Apaisé par mon objectif atteint la veille, je ne serais pas contre une escalade plus facile pour terminer en douceur au bord du magnifique lac d’Aix-les-Bains. En revanche, Thibaut a légitimement envie d’un dernier défi, ce sera donc une nouvelle occasion de démontrer la solidité de notre cordée renforcée lors de ce séjour.

Après une nuit calme, nous nous réveillons tôt afin de profiter de l’ombre sur les parois. Thibaut a repéré une semie grande voie avec quatre longueurs dont la dernière en 6A. Je sens qu’il a envie d’un dernier défi car c’est lui qui m’a laissé les meilleures portions la veille donc c’est à mon tour de lui rendre la pareille. Si ça ne tenait qu’à moi, j’aurais fait quelques couennes puis une baignade dans le lac!
Je commence le premier en tête par une 5b bien équipée avec de bonnes prises mains qui compense une roche patinée. En revanche, la fatigue physique et mentale accumulée sur la semaine se fait ressentir en moi. 

Après avoir terminé la voie avec soulagement, c’est au tour de Thibaut d’escalader une 5c avec des plaquettes espacées en mode terrain d’aventure qui nous rappelle la Pointe Percée. Mon binôme monte avec application puis je le rejoins en constatant que ce n’était pas du gâteau. 

A ce moment, je n’ai plus le désir de monter en tête si ma prochaine longueur est aussi peu équipée alors que le niveau est équivalent. Au premier abord, cela semble être le cas mais je fais l’effort de vérifier en montant au premier point puis, lorsque je constate que le suivant n’est pas trop écarté, je me décide à continuer pour que Thibaut soit dans les meilleures conditions afin de tenter sa 6a qui est juste après.

Pour cela, je dois faire un déplacement peu habituel en traversant horizontalement une paroi bombée. L’angle de la roche m’empêche d’anticiper la suite de la voie que je découvre progressivement tout en ayant du vide sous les pieds : sensations garanties ! 

Heureusement, c’est bien équipé et les prises sont bonnes, je peux même admirer la magnifique vue sur le lac dans des passages protégés. 

En plaçant la dernière dégaine, j’aperçois le relais qui est éloigné de quatre mètres avec une nouvelle traversée à franchir. Pour l’atteindre, j’identifie deux itinéraires possibles avec de bons bacs au début de chacun mais, pour la suite, c’est plus difficile de déterminer quel est le meilleur passage et je ne veux pas prendre le risque de tomber en faisant le pendule avec plusieurs mètres de cordes libres.

Après avoir testé les deux itinéraires, je me décide de passer par celui du bas : c’est mon dernier passage en tête, je ne peux pas demander d’être relayé car c’est une traversée et puis, je veux le faire pour Thibaut donc je me lance en étant concentré au maximum, ça passe : quel soulagement !

Une belle traversée devant le lac d’Aix-les-Bains

Thibaut nous raconte la suite : “Je suis également soulagé d’apprendre qu’Hugues soit arrivé jusqu’au relais. Mais ce sentiment s’estompe rapidement, il laisse place à des sensations ambivalentes : une envie d’en découdre teintée d’appréhension de l’inconnu et la peur de décevoir. Il ne nous manque plus qu’une longueur, la toute dernière de la journée, la plus difficile aussi.  

Le début met directement dans l’ambiance : les prises mains sont petites et je n’ai aucune confiance dans mes pieds, je suis bloqué dès le départ. J’essaie néanmoins de garder mon calme et de rester concentré sur l’objectif. Je découvrirai par la suite que ce départ est le passage le plus dur de la voie, le “crux”. 

Après plusieurs tentatives désespérées, je parviens laborieusement à clipper la première dégaine sous les conseils avisés de Hugues. La suite est tout aussi périlleuse : je dévisse juste au-dessus de la dégaine lorsque mon pied droit glisse sur la paroi mais c’est heureusement sans gravité. 

Cette chute me met en alerte : mes mouvements sont trop brusques et ma grimpe n’est pas assez fluide. En clair, je manque de technique et de finesse. Il me faut prendre le temps de bien poser mes pieds et de placer mes mains sans me précipiter.  

Sous les encouragements de mon binôme, je réussis à enchaîner plusieurs dégaines avec détermination.  La voie est bien équipée, les points sont rapprochés, j’en profite régulièrement pour faire des pauses au niveau des dégaines. 

La suite de la voie est plus lisible, je parviens à identifier les prises et à visualiser le chemin à emprunter même si celui-ci reste technique et physique. J’éprouve du plaisir à me retrouver dans le dur. 

Enfin, c’est avec soulagement que je repère le relais chaîné, un dernier mouvement à réaliser et me voilà sécurisé au relais.“

Le défi 6A de Thibaut

Lorsque je monte après Thibaut en moulinette, je réalise toutes les nombreuses difficultés de la voie et je le félicite.  Nous avons terminé notre dernier défi !

Il ne nous reste plus qu’à descendre dans deux rappels vertigineux. Renforcés par notre expérience des derniers jours, nous arrivons au pied de la voie sans difficultés. 

Puis, après avoir rangé le matériel, nous nous jetons sans hésiter dans les eaux turquoise du lac d’Aix-les-Bains en observant avec fierté l’impressionnante paroi que nous avons gravi.

Article suivant : Conclusion : monter en tête ou en moulinette?

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Hugues B.