Il est temps de conclure cette série d’articles en nous interrogeant sur le sens de la pratique de l’escalade : qu’est-ce qui nous pousse à grimper des parois vertigineuses dans des conditions inconfortables et pourquoi continuons-nous ? Nous élargirons ensuite notre réflexion en constatant que l’état d’esprit particulièrement développé lorsque nous grimpons peut s’appliquer dans diverses situations de notre quotidien.
Après quelques semaines de repos sans grimper, le souvenir de mes précédentes frayeurs sur le rocher s’estompe peu à peu, mes avant-bras me démangent et je ressens l’appel de la paroi en cherchant sur les façades des immeubles des reliefs qui me permettraient de m’élever.
J’ai envie de grimper, de déchiffrer une voie en suivant mon instinct, de lutter pour agripper une prise ou lancer un mouvement périlleux avec les encouragements de mes amis puis d’arriver au sommet avec soulagement avant de redescendre et tout recommencer.
Quelles vanités, futilités et même inutilités de cet éternel recommencement qui ne semble rien produire, et pourtant, cette pratique forge notre esprit, développe notre corps, noue des relations humaines qui nous sont bien utiles dans notre vie de tous les jours.
En effet, nous pouvons être confrontés dans notre quotidien à des situations similaires à des grandes voies qu’il nous faut gravir avec courage et détermination, elles peuvent nous paraître parfois insurmontables mais il faut quand même se lancer en se concentrant sur ce qui est à notre portée tout en gardant à l’esprit l’objectif final avec le soutien de nos proches.
L’escalade est en quelque sorte un moyen de matérialiser les tracas de notre vie terrestre en les transposant sur une paroi verticale afin de nous permettre de les affronter de manière concrète et palpable dans un environnement sur lequel nous avons prise, il ne tient alors qu’à nous de les surmonter.
Ce n’est pas qu’un sport, c’est un état d’esprit, un mélange d’efforts physiques et mentaux combinés à des mouvements techniques qu’il faut lier dans une sorte de chorégraphie proche de la danse.
Cet état d’esprit peut s’appliquer et même se développer dans des situations équivalentes de nos parcours personnels et professionnels lorsqu’il nous faut sortir de notre zone de confort en prenant des risques mesurés : déménager, voyager, changer de travail, aborder une personne inconnue, se marier, faire un enfant…
Nous avons alors le choix de grimper en tête ou en moulinette, opter pour des sensations fortes mais antagonistes avec une grande part d’incertitudes ou bien préférer plus de protections et de sérénité avec moins d’aventures, tout dépend de notre état du moment et il nous est toujours possible de changer de méthode en cours de route.
En repensant à toutes nos émotions intenses vécues avec Thibaut sur les grandes voies, j’ai pris conscience que c’était un moyen de nous sentir vivants en nous éloignant des sentiers habituels pour nous rapprocher de la nature mais aussi de nous-même en découvrant d’autres facettes de nos personnalités.
Ainsi, je vous souhaite à tous et à toutes de trouver la voie qui vous révélera !
Remerciements
Je tiens à remercier particulièrement toutes les personnes qui ont conçu, équipé et qui entretiennent les voies dans des conditions difficiles en permettant ainsi à chacun d’entre nous de les emprunter librement dans une nature grandiose. Pour les soutenir, je vous invite à acheter les topos d’escalade !
Enfin, je remercie vivement tout notre groupe de grimpe les “devils virtuoses” avec qui j’ai passé tant de bons moments : Antoine, Cassandre, Dounia, Elsa, Guillaume, Jérémie, Lucas, Magic, Simon, Thibaut, Tutku et Vanessa.
A bientôt pour de nouvelles aventures!