’ai raconté tout cela dans un blog à part si cela vous intéresse (lien ci-dessous).

/Cap à l’est

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Expériences diverses

Vendanges en Bourgogne

Pourquoi j’ai fait cette expérience

Après un long voyage de plusieurs mois à travers l’Asie et l’Océanie (lien blog), j’étais de retour l’été 2023 en France pour retrouver ma famille et mes amis ainsi que pour chercher un nouveau travail, ayant démissionné du précédent. Les recherches étant assez calmes en cette période, j’avais donc du temps libre et, lors d’une discussion pendant un repas avec un ami de ma famille, celui-ci me raconta avoir fait les vendanges dans sa jeunesse et qu’il en gardait un bon souvenir. Cela résonna en moi, je me souvins également d’un ex collègue qui avait fait les vendanges pendant ses congés alors qu’il occupait un poste à responsabilité et qu’il avait la quarantaine passé, cela m’avait surpris qu’il consacre du temps pendant ses jours de vacances à une activité aussi physique. Mon ami Vincent l’avait également fait quelques jours pendant ses congés et chacun d’entre eux m’en avaient dit du bien donc cela m’intriguait, j’avais envie à mon tour d’en faire l’expérience.

De plus, c’est une activité très typique de notre pays mondialement connu pour ses bons vins et c’était l’occasion pour moi de faire de l’exercice en plein air au milieu de belles vignes tout en étant payé. Donc, je parlais de mon idée à Vincent qui m’encouragea dans cette voie et m’envoya plusieurs annonces pour faire les vendanges dans les environs de la ville de Chablis en Bourgogne où son père habite en m’indiquant qu’il pourrait m’héberger. En consultant les nombreuses annonces, je constatais qu’il y avait une forte demande de main d’œuvre et qu’il n’était pas nécessaire d’avoir de l’expérience dans ce domaine, il suffisait simplement d’être motivé et de fournir les copies d’une pièce d’identité, d’un RIB et d’une carte vitale.

Je ne me sentais pas de faire plusieurs semaines de vendanges car ma priorité était de retrouver un travail rapidement en tant qu’ingénieur donc je filtrais sur les annonces prévoyant une semaine de vendanges. L’une d’entre elles m’intéressa davantage car le repas du midi était offert sur place ainsi que des collations tandis que la plupart demandaient à ramener sa gamelle et son eau. Je trouvais que c’était plus convivial de partager un repas ensemble et je ne faisais pas les vendanges pour l’argent mais plutôt pour découvrir cette activité et rencontrer les gens qui la font.

Il s’agissait du Domaine du Château Grenouilles, un grand crus de Chablis. J’appelais pour avoir plus de renseignements et la personne au bout du fil fut très aimable. De plus, le frère de Vincent avait fait les vendanges dans ce domaine il y a quelques années et il en gardait de très bons souvenirs donc j’optais pour ce choix-là. Mon inscription fut très rapide et ils acceptèrent que je fasse seulement quatre jours sur les sept initialement prévus à cheval sur deux semaines. De toute façon, il n’y aurait pas de fête de fin de vendanges organisée par le domaine, la « peulée » (appelée également « paulée » dans d’autres régions) qui est un grand repas arrosé de vins pour célébrer la fin des vendanges mais, apparemment, ce type de tradition se perd ou alors il faut choisir un domaine plus familial. D’ailleurs, je vous recommande le film de Cédric Klapisch « Ce qui nous lie » qui raconte une belle histoire de famille autour de la vigne en Bourgogne.

Rencontre avec mon hôte et découverte des vendanges

Donc, je fus de retour sur les routes avec ma fidèle moto en direction du village Dannemoine où je rejoignis le père de Vincent qui allait m’héberger pendant les vendanges. Monsieur Morin m’accueillit chaleureusement autour d’un bon apéritif avec du crémant de Bourgogne et des Gougères, ce sont des sortes de gros choux à la crème mais salés, avec du Comté gratiné dessus : c’est excellent ! J’interrogeai mon hôte sur la recette de ces fameuses Gougères qui sont une spécialité locale et il me livra tous les détails avec passion, c’est tout un art et toute une histoire la cuisine française. Il y a de nombreux détails qui font la différence pour la préparation et la cuisson de chaque ingrédient, la chronologie des étapes à suivre, c’est passionnant même si je concède que, lorsque je suis aux fourneaux, j’ai parfois une patience limitée pour suivre à la lettre toutes les indications, préférant parfois me fier à mon instinct et à mon inspiration du moment suivant ce qu’il me reste à disposition.

Après un bon repas où le père de Vincent me raconta l’histoire de sa famille entremêlée à celle de la Bourgogne, je partis me coucher tôt car le rendez-vous pour le premier jour des vendanges était à 7h30 et j’avais une vingtaine de minutes de route à moto. Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas levé aussi tôt pour aller travailler !

Au réveil, il faisait encore sombre, je partis un peu en avance pour bien repérer les lieux. On m’accueillit au domaine du Château Grenouilles en me proposant un café et un gâteau. Mon contrat de travail était déjà prêt, je n’avais plus qu’à signer la feuille d’émargement. Nous étions environ trente vendangeurs, un peu moins que les années précédentes apparemment car la main d’œuvre est plus difficile à trouver en ce moment.

Notre groupe était répartit en cinq équipes de cinq cueilleurs avec un sceau et un sécateur chacun et cinq porteurs avec leur hotte sur le dos. Les porteurs étaient rémunérés un peu plus que les cueilleurs car c’est un travail jugé plus physique (14€ de l’heure versus 12 € pour les cueilleurs) même si l’activité de cueilleur implique des postures qui ne sont pas non plus agréables pour le corps en courbant le dos et en fléchissant les jambes constamment. Il y avait également deux superviseurs qui nous donnaient des instructions, contrôlaient la qualité de notre travail et participaient de temps en temps à la cueillette quand c’était nécessaire. De plus, un agriculteur se chargeait de conduire le tracteur avec une remorque qui supportait la benne dans laquelle les porteurs vidaient leurs hottes remplies de grappes de raisins. Lorsque la benne était pleine, le conducteur la ramenait avec le tracteur au bâtiment du domaine où elle était vidée sur un tapis afin de retirer à la main les feuilles et les raisins malades, le reste étant broyé pour en retirer le précieux jus qui serait stocké dans des cuves ou dans des fûts de chênes pour les meilleurs vins en suivant des procédés que je ne connais pas dans les détails.

J’appris le terme de « treille » qui désigne une rangée de vignes. Nous avions de la chance avec la météo car la canicule était passée et il faisait relativement bon dans la matinée mais, lorsque le soleil était haut en début d’après-midi, on transpirait à grosses gouttes. Allez, il fallait s’y mettre, on arrachait quelques feuilles de vignes afin de pouvoir mieux couper les grappes avec le sécateur puis on les déposait dans notre sceau et on remontait la « treille » progressivement en tâchant de ne pas oublier de grappes car c’est du grand cru, ce serait dommage d’en gâcher ! Chaque cueilleur était généralement assigné à une treille et, lorsqu’il avait fini, il allait aider ceux qui n’avaient pas terminé avant de passer à une autre rangée de vignes. On se rendait aux parcelles à pied car elles n’étaient pas très éloignées, certaines étaient légèrement en hauteur sur les côteaux, offrant une jolie vue sur la plaine de la ville de Chablis avec son beau clocher d’église qui se dresse au centre. Il y a huit hectares en tout sur le domaine du Château Grenouilles, principalement sur les côteaux face à Chablis, orientés sud. Les vendanges pour les grands crus se font obligatoirement à la main pour préserver la qualité du raisin tandis que les autres vignobles, qui représente la majorité, utilisent des machines.

Le début des vendanges

Nous eûmes rapidement nos premiers blessés dans notre groupe mais heureusement rien de grave, c’étaient de légères coupures au doigt avec le sécateur, généralement on mettait un pansement et cela cicatriserait rapidement. Mes mains se noircissaient petit à petit au contact des vignes et mes bras, ainsi que mes jambes, se couvraient de petites boules qui s’accrochaient à mes poils. En retirant des feuilles, on découvrait parfois des araignées ou des lézards tout surpris de notre remue-ménage. En simple amateur, je trouvais que les raisins étaient globalement en bon état même si certains semblaient atteints de maladies ou trop mûrs, on les prenait quand même et le tri serait fait plus tard sur le tapis par des employés qualifiés. Je cherchais constamment une posture la plus confortable possible, m’asseyant par terre quand il y avait beaucoup de grappes à proximité pour reposer mon dos. A certains endroits, il y avait de belles et grosses grappes de raisins faciles d’accès dont il suffisait simplement de couper l’extrémité pour qu’elles tombent directement dans le sceau mais, parfois, il fallait fouiller scrupuleusement et se contorsionner pour récupérer quelques grappes minuscules coincées entre les pieds de vignes et les fils de fer. Certaines portions de treilles n’avaient même pas de raisins, le terrain étant trop accidenté et remplis de cailloux, il faudrait arracher les pieds de vigne et en replanter plus tard pour la prochaine saison. Mais, au global, la récolte semblait plutôt bonne cette année, comme l’année précédente, avec un total d’environ cinq tonnes pour la première journée.

Les profils des vendangeurs que j’ai rencontrés

Il y avait de tous les âges dans notre groupe de vendangeurs, de 18 à … 64 ans ! Oui, oui, Michel était à la retraite après avoir vendu son bistrot alors qu’il travaillait depuis tout jeune mais il faisait quand même les vendanges pour, comme il dit, « mettre du beurre dans les épinards » car une journée de vendanges « cela permet de remplir un Caddie chez Leclerc ». Il y avait d’autres vendangeurs qui avaient également bien passé la cinquantaine et ils n’étaient pas les moins efficaces au travail.

Environ deux tiers des vendangeurs avaient entre 18 et 40 ans, il n’y avait pas de nationalités étrangères dans notre équipe mais on pouvait voir dans les vignes alentours d’autres profils de travailleurs aux conditions qui semblaient plus précaires, faisant parfois de plus longues journées de travail que nous et certains étant rémunérés au poids des récoltes plutôt qu’à l’heure. Nous avions rencontré notamment une famille entière de gens du voyage d’une bonne cinquantaine de personnes avec les jeunes enfants qui regardaient leurs cousins, oncles, tantes et parents qui faisaient les vendanges sous la supervision de quelques ouvriers du domaine.

Je fis progressivement connaissance avec mes camarades de vendanges aux profils variés : les plus jeunes étaient généralement encore dans les études alors que les plus âgés avaient souvent une autre activité mais qui ne représentaient pas un temps plein ou qu’ils ne faisaient pas toute l’année.

Kevin était cuisinier saisonnier se déplaçant avec son van et son chien dans différentes régions suivant les opportunités, son corps était couvert de tatouages, il avait une barbe bien taillée et les cheveux dressés vers le haut tandis que les côtés étaient rasés de près, un vrai look de musicien de rock punk, il était très sympathique. Mikaël était technico-commercial en congé sabbatique, il ne se ménageait pas pour porter la hotte entre les treilles tout en coupant des grappes avec son sécateur pour aider les cueilleurs, belle solidarité.

Charlotte avait eu une carrière d’acrobate équestre dans des spectacles de cirques puis elle s’était reconvertie en tant que monitrice d’équitation, artiste équestre et elle s’occupait également des chevaux quand leurs maitres n’étaient pas là. Elle avait l’habitude des vendanges, ayant vécu longtemps en Champagne donc elle était très efficace à la cueillette tout en diffusant de la musique avec son enceinte portable pour motiver le groupe. Charlotte avait de la gouaille avec une voix un peu enrouée mais qui portait, elle mettait de la bonne humeur dans le groupe en chambrant gentiment ses camarades à proximité.

Bonne ambiance de groupe

L’ambiance dans notre groupe était bonne, on pouvait se parler tout en travaillant, plaisanter, il y avait quelques grandes gueules qui aimaient bien plaisanter, c’était sympa, une ambiance bon enfant. J’appréciais beaucoup cet environnement de travail en équipe et en plein air, il y avait une vraie convivialité entre nous sans que cela soit au détriment de la qualité de notre travail, cela renforçait même notre motivation, nous étions prêts à nous entraider quand il le fallait. Bien entendu, il y avait quelques tire-au-flanc mais la plupart ne revenaient pas après une ou deux journées de travail et ils étaient généralement gentiment rappelés à l’ordre par les superviseurs ou même par leurs camarades de vendanges car c’est une activité collective.

Quand nous vendangions près de la route, certains touristes s’arrêtaient pour nous prendre en photo ou des vendangeurs d’autres domaines nous klaxonnaient en nous faisant un salut amical de la main auquel nous répondions d’une joyeuse exclamation en levant le bras quand nous en avions l’envie, j’avais l’agréable sensation de me sentir faire partie d’un groupe qui pratiquait une activité utile et reconnue par les gens du coin et au-delà.

Je fus très surpris de voir autant de vendangeurs fumer comme des pompiers quel que soit leur âge, ils faisaient la cueillette ou portaient la hotte tout en ayant la clope au bec pendant plusieurs heures d’affilée. Visiblement, cela les aidaient à passer le temps et puis c’est difficile à arrêter quand on en a pris l’habitude.

Des horaires matinaux pour éviter les fortes chaleurs

Les premiers jours, nous commencions les vendanges à 8h puis nous faisions une pause déjeuner à midi pour reprendre à 13h jusqu’à 16h. Ensuite, avec le retour des fortes chaleurs, nous commencions trente minutes puis une heure plus tôt avec une courte pause vers 11h pour manger rapidement des sandwichs puis reprendre les vendanges jusqu’à 14h.

Sur la route qui me menait aux vendanges à l’heure des aurores, j’assistais à de magnifiques levers de soleil illuminant progressivement les vignes. C’était magnifique et apaisant, loin du tumulte et du vacarme de la région parisienne.

Prise de conscience du coût de la vie avec un SMIC

Pour être franc, je ne faisais pas ce travail pour gagner de l’argent, ayant eu la chance et l’opportunité d’avoir précédemment un travail bien payé qui m’a permis de mettre de côté pour un temps, mais plutôt par curiosité pour cette activité et les gens qui la font, pour la grande majorité d’entre eux, par nécessité. Le fait d’être payé au smic avec une majoration de 10% pour les congés soit 12€ de l’heure me permettait de prendre davantage conscience du coût de la vie quand on a cette paie. Désormais, je convertissais mes dépenses de la vie de tous les jours en nombre d’heures de travail : le péage pour Paris, une heure de travail, un plein d’essence à moto, deux heures trente de travail, une caisse de bons vins de Chablis en souvenirs, deux journées de travail. Dans ce cas, les économies partent rapidement et en plus j’avais la chance pendant ce séjour d’être nourri et logé sur place sinon cela ne serait pas intéressant financièrement à moins de camper.

Voilà, c’est la fin de mon récit sur ma découverte des vendanges, j’espère que cela vous a intéressé et n’hésitez pas à en faire l’expérience par vous-même dans l’une des nombreuses régions viticoles de notre beau pays !

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Livres

Le mage du Kremlin

Roman de Giuliano Da Empoli aux éditions Gallimard

Je suis tombé par hasard sur ce livre, bien mis en évidence en tête de gondole dans un magasin Relais d’un hall de gare avec un bandeau indiquant qu’il avait gagné le prix du roman de l’Académie Française. Son titre m’a intrigué car les sujets qui traitent de la Russie m’intéressent particulièrement donc j’ai lu le résumé, il s’agit une fiction moderne de politique russe inspirée de certains personnages et faits réels dont l’histoire commence à la chute de l’Union soviétique et qui raconte l’ascension de Vladimir Poutine sous les yeux de l’un de ses plus proches conseillers, Vadim Baranov, (personnage fictif mais ayant plusieurs points communs avec un ancien conseiller du dirigeant russe), que l’on surnomme le mage du Kremlin.

Ce livre permet de mieux se rendre compte, en l’observant de l’intérieur, du chaos qu’a généré pour la société russe dans son ensemble l’effondrement brutal de l’Union Soviétique sans réelle préparation ni alternative solide, laissant ainsi les richesses du pays en proie aux opportunistes de tous bords qui acquirent des fortunes en très peu de temps et le dépensèrent de manière frénétique et sans limites tandis qu’une grande partie de la population était désemparée. Le carcan soviétique qui bridait de nombreuses libertés et initiatives individuelles pendant des années se relâcha d’un coup et tout le monde voulu en profiter. Certains pour exprimer leurs idées, leurs talents et leur créativité mais d’autres voulaient leur part du gâteau économique qui s’offrait à eux, croquer la vie à pleine dents et il n’y avait plus de références morales, l’objectif étant de briller aux yeux de tous, du moins pour une frange infime de la population qui en avait l’opportunité.

Ce récit est également intéressant du fait qu’il ne donne pas non plus selon moi une image caricaturale sur le plan de la géopolitique internationale avec des méchants russes d’un côté et des gentils occidentaux de l’autre, cela raconte le traumatisme et l’humiliation de cette chute brutale de l’édifice soviétique qui a sans doute incité à une reprise en main énergique au début puis progressivement autoritaire du pouvoir russe par Vladimir Poutine. C’est aussi l’occasion de redécouvrir des évènements historiques et politiques de la Russie depuis ces trente dernières années en étant au cœur du pouvoir sous l’angle de vue de l’un de ses plus proches conseillers dont les idées sont généralement très éloignées de la plupart des avis présentés dans les médias occidentaux. Cela ne signifie pas que c’est forcément vrai mais ce récit a le mérite d’offrir un nouveau regard sur ces enjeux afin d’en avoir une meilleure perspective. Il y a probablement de nombreuses scènes inventées ou largement modifiées mais les personnages, les réflexions, les actes racontés me semblent crédibles.

Les dialogues sont également savoureux avec des réparties incisives à l’humour acerbe, les saillies verbales fusent dans tous les sens entre les personnages qui continuent néanmoins de se côtoyer comme s’il s’agissait d’un jeu. En effet, on se rapproche parfois du jeu d’échec où chacun avance ses pions mais dissimule soigneusement à l’adversaire sa stratégie globale planifiée longtemps à l’avance. C’est aussi un jeu d’acteurs qui dissimulent parfois leurs sentiments profonds ou leurs intentions derrière des phrases à double sens ou des anecdotes. D’ailleurs, la citation en ouverture de ce livre est « La vie est une comédie. Il faut la jouer sérieusement. » de Alexandre Kojève. Il n’y a pas non plus beaucoup de formules de politesse dans les discussions, une fois que les ironies, sous-entendus et autres allusions à peine voilées ne sont plus nécessaires, alors on va à l’essentiel, sans détours ni circonvolutions.

Il y a également des personnages hauts en couleur qui sont très intéressants, comme j’ai déjà pu en découvrir dans d’autres récits sur la Russie : excentriques, sarcastiques, cyniques, extravagants ou parfois même incohérents suivant nos standards occidentaux, prêts à tous les excès dans un sens ou dans l’autre, capable du plus grand altruisme et d’une générosité immense tout comme de cruautés et de calculs froids sans pitié. Ce sont des personnages avec toutes leurs complexités et leurs contradictions.

Ce sont aussi des destins de vie complètement bousculés par la désintégration de l’Union Soviétique, des ascensions fulgurantes et des chutes vertigineuses, des montagnes russes de la vie en quelque sorte. L’auteur manie avec adresse les comparaisons de situations complètement opposées dans lesquelles se retrouvent certains personnages partant du plus bas niveau de l’échelle sociale et parvenant jusqu’au plus haut en un rien de temps afin de mieux nous faire prendre conscience de la folie de cette période avec ses inégalités criantes. Cela me fait penser en analogie à la description par Stefan Zweig dans ses mémoires « Le Monde d’hier » des conséquences ahurissantes de l’hyper inflation en Autriche puis en l’Allemagne dans l’Entre-deux-guerres sur la population où l’argent ne valait plus rien, les échelles de valeur étaient complètement bouleversées, inversées, à en perdre la raison.

Vadim, le personnage principal, initialement un jeune romantique pétri d’idéalismes et passionné de théâtre va progressivement devenir cynique à son tour après de cruelles désillusions sociales et sentimentales. Il continue de s’occuper de la mise en scène mais plus dans une salle modeste pour un public restreint mais d’abord à l’ancienne télévision d’état russe devant des millions de téléspectateurs puis, dans l’arène politique, le grand théâtre du réel. De ces expériences, Vadim prend progressivement de la maturité et de l’assurance en se frottant à l’exercice du pouvoir et des responsabilités dans l’ombre de Poutine. Puis, il finit par s’en lasser, presque désabusé et il se met en retrait pour revenir à ses passions d’avant tout en ayant envie de partager son histoire et ses idées à un jeune diplomate français de passage à Moscou.

Dans ce récit, il y a également une belle histoire d’amour assez originale qui s’inscrit dans la durée avec son lot de rebondissements. D’un côté, il y a Ksenia, une femme magnifique, peu expressive mais aux gestes et paroles maitrisés, le regard perçant et aux remarques tranchantes qui nécessitent d’avoir une bonne carapace pour survivre à son examen, repérant et exploitant avec sarcasme la moindre faiblesse, un compliment pouvant signifier une critique et inversement si l’on n’arrive pas à décoder l’expression de son visage et la flamme dans ses yeux. De l’autre côté, il y a Vadim, admiratif à son égard mais restant sur ses gardes, attentif aux moindres gestes et paroles de Ksenia tout en essayant de ne pas laisser transparaitre son trouble et ses sentiments profonds envers elle, du moins tant que le jeu de la séduction est en cours. Car, au fond de ces hommes et de ces femmes qui paraissent froids de façade, on sent vivre en leur intérieur des émotions fortes, des passions brulantes qui les animent même s’ils dévoilent peu souvent leurs cartes, généralement en petit comité, dans les coulisses.

Ce récit parle également de l’intérêt des russes, du moins des élites et des intellectuels, pour la culture et le patrimoine occidental, notamment la France, et cela depuis des siècles où l’on peut parfois ressentir une relation de secret amoureux éconduit, incompris ou voir même méprisé qui finit par jouer le mauvais rôle qu’on lui assigne et se tourne vers d’autres horizons.

C’est donc pour moi un très bon roman qui m’a captivé de la première à la dernière page. Je le recommande vivement et, si vous avez déjà lu et apprécié ce livre, je vous conseille également « Limonov » de Emanuel Carrère qui raconte également cette période post soviétique en Russie avec un personnage assez loufoque qui a eu une vie très mouvementée.

Bonne lecture!

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